L'affaire des caricatures - Mille manifestants pakistanais font fi de l'interdit gouvernemental
Photo : Agence Reuters
Hier, à Istanbul, des manifestants ont dénoncé la publication des caricatures de Mahomet.
Islamabad — La police pakistanaise a fait usage de grenades lacrymogènes et de balles de caoutchouc hier à Islamabad pour disperser une manifestation interdite contre les caricatures du prophète Mahomet. Échaudé par les débordements et les violences qui ont émaillé des manifestations similaires dans le pays, le gouvernement fédéral avait annoncé la veille qu'il ne tolérerait plus aucun rassemblement dans la capitale.
Mais le Muttahida Majlis-i-Amal, principale alliance islamiste du pays, avait maintenu son appel à défiler hier après-midi. Le président du mouvement, Qazi Hussain Ahmed, a été arrêté hier et placé en résidence surveillée à Lahore, avant qu'il puisse se rendre à Islamabad où il devait conduire le cortège.
Un autre dirigeant de cette coalition de six formations islamistes, Fazul-ur-Rehman, et une trentaine de ses partisans, dont des parlementaires, ont été contraints par la police de se disperser alors qu'ils s'étaient regroupés à l'une des principales entrées d'Islamabad. Des scènes similaires se sont répétées dans la ville, quadrillée par les forces de l'ordre qui ont multiplié les contrôles à bord d'autocars et fouillé des véhicules. Un millier de personnes ont réussi à passer au travers du dispositif de sécurité pour se rassembler près du bazar central.
«La nation pakistanaise tout entière continuera, le monde musulman continuera à descendre dans les rues tant que nous n'aurons pas obtenu une excuse pour cet acte sinistre et la promesse qu'il ne se reproduira pas», a déclaré Fazul-ur-Rehman. Dans la ville voisine de Rawalpindi, où des sympathisants du MMA ont incendié des pneus, la police a procédé dans la matinée à une centaine d'arrestations.
En Turquie, la colère était également encore bien palpable hier. Quelques dizaines de milliers de personnes se sont réunies à Istanbul à l'appel du parti de la Félicité (SP, islamiste) pour protester contre la publication des caricatures de Mahomet.
Les manifestants, rassemblés dans le calme sur une place de la rive occidentale d'Istanbul pavoisée des drapeaux du parti, ont scandé des slogans hostiles à l'Europe tels que «Europe, ne t'étonne pas, n'épuise pas notre patience» et ont conspué le Danemark, appelant à boycotter les produits de ce pays.
Ils ont mis le feu à trois mannequins en paille à l'effigie du premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, de son homologue britannique Tony Blair et du président américain George Bush.
Quelque 200 membres d'un groupe musulman indonésien ont aussi fait le siège hier de l'ambassade américaine à Jakarta, jetant des oeufs, brisant des fenêtres du poste de garde, et brûlant des drapeaux américains, avant de se disperser, selon un témoin.
Les manifestants ont demandé la destruction d'une sculpture de la Cour suprême américaine représentant le prophète Mahomet tenant un Coran dans une main et une épée dans l'autre. Il fait partie d'une frise montrant 18 hommes de loi importants, dont Moïse, Confucius et Charlemagne. Toute représentation du prophète est interdite dans l'islam.
La publication des caricatures a provoqué une vague d'indignation dans le monde musulman. Les manifestations ont été parfois violentes comme en Libye, où 11 personnes sont mortes, et au Nigeria, où 15 personnes ont trouvé la mort samedi. Les autorités avaient auparavant fait état de 16 victimes.
Dans la foulée, Copenhague a annoncé hier qu'il avait à son tour rappelé son ambassadeur en poste à Islamabad. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères précise qu'il s'agit d'un retrait temporaire. «Il est devenu pratiquement impossible pour l'ambassadeur de faire son travail dans les circonstances actuelles», explique le ministère. Vendredi, la représentation diplomatique du Danemark à Islamabad avait dû être fermée en raison d'une alerte à la sécurité.
Le Jyllands-Posten s'explique
Par ailleurs, dans une tribune publiée hier dans le Washington Post, le responsable du service culture du Jyllands-Posten, Flemming Rose, explique qu'il n'a jamais voulu manquer de respect à l'islam.
«Nous n'avions certainement pas l'intention de provoquer des manifestations violentes dans le monde musulman. Notre but était simplement de repousser les limites de la liberté d'expression qui semblaient en voie de restriction», écrit-il.
Plusieurs journaux saoudiens reproduisaient hier les excuses du rédacteur en chef du Jyllands-Posten, Carsten Juste. «Il est extrêmement important de souligner que le but de ces dessins n'était pas d'attaquer le prophète ni de le dévaluer, mais d'ouvrir le dialogue sur la liberté d'expression», écrit-il.
Flemming Rose se démarque légèrement de son rédacteur en chef, estimant que «nous ne pouvons nous excuser pour notre droit de publier quelque chose, même s'il s'agit de quelque chose d'offensant».
«Si un croyant demande à un non-croyant d'observer ses tabous dans le domaine public, il ne demande pas mon respect, mais ma soumission. Et cela est incompatible avec une démocratie laïque», ajoute-t-il.
Avec l'AFP
Mais le Muttahida Majlis-i-Amal, principale alliance islamiste du pays, avait maintenu son appel à défiler hier après-midi. Le président du mouvement, Qazi Hussain Ahmed, a été arrêté hier et placé en résidence surveillée à Lahore, avant qu'il puisse se rendre à Islamabad où il devait conduire le cortège.
Un autre dirigeant de cette coalition de six formations islamistes, Fazul-ur-Rehman, et une trentaine de ses partisans, dont des parlementaires, ont été contraints par la police de se disperser alors qu'ils s'étaient regroupés à l'une des principales entrées d'Islamabad. Des scènes similaires se sont répétées dans la ville, quadrillée par les forces de l'ordre qui ont multiplié les contrôles à bord d'autocars et fouillé des véhicules. Un millier de personnes ont réussi à passer au travers du dispositif de sécurité pour se rassembler près du bazar central.
«La nation pakistanaise tout entière continuera, le monde musulman continuera à descendre dans les rues tant que nous n'aurons pas obtenu une excuse pour cet acte sinistre et la promesse qu'il ne se reproduira pas», a déclaré Fazul-ur-Rehman. Dans la ville voisine de Rawalpindi, où des sympathisants du MMA ont incendié des pneus, la police a procédé dans la matinée à une centaine d'arrestations.
En Turquie, la colère était également encore bien palpable hier. Quelques dizaines de milliers de personnes se sont réunies à Istanbul à l'appel du parti de la Félicité (SP, islamiste) pour protester contre la publication des caricatures de Mahomet.
Les manifestants, rassemblés dans le calme sur une place de la rive occidentale d'Istanbul pavoisée des drapeaux du parti, ont scandé des slogans hostiles à l'Europe tels que «Europe, ne t'étonne pas, n'épuise pas notre patience» et ont conspué le Danemark, appelant à boycotter les produits de ce pays.
Ils ont mis le feu à trois mannequins en paille à l'effigie du premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, de son homologue britannique Tony Blair et du président américain George Bush.
Quelque 200 membres d'un groupe musulman indonésien ont aussi fait le siège hier de l'ambassade américaine à Jakarta, jetant des oeufs, brisant des fenêtres du poste de garde, et brûlant des drapeaux américains, avant de se disperser, selon un témoin.
Les manifestants ont demandé la destruction d'une sculpture de la Cour suprême américaine représentant le prophète Mahomet tenant un Coran dans une main et une épée dans l'autre. Il fait partie d'une frise montrant 18 hommes de loi importants, dont Moïse, Confucius et Charlemagne. Toute représentation du prophète est interdite dans l'islam.
La publication des caricatures a provoqué une vague d'indignation dans le monde musulman. Les manifestations ont été parfois violentes comme en Libye, où 11 personnes sont mortes, et au Nigeria, où 15 personnes ont trouvé la mort samedi. Les autorités avaient auparavant fait état de 16 victimes.
Dans la foulée, Copenhague a annoncé hier qu'il avait à son tour rappelé son ambassadeur en poste à Islamabad. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères précise qu'il s'agit d'un retrait temporaire. «Il est devenu pratiquement impossible pour l'ambassadeur de faire son travail dans les circonstances actuelles», explique le ministère. Vendredi, la représentation diplomatique du Danemark à Islamabad avait dû être fermée en raison d'une alerte à la sécurité.
Le Jyllands-Posten s'explique
Par ailleurs, dans une tribune publiée hier dans le Washington Post, le responsable du service culture du Jyllands-Posten, Flemming Rose, explique qu'il n'a jamais voulu manquer de respect à l'islam.
«Nous n'avions certainement pas l'intention de provoquer des manifestations violentes dans le monde musulman. Notre but était simplement de repousser les limites de la liberté d'expression qui semblaient en voie de restriction», écrit-il.
Plusieurs journaux saoudiens reproduisaient hier les excuses du rédacteur en chef du Jyllands-Posten, Carsten Juste. «Il est extrêmement important de souligner que le but de ces dessins n'était pas d'attaquer le prophète ni de le dévaluer, mais d'ouvrir le dialogue sur la liberté d'expression», écrit-il.
Flemming Rose se démarque légèrement de son rédacteur en chef, estimant que «nous ne pouvons nous excuser pour notre droit de publier quelque chose, même s'il s'agit de quelque chose d'offensant».
«Si un croyant demande à un non-croyant d'observer ses tabous dans le domaine public, il ne demande pas mon respect, mais ma soumission. Et cela est incompatible avec une démocratie laïque», ajoute-t-il.
Avec l'AFP
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