« Québec est sans gouvernement »,
déclare René Lévesque

Le Devoir
Octobre 1970

« Il faut absolument que face aux extrémismes qui ont aboli à toutes fins pratiques notre gouvernement les démocrates du Québec trouvent sans délai, par-dessus leurs différences ou leurs divergences de vue, les moyens ou les organismes capables de recréer le pouvoir moral nécessaire pour la défense des libertés fondamentales et, en même temps, de toutes nos chances d'avenir. »

C'est sur ces mots que M. René Lévesque terminait hier soir la lecture de la déclaration préparée par le Parti québécois à l'occasion de l'adoption de la Loi sur des mesures de guerre. Auparavant, le chef du PQ avait identifié les deux formes d'extrémisme comme étant « celui d'abord, très officiel et juridiquement légitime, de l'establishment fédéral et des forces économiques ou autres qui le soutiennent » et, « à l'autre extrême », celui de « ceux qui se sont lancés corps et âme perdus dans la carrière de la subversion et du terrorisme ».

Jusqu'à preuve du contraire, le PQ ne croit pas que la fraction « si marginale, si numériquement insignifiante » que constitue le FLQ justifie le recours à la loi des mesures de guerre. Le PQ craint que les opérations en cours aient pour motif « de profiter de l'occasion pour désorganiser et disloquer, ou du moins tâcher de compromettre et démoraliser aussi complètement que possible la plupart des groupements ou organismes qui servent à encadrer démocratiquement les aspirations et les besoins collectifs les plus légitimes ».

Sous toute réserve, M. Lévesque a révélé que des membres du PQ auraient été arrêtés dans diverses régions du Québec, sans motif apparent: 20 dans la Mauricie, 11 dans l'Outaouais et au Saguenay­Lac-Saint-Jean, 7 à Rimouski et à Rouyn-Noranda. Pour ce qui concerne Montréal, aucune information ne serait disponible.

Ceci, selon le chef du PQ, pourrait bien être l'indice « des intentions bien précises et encore inavouables » sous-jacentes « au recours précipité à la loi des mesures de guerre ».

Le Devoir

Message de Lévesque aux ravisseurs

M. René Lévesque a lancé hier soir un appel aux ravisseurs de MM. Cross et Laporte.

« Si l'issue est encore en suspens, nous prions, nous supplions littéralement les ravisseurs d'accepter les conditions dictées jeudi soir par le gouvernement d'Ottawa et transmises par celui du Québec. »

« S'ils sont encore capables de penser au-delà d'eux-mêmes et de dépasser les affreuses simplifications où le chaos et la table rase ont de faux airs créateurs, ils devraient voir enfin que leur geste n'a fait jusqu'ici que du mal à tout le monde, et pas seulement aux otages et à leurs proches, et aussi que s'ils persistent et que d'autres continuent à leur emboîter le pas, il n'en découlera qu'un temps d'épreuve plus long et plus cruel pour le Québec, avec la justification fournie à ceux qui n'espèrent rien d'autre. »

La déclaration de M. Lévesque, faite à la permanence du Parti québécois à 21h10, a été diffusée par le poste CKAC.