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Le FLQ est déclaré illégal: « Un cancer à déraciner », selon Trudeau
La décennie des années 60 fut ponctuée de plusieurs attentats terroristes revendiqués par le Front de libération du Québec. En 1970, deux cellules du FLQ procèdent, coup sur coup, à l'enlèvement d'un diplomate anglais, James Richard Cross, et d'un ministre du gouvernement de Robert Bourassa, Pierre Laporte, ancien journaliste au Devoir. À l'annonce du second enlèvement, le gouvernement fédéral de Pierre E. Trudeau proclame la loi des mesures de guerre, suspendant pour un temps les droits démocratiques sur le territoire du Québec. Des centaines de personnes sont arrêtées, pour la plupart associées au mouvement indépendantiste, sans que des accusations formelles soient jamais portées contre elles. Le matin de l'entrée en vigueur de la loi des mesures de guerre, plusieurs textes à la une du Devoir ne sont pas signés.

Si les gouvernements cédaient au chantage des ravisseurs de MM. Cross et Laporte, la loi de la jungle finirait par supplanter nos institutions juridiques qui se désagrégeraient graduellement, a déclaré hier soir le premier ministre, M. Trudeau, dans une allocution radio-télévisée. Il a ajouté:
« Si, comme certains le suggéraient, on avait accédé cette fois-ci aux exigences des terroristes, quitte à exercer "la prochaine fois" une sévérité et une vigilance accrues, on n'aurait fait que retarder l'échéance. Demain, la victime aurait été un gérant de Caisse populaire, un fermier, un enfant. Est-ce alors seulement qu'il aurait fallu s'opposer au chantage? Combien d'enlèvements aurait-il fallu avant de dire non aux ravisseurs? »
Durant 15 minutes, depuis son bureau de l'édifice de l'Est, avec gravité et solennité, M. Trudeau a manifesté par moments dans son allocution un sentiment de colère contenue envers les auteurs de l'enlèvement.
« Si nous avons offert un sauf-conduit, a dit le premier ministre, c'est uniquement parce que M. Cross et M. Laporte pourraient identifier leurs ravisseurs et contribuer à leur éventuelle condamnation. De cette façon, nous éliminons donc les motifs que ces derniers pourraient avoir de faire mourir leurs otages. »
« Pour survivre, toute société doit pouvoir se débarrasser du cancer que représente un mouvement révolutionnaire armé, voué à la destruction des fondements mêmes de notre liberté. »
Au sujet du recours à la Loi sur les mesures de guerre, M. Trudeau a déclaré que le gouvernement n'y est pas venu de gaieté de coeur. « Il ne s'y est résolu que lorsqu'il est devenu évident que la situation ne pouvait plus être maîtrisée autrement. »
Le chef du gouvernement a reconnu que le droit criminel, dans son état actuel, est insuffisant face à l'action du terrorisme systématique. Mais, comme aux Communes dans l'après-midi, il a fait part de son intention de discuter avec les chefs des partis de l'opposition de l'opportunité de présenter une loi d'une portée plus restreinte que celle de la Loi sur les mesures de guerre.
« Il y a eu trop de violence au pays, au nom de la révolution, depuis 12 mois. Nous commençons à en percevoir les conséquences. Ceux qui ont recours à la violence attisent délibérément la haine parmi nous. »
Le gouvernement, a encore dit M. Trudeau, n'agit pas sous l'effet de la peur. Il agit pour empêcher la peur de se propager. « Il agit également pour que M. Cross et M. Laporte soient libérés, sains et saufs. »
En conclusion, le premier ministre a donné l'assurance que le gouvernement maîtrise pleinement la situation et que rien ne sera épargné pour conjurer ce cauchemar.
Plus tôt, le gouvernement fédéral, à la demande des autorités québécoises et montréalaises, a invoqué, pour la première fois en temps de paix, la Loi sur les mesures de guerre et frappe d'illégalité le Front de libération du Québec.
Les règlements édictés en vertu de la loi prévoient que quiconque est membre du FLQ, ou lui prête assistance, ou communique ses déclarations, ou préconise l'emploi de la force pour renverser le gouvernement « est coupable d'un acte criminel et passible d'un emprisonnement de cinq ans au plus ».
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