Un monde nouveau

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Jean-François Nadeau
Édition du 29 janvier 2000

Duplessis, le « roi nègre », comme l'avait baptisé Laurendeau, meurt en 1959. En peu de temps, le régime qu'il symbolisait meurt à son tour. Comment sera le nouveau Québec? À travers l'enivrante certitude de vivre une époque de changements, les principaux acteurs du temps contribuent à mettre en place une nouvelle morale civique. Des oppositions sont perceptibles, même au sein du Devoir. Tandis que le journaliste (et futur homme politique) Pierre Laporte invoque, à l'occasion de la présentation en salle d'Hiroshima mon amour, « le devoir des autorités civiles de protéger le public contre les dangers moraux que peuvent comporter les grandes techniques de diffusion », André Laurendeau, en éditorial, s'élève le 29 novembre 1960 contre les bonnes âmes qui voient dans ce film quelque chose de répréhensible...

Par ailleurs, la condition québécoise est de plus en plus jugée à l'aune d'une expérience internationale. Un journaliste tel Jean-Marc Léger, particulièrement sensible à l'évolution du monde, s'intéresse de près aux mouvements de décolonisation. En l'espace de quelques mois, plusieurs États indépendants sont nés de la rupture du lien colonial qui les unissait à la France. Ces pays, engagés à toute vitesse dans de fiévreuses transformations, servent ici de point de référence au jeune mouvement indépendantiste dont Le Devoir se préoccupe de plus en plus.

L'importance des questions culturelles apparaît aussi au grand jour. Sous la plume de Jean Éthier-Blais notamment, les lecteurs du Devoir découvrent des écrivains nouveaux. Tout ce mouvement en faveur de la culture profite aussi d'une intensification des rapports avec la France. Ces rapports sont consacrés par la visite du général de Gaulle, en juillet 1967. « De Gaulle, écrit Claude Ryan le 27 juillet 1967, voulait consacrer par un contact personnel les liens que son gouvernement a commencé d'établir avec celui du Québec. [...] Ce but a été atteint au-delà de toute attente. » Mais Le Devoir regrette par ailleurs les impairs diplomatiques commis par le général, impairs qui donneront comme on le sait une impulsion favorable au mouvement indépendantiste.

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