
Né à l'aube du XXe siècle, Le Devoir a eu 90 ans ce mois-ci. Cet anniversaire, qui survient en cette année 2000 qui clôt le siècle, est une occasion de jeter un regard sur ce qu'est devenue la société québécoise. D'où ce cahier dans lequel nous vous présentons quelques moments de l'actualité de ce siècle à travers les textes signés par les journalistes qui, jour après jour, ont fait Le Devoir.
Le regard que nous vous proposons n'est qu'un bref survol. Il ne se veut surtout pas nostalgique. Au fil des pages de ce cahier, chacun pourra mesurer le chemin parcouru en un siècle où les bouleversements se sont bousculés. Le Québec y a peu à peu pris en main son développement et il est aujourd'hui riche d'institutions politiques, culturelles et économiques, riche aussi de programmes sociaux qui assurent à ses citoyens une qualité de vie qu'on n'aurait osé imaginer il y a 100 ans. Rien n'est toutefois définitivement acquis et il faut, au moment où s'annonce un nouveau siècle, réfléchir à l'avenir que nous souhaitons construire.
La liberté, la justice sociale, le progrès économique sont des questions auxquelles on ne trouve jamais de réponses définitives. Elles se posent aujourd'hui avec une acuité d'autant plus grande que l'heure est à la remise en cause du rôle de l'État. Ces valeurs sont au coeur du développement de notre société et elles devront aussi être présentes dans cette réflexion collective que nous aurons à poursuivre sur l'avenir politique du Québec qui demeure, dans notre coin de planète, la grande question non résolue en cette fin de siècle.
Au cours de ces 90 années, Le Devoir a accompagné le Québec dans son affirmation politique, culturelle, sociale et économique. Il fut de tous les débats, de toutes les batailles. Il fut de tous ses projets et de tous ses rêves. Créé pour « alimenter une opinion publique forte et libre qui assure l'indépendance des magistrats, l'incorruptibilité des gouvernants et l'intégrité du suffrage populaire », ce journal s'est voulu engagé. Toujours il s'est fait le promoteur du devoir public sous toutes ses formes. D'où ce nom austère qu'Henri Bourassa lui donna.
Selon les époques, il a défendu l'autonomie du Canada à l'égard de l'Angleterre, puis celle des provinces. Il a appelé au respect des droits des minorités, à la reconnaissance de la dualité linguistique, à l'accès à l'éducation, au progrès social. Identifié à la cause nationaliste, il a toujours recherché l'avancement de la société québécoise.
À travers les pages de ce cahier, c'est aussi l'histoire du Devoir et de ses journalistes que l'on retrouvera. D'un article à l'autre, on verra que le chemin parcouru pendant ces 90 ans l'a été dans la liberté. Henri Bourassa était de ceux qui croyaient au pouvoir des idées et il voulait pouvoir les défendre en toute liberté. C'est cette liberté qui a permis à ce journal de mener tous ces combats, de défendre, même à tort, toutes les idées qu'il croyait utiles au développement de la société québécoise. C'est en étant fidèle à ces valeurs que Le Devoir pourra continuer à être ce journal différent que ses fondateurs voulaient et demeurer une voix libre et indépendante.