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Le Monténégro choisit l'indépendance

N/A ZZZN/A   23 mai 2006  International
Les Monténégrins sont sortis dans les rues dimanche et hier pour célébrer leur nouvel État.
Photo : Agence Reuters
Les Monténégrins sont sortis dans les rues dimanche et hier pour célébrer leur nouvel État.
Plus de 55 % des électeurs monténégrins ont voté dimanche pour se séparer de la Serbie, un résultat qui remplit les conditions fixées par l'Union européenne pour reconnaître l'indépendance de l'ancienne république yougoslave.

Podgoria, Serbie-Monténégro — La Commission électorale a confirmé hier la victoire des indépendantistes au référendum sur la souveraineté du Monténégro, qui devrait ainsi se séparer complètement de la Serbie. Le président de la Commission, Frantisek Lipka, a annoncé que, selon des résultats pratiquement complets, 55,4 % des électeurs s'étaient prononcés dimanche pour que le Monténégro devienne un État indépendant. La participation a atteint 87 %, soit du jamais vu dans ce pays.

Le camp pro-serbe a exigé le recomptage des bulletins. «Les résultats préliminaires du processus référendaire doivent être revérifiés et les bulletins de tous les bureaux de vote doivent être recomptés», affirment les quatre principaux dirigeants du bloc unioniste dans un communiqué. Ceux-ci sont mécontents du fait que la commission électorale ait annoncé des résultats alors que ceux-ci ne sont pas tout à fait complets.

Les observateurs internationaux de l'OSCE ont qualifié le scrutin de «juste et transparent» et souligné qu'il n'avait donné lieu à aucune fraude ni irrégularités. Les résultats complets du référendum sur l'indépendance du Monténégro seront annoncés ce matin, a précisé hier la Commission pour le référendum.

L'Union européenne avait fixé à 55 % le seuil de validité du référendum afin d'éviter toute contestation sur la légitimité du résultat. Celui-ci vient confirmer la séparation en deux entités distinctes de la Serbie-Montenegro et clôt le dernier chapitre de l'éclatement de la Yougoslavie.

Plusieurs milliers de partisans de l'indépendance ont fait la fête dans les rues de Podgorica et d'autres villes dimanche soir pour célébrer la victoire du oui, 88 ans après la fin de la première indépendance. Le premier ministre Milo Djukanovic, qui militait pour la séparation, avait estimé dans la nuit qu'il s'agissait du «jour le plus important dans l'histoire récente du Montenegro».

La fin de la «Grande Serbie»

Ce pays du sud des Balkans de 620 000 habitants, dont le nom (Crna Gora en langue serbe locale) signifie «montagne noire», est d'une superficie équivalente à un peu moins de la moitié de la Belgique. Il avait été rattaché à la Yougoslavie lors de sa création en 1918. Un mouvement patriotique avait pris le maquis et lutté pour l'indépendance pendant sept ans.

Les Monténégrins (qualifiés jadis de «Serbes des montagnes»), enclavés entre deux empires (austro-hongrois et ottoman) avaient réussi à préserver leur indépendance au XVIIIe siècle, avant que celle-ci ne soit officiellement reconnue en 1878.

À Belgrade, où le résultat du référendum n'est pas une bonne nouvelle même si elle ne surprend pas, on voit la superficie du pays se réduire une nouvelle fois, alors que le Kosovo revendique aussi son indépendance. Le premier ministre kosovar, Agim Ceku, s'est d'ailleurs réjoui du résultat: «Avant la fin de l'année, le Kosovo rejoindra le Montenegro en tant que nouvel État et ces nouveaux pays constitueront un facteur important de stabilité de toute la région.»

La Serbie et ses 88 000 kilomètres carrés — soit l'équivalent du Portugal — se retrouve totalement enclavée puisque le Montenegro était son unique accès à la mer. Le rêve de «Grande Serbie» que Slobodan Milosevic avait tenté de bâtir sur les ruines sanglantes de la fédération yougoslave semble définitivement mort. Si elle perd le Kosovo, il est probable qu'elle revendique alors le rattachement de la République serbe de Bosnie.

Si la Slovénie, la Croatie et la Bosnie ont toutes dû se battre pour obtenir l'indépendance, le Monténégro rejoint la Macédoine parmi les ex-républiques yougoslaves qui se sont détachées de la Serbie sans tirer un coup de feu.

Comme les résultats du vote le montrent, la population est divisée. Près de la moitié de la population se considère en effet comme très proche des Serbes avec lesquelles elle partage une religion (orthodoxe), la même langue et culture ainsi qu'une histoire commune. Les proserbes estiment que le pays est trop petit pour être viable. Et à Bruxelles, l'Union européenne avait tout fait pour tenter de convaincre le Montenegro de ne pas se séparer, même si ce pays a adopté l'euro comme monnaie, pratiquement dès sa création.

«Nous respecterons pleinement le résultat du référendum», a déclaré hier le chef de la diplomatie européenne Javier Solana. Il a appelé les camps du oui et du non à respecter le résultat. La question est désormais en effet de savoir si la fracture au sein de la société monténégrine va se refermer rapidement et sans violence.






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