Mourir pour des idées
Il y a trois ans, alors que les premières bombes tombaient sur Bagdad, l’administration Bush assurait que la démocratie fleurirait dans les environs irakiens avant de se répandre un peu partout au Moyen-Orient. Des milliers de morts plus tard, le pays est en proie à une guerre civile. La démocratie? Vous voulez rire...
Dans les mois antérieurs au début du conflit, un contingent d’intellectuels imposant en nombre avait occupé toutes les tribunes possibles pour marteler que la guerre en Irak était une guerre juste. Pour les collaborateurs du Weekly Standard, dont les fameux William Kristol et Robert Kagan, les événements du 11 septembre 2001 avaient constitué l’occasion longtemps attendue de réaliser leur ambition, soit transformer l’Irak en laboratoire de la démocratie dans cette partie du monde. Entre ces deux affaires, soit le 11 septembre et l’offensive en Irak, ceux qu’on nomme les néoconservateurs avaient établi un lien de cause à effet qui, aujourd’hui encore, laisse pantois. À ce que l’on sache, il n’y avait aucun Irakien à bord des avions qui ont détruit le World Trade Center et jamais la preuve de liens entre Saddam Hussein et al-Qaïda n’a été établie.
On s’en doute, ce rêve ou, plus exactement, cette volonté d’en découdre avec les Irakiens était partagée par des politiciens. Au premier chef, le secrétaire au Pentagone, Donald Rumsfeld, et son second, Paul Wolfowitz, parachuté président de la Banque mondiale depuis. Entre la guerre du Golfe sous Bush père et celle de Bush fils, ce duo, augmenté d’ex-patrons de la CIA et d’autres bonzes, n’a pas cessé de militer pour l’assaut de Bagdad. C’est d’ailleurs Wolfowitz qui, cinq jours après le 11 septembre — cinq jours seulement! —, avait suggéré à Bush de prendre le chemin de Bagdad.
On connaît la suite. Prisonniers de leur idéologie toute messianique, ces messieurs qui savent toujours ce qui est bien pour les autres ont décidé dans l’allégresse, la fin justifiant les moyens, qu’un gros mensonge était nécessaire même s’il devait s’avérer éminemment néfaste pour l’avenir du droit international. On pense évidemment aux armes de destruction massive. On pense également à ce scientifique britannique expert en armes chimiques qui, le premier, fit savoir que la preuve que Tony Blair avait été chargé de faire à cet égard était en fait de la poudre de perlimpinpin. Cet homme d’honneur s’appelait David Kelly. Il s’est suicidé.
De ce premier acte, un fait doit être retenu. Ex-patron du Conseil national de sécurité sous Bush père, le général Brent Scowcroft a signé une colonne dans le Washington Post avant que James Baker, ex-secrétaire du département d’État de Bush père également, n’en fasse autant dans le Wall Street Journal pour signaler leur opposition à cette guerre. Leur motif? Elle saperait inévitablement la guerre au terrorisme. Doit-on rappeler qu’Oussama ben Laden et bien de ses seconds courent toujours? Doit-on souligner que l’engagement en Irak a convaincu des centaines de jeunes de rejoindre la nébuleuse terroriste et qu’il est un excellent sergent recruteur?
Toujours est-il que, trois ans plus tard, le pays est plongé dans une guerre civile. Le président Bush a beau nier ce fait, pas une journée ne passe sans que 50 ou 80 Irakiens soient tués pour des raisons soit ethniques, soit religieuses, soit les deux à la fois. On n’est plus Irakien. On est d’abord Arabe chiite, Perse chiite, Arabe sunnite ou Kurde. Au lieu de faire le lit de la démocratie, ce conflit a plutôt fait celui du sectarisme et du réflexe clanique.
Et que suggèrent les intellectuels nommés ci-dessus? L’ouverture d’un deuxième front en Iran. En plus d’avoir été le gâchis que l’on sait, cette histoire confirme une fois de plus que lorsque les idées arrivent au pouvoir, ce ne sont jamais les bonnes.
Dans les mois antérieurs au début du conflit, un contingent d’intellectuels imposant en nombre avait occupé toutes les tribunes possibles pour marteler que la guerre en Irak était une guerre juste. Pour les collaborateurs du Weekly Standard, dont les fameux William Kristol et Robert Kagan, les événements du 11 septembre 2001 avaient constitué l’occasion longtemps attendue de réaliser leur ambition, soit transformer l’Irak en laboratoire de la démocratie dans cette partie du monde. Entre ces deux affaires, soit le 11 septembre et l’offensive en Irak, ceux qu’on nomme les néoconservateurs avaient établi un lien de cause à effet qui, aujourd’hui encore, laisse pantois. À ce que l’on sache, il n’y avait aucun Irakien à bord des avions qui ont détruit le World Trade Center et jamais la preuve de liens entre Saddam Hussein et al-Qaïda n’a été établie.
On s’en doute, ce rêve ou, plus exactement, cette volonté d’en découdre avec les Irakiens était partagée par des politiciens. Au premier chef, le secrétaire au Pentagone, Donald Rumsfeld, et son second, Paul Wolfowitz, parachuté président de la Banque mondiale depuis. Entre la guerre du Golfe sous Bush père et celle de Bush fils, ce duo, augmenté d’ex-patrons de la CIA et d’autres bonzes, n’a pas cessé de militer pour l’assaut de Bagdad. C’est d’ailleurs Wolfowitz qui, cinq jours après le 11 septembre — cinq jours seulement! —, avait suggéré à Bush de prendre le chemin de Bagdad.
On connaît la suite. Prisonniers de leur idéologie toute messianique, ces messieurs qui savent toujours ce qui est bien pour les autres ont décidé dans l’allégresse, la fin justifiant les moyens, qu’un gros mensonge était nécessaire même s’il devait s’avérer éminemment néfaste pour l’avenir du droit international. On pense évidemment aux armes de destruction massive. On pense également à ce scientifique britannique expert en armes chimiques qui, le premier, fit savoir que la preuve que Tony Blair avait été chargé de faire à cet égard était en fait de la poudre de perlimpinpin. Cet homme d’honneur s’appelait David Kelly. Il s’est suicidé.
De ce premier acte, un fait doit être retenu. Ex-patron du Conseil national de sécurité sous Bush père, le général Brent Scowcroft a signé une colonne dans le Washington Post avant que James Baker, ex-secrétaire du département d’État de Bush père également, n’en fasse autant dans le Wall Street Journal pour signaler leur opposition à cette guerre. Leur motif? Elle saperait inévitablement la guerre au terrorisme. Doit-on rappeler qu’Oussama ben Laden et bien de ses seconds courent toujours? Doit-on souligner que l’engagement en Irak a convaincu des centaines de jeunes de rejoindre la nébuleuse terroriste et qu’il est un excellent sergent recruteur?
Toujours est-il que, trois ans plus tard, le pays est plongé dans une guerre civile. Le président Bush a beau nier ce fait, pas une journée ne passe sans que 50 ou 80 Irakiens soient tués pour des raisons soit ethniques, soit religieuses, soit les deux à la fois. On n’est plus Irakien. On est d’abord Arabe chiite, Perse chiite, Arabe sunnite ou Kurde. Au lieu de faire le lit de la démocratie, ce conflit a plutôt fait celui du sectarisme et du réflexe clanique.
Et que suggèrent les intellectuels nommés ci-dessus? L’ouverture d’un deuxième front en Iran. En plus d’avoir été le gâchis que l’on sait, cette histoire confirme une fois de plus que lorsque les idées arrivent au pouvoir, ce ne sont jamais les bonnes.
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