Robert Bourassa:
Québec n'avait pas le choix

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Gilles Lesage
Édition du 17 octobre 1970

Québec - Les gestes successifs posés par le Front de libération du Québec - manifestations violentes, bombes, enlèvements - et sa menace de recourir à l'assassinat sélectif ne laissaient aucun choix au gouvernement s'il ne voulait pas trahir son mandat de gouvernement élu démocratiquement.

Le premier ministre, M. Robert Bourassa, a déclaré hier qu'il avait attendu jusqu'à l'extrême limite pour réclamer d'Ottawa l'appellation des pouvoirs d'urgence et pour investir le directeur général de la Sûreté du Québec des pouvoirs d'urgence prévus à la loi de police.

Il aurait été préférable, a-t-il dit au cours d'une conférence de presse, de se dispenser de tels pouvoirs de même que du « support » de l'armée canadienne. Mais, « au moment même où les risques d'anarchie paraissaient prendre une nouvelle dimension, j'ai décidé d'agir de façon rapide et ferme », a ajouté M. Bourassa.

Il a indiqué que c'est avec « énormément de réticence » que le gouvernement a décidé d'avoir recours à ces mesures exceptionnelles - dont le seul précédent, au Canada, est celui du temps de guerre - mais qu'il n'avait pas le choix. Il est d'avis que la population est d'accord avec les décisions prises et ne lui aurait pas pardonné de ne pas les prendre. Il a noté le « calme exemplaire » de la population face aux mesures d'urgence.

« Les événements du Québec, ces derniers jours, ont démontré d'une façon certaine que le plein exercice des libertés fondamentales exigeait que des limites soient apportées, en certaines occasions du moins, pour assurer le fonctionnement normal en régime démocratique. »

Pendant combien de temps ces pouvoirs d'urgence seront-ils en force? M. Bourassa a répondu que tout dépendra, évidemment, des résultats des gestes posés; mais il estime et il espère que l'application de ces mesures sera « aussi limitée que possible dans le temps ».

Quelques centaines d'individus, dit-il, ne peuvent tout de même pas mettre en échec la presque totalité de la population. « Le FLQ, par ses actes qui briment les droits de la personne humaine, ne peut certainement pas prétendre légitimement servir le Québec. Bien au contraire, ses gestes des derniers jours constituent des atteintes à la fierté de tous les Québécois. »

Le gouvernement, dit-il encore, était « moralement convaincu » qu'il était essentiel de recourir aux pouvoirs d'urgence, ainsi que de faire appel à l'armée pour prendre la relève de la police dans la garde des hommes et des biens mise en danger par l'action du FLQ.

M. Bourassa a insisté sur le fait que c'est le gouvernement du Québec, et lui seul, qui a pris ces décisions librement, et qu'il a bien pris soin qu'elles ne portent atteinte à son autonomie et à son pouvoir de décision. Il a dit qu'il existait une collaboration « positive » entre les gouvernements et entre les corps policiers, placés sous l'autorité directe de M. Maurice Saint-Pierre, directeur général de la SQ.

Le gouvernement a-t-il abandonné tout espoir de retrouver vivants MM. Cross et Laporte? M. Bourassa a répondu que non; et l'offre faite aux ravisseurs tient toujours, bien que le délai soit largement expiré.

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