Foire aux questions - Le conflit en Afghanistan
- Pourquoi y a-t-il un conflit en Afghanistan?
- La chronologie des premiers événements
- Quand les talibans ont-ils été délogés?
- Pourquoi l'OTAN est-elle entrée en scène?
- Combien y a-t-il de troupes étrangères?
- Pourquoi n'y a-t-il pas des Casques bleus de l'ONU?
- Quelle est la nature de la présence canadienne?
- Comment le Canada a-t-il abouti à Kandahar?
- Quel est le coût de la mission canadienne en Afghanistan?
- Les coûts humains de la guerre
- L'Armée nationale afghane sera-t-elle bientôt autonome?
- L'opium, le nerf de la guérilla?
- Que faire pour enrayer cette source de financement?
Pourquoi y a-t-il un conflit en Afghanistan?
Tout a commencé avec les attentats terroristes à New York et à Washington, le 11 septembre 2001. Oussama ben Laden et al-Qaïda sont alors rapidement identifiés comme les responsables des attaques. Selon plusieurs services de renseignements, les bases d'entraînement du groupe terroriste sont en Afghanistan, où la dictature cruelle des talibans abrite et aide al-Qaïda. Encore aujourd'hui, les talibans et al-Qaïda travaillent main dans la main pour combattre les forces internationales en Afghanistan et le gouvernement de Kaboul.
La chronologie des premiers événements?
- Le 12 septembre 2001, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1368 qui condamne les attaques de la veille et réaffirme le droit des pays membres à la légitime défense individuelle et collective. L'ONU appelle la communauté internationale à supprimer le terrorisme et à tenir responsables tous ceux qui appuient les auteurs, organisateurs et commanditaires d'actes terroristes.
- Le 4 octobre 2001, l'OTAN, dont fait partie le Canada, invoque l'article 5 du traité de Washington, en vertu duquel toute attaque contre un pays de l'OTAN est interprétée comme une attaque contre toutes les nations membres. L'organisme entrera en scène seulement en août 2003.
- Le 7 octobre 2001, les États-Unis commencent l'opération «Enduring Freedom» qui vise à chasser les talibans du pouvoir. Encore aujourd'hui, près de 7000 soldats américains combattent sous l'étiquette «Enduring Freedom» en Afghanistan, une opération qui échappe au contrôle de l'ONU et de l'OTAN. Leur mission est de capturer les terroristes et Ben Laden.
- Le 8 octobre 2001, le gouvernement de Jean Chrétien lance l'opération Apollo avec 2000 militaires, surtout de la marine. Entre octobre 2001 et octobre 2003, des navires canadiens patrouillent le golfe arabo-persique pour soutenir l'opération américaine en Afghanistan. Une faible présence terrestre de 750 soldats est active sur le terrain, surtout dans le sud du pays, avec les Américains.
- Le 14 novembre 2001, l'ONU, avec la résolution 1378, commence à s'engager en Afghanistan. L'organisme coordonne d'abord l'aide internationale et appuiera ensuite les efforts de mise en place d'un gouvernement afghan légitime. L'ONU est encore très fortement engagée en Afghanistan de nos jours. Pour plus d'information: www.unama-afg.org
Quand les talibans ont-ils été délogés?
Rapidement, les Américains et leurs alliés mettent en déroute les talibans. En décembre 2001, tout est fini. Les talibans se réfugient à la frontière du Pakistan, dans les zones tribales du Waziristan. Encore aujourd'hui, c'est de cet endroit, qui échappe à l'autorité d'Islamabad, qu'al-Qaïda et les talibans organisent la guérilla en Afghanistan.
Pourquoi l'OTAN est-elle entrée en scène?
Au début de l'année 2003, quelques pays, dont le Canada, sont de plus en plus mal à l'aise de participer à une opération américaine en Afghanistan. Les États-Unis, qui commencent leur intervention en Irak, acceptent de céder l'autorité de la mission. En août de la même année, la sécurité de Kaboul est transférée à l'OTAN. Jusqu'en 2006, l'organisation étend progressivement son autorité aux autres régions du pays. Il faut cependant noter que la coalition internationale en Afghanistan regroupe non seulement les 26 pays membres de l'OTAN, mais aussi 13 autres nations. Pour plus d'information: www.nato.int/isaf/index.html
Combien y a-t-il de troupes étrangères?
L'effort international est assumé par 39 pays qui mettent à l'oeuvre 35 000 militaires. De plus, 6500 militaires afghans travaillent directement sous l'autorité de l'OTAN, ce qui porte le nombre de soldats sous son chapeau à 41 700 qui se répartissent comme suit:
- États-Unis: 15 000 soldats
- Grande-Bretagne: 7700 soldats
- Allemagne: 3150 soldats
- Canada: 2300 soldats
- Italie: 2300 soldats
- France: 1300 soldats
- Turquie: 1200 soldats
- Pologne: 1100 soldats
Les chiffres sont en date du 5 décembre 2007. Les statistiques de l'OTAN sont mises à jour à chaque mois. La liste complète est disponible avec le lien suivant: www.nato.int/isaf/docu/epub/pdf/isaf_placemat.pdf
Pourquoi n'y a-t-il pas des Casques bleus de l'ONU?
Lors d'une entrevue avec Le Devoir en 2006, Louise Fréchette, qui était numéro deux de l'ONU en 2003, a expliqué que c'était simplement impossible d'envoyer des Casques bleus pour pacifier l'Afghanistan. «L'ONU a une capacité militaire plus professionnelle qu'il y a 15 ans, mais les moyens restent limités comparativement à une force comme l'OTAN. Quand il faut faire face à du solide, à des situations dangereuses, l'ONU n'est pas équipée pour ça. On n'avait pas la capacité militaire d'intervenir en Afghanistan, c'est aussi simple que ça», a-t-elle dit. De plus, il ne s'agit pas d'une mission de maintien de la paix classique, puisque les troupes internationales ne viennent pas séparer deux ennemis, mais ont plutôt chassé du pouvoir les talibans, qui tentent de redevenir une force influente en Afghanistan.
Quelle est la nature de la présence canadienne?
La présence militaire du Canada en Afghanistan varie d'un mois à l'autre, mais elle est en moyenne de 2300 soldats sur le terrain, en plus des 200 soldats présents à la base de ravitaillement canadienne située en Asie du Sud-Ouest. Mis à part une cinquante de soldats basés à Kaboul pour assurer la logistique, la reste des troupes est basé à Kandahar, dans le sud du pays. Environ 1000 soldats font partie du groupe tactique de combat, les autres assurent différentes tâches liées à la mission (logistique, mécanique, reconstruction, protection des convois, etc). Depuis 2001, plus de 14 000 militaires canadiens de tous les corps (terre, air, mer) ont pris part à la mission en Afghanistan, dont un peu plus de 8000 à Kandahar.
Comment le Canada a-t-il abouti à Kandahar?
Progressivement, en 2004 et 2005, l'OTAN étend ses tentacules hors de Kaboul, d'abord dans le nord et l'ouest, où la situation est calme. Puis vient le temps de décider quel pays va remplacer la mission américaine dans le sud, à Kandahar. Le chef d'état-major des Forces canadiennes, Rick Hillier, qui connaît bien l'Afghanistan pour avoir dirigé la mission de l'OTAN à Kaboul en 2004, veut que le Canada joue un rôle moins superficiel dans le monde et juge que l'Afghanistan est une bonne occasion de faire une différence dans un pays qui a besoin d'aide pour chasser un régime répressif. Le premier ministre de l'époque, le libéral Paul Martin, qui veut redonner du lustre au Canada sur la scène internationale, est d'accord avec le général. Ils veulent donc augmenter l'effort canadien dans ce pays.
La décision d'Ottawa prend toutefois du temps avant de se concrétiser. Les pays européens, conscients du danger dans le fief des talibans, accaparent rapidement les autres provinces, laissant les régions dangereuses du sud et de l'est aux Canadiens, aux Britanniques, aux Néerlandais et aux Américains.
Après avoir assumé la sécurité de Kaboul en 2005 (notamment avec une rotation des soldats de Valcartier), le Canada débarque à Kandahar en février 2006.
Quel est le coût de la mission canadienne en Afghanistan?
En janvier 2008, le volet militaire canadien en Afghanistan avait coûté 3,4 milliards de dollars depuis 2001. L'armée estime que la mission va engendrer une facture de 5 milliards entre 2001 et 2009. Le gouvernement n?a pas encore rendu public les coûts projetés entre 2009 et juillet 2011, mais Le Devoir révélait en mars que le ministère de la Défense évalue à 2,5 milliards la facture de la prolongation jusqu?en 2011. Le grand total approchera donc 7,5 milliards. Les Forces canadiennes révisent toutefois régulièrement la projection des coûts.
Cette facture exclue l'aide au développement (1,3 milliard entre 2001 et 2011) et les achats militaires à long terme qui peuvent servir à d'autres missions (chars d'assaut, avions, hélicoptères, véhicules de transport, etc.)
Pour plus d'information sur le volet développement de la mission canadienne, on peut consulter le site officiel du gouvernement: canada-afghanistan.gc.ca/cip-pic/afghanistan/menu-fr.asp
Les coûts humains de la guerre
Le Canada a perdu 82 soldats et un diplomate en Afghanistan depuis 2001. Des centaines de militaires ont aussi été blessés. Ces chiffres sont en date du 22 avril 2008. Seulement pour l'année 2007, près de 6 000 afghans ont perdu la vie en raison de la violence qui sévit dans le pays. Certains ont été victimes des erreurs de l'OTAN, d'autres ont été tué par la guérilla talibane ou des seigneurs de guerre.
L'Armée nationale afghane sera-t-elle bientôt autonome?
Tous les pays de l'OTAN comptent sur l'Armée nationale afghane (ANA) actuellement en formation pour se retirer d'Afghanistan un jour. Selon l'ambassadeur afghan au Canada, Omar Samad, l'ANA ne sera pas autonome en 2009 et le gouvernement Karzaï ne se risque pas à avancer une date.
L'objectif de former 70 000 soldats afghans sera atteint d'ici un an, selon le gouvernement de Kaboul, soit plus tôt que l'échéance d'abord fixée à 2010. Actuellement, 54 000 soldats afghans ont été entraînés. L'ANA ne peut toutefois pas encore mener des opérations de combat sans l'aide des forces étrangères.
Toutefois, le gouvernement afghan juge que le nombre de soldats a été largement sous-évalué par la communauté internationale, particulièrement depuis que la violence a augmenté dans le sud du pays. Le général afghan Mohammad Zahir Azimi a soutenu début décembre que l'armée afghane devrait atteindre 200 000 hommes avant d'être en mesure d'assurer la sécurité du pays.
L'opium, le nerf de la guérilla?
La guérilla des talibans et d'al-Qaïda se finance avec l'argent de l'opium, matière première de l'héroïne. En 2007, les revenus de la culture de l?opium ont atteint 4 milliards de dollars, soit l?équivalent de 53 % du PIB de l?Afghanistan. Les talibans, terroristes et autres trafiquants de drogue qui participent à la déstabilisation de l'Afghanistan empochent plus de 85 % de cette somme, selon les chiffres de l'ONU.
Les provinces d'Helmand et de Kandahar à elles seules comptent pour 63 % de la culture d'opium en Afghanistan. La production totale du pays est maintenant à l'origine de 93 % de la circulation mondiale d'opium, une proportion record.
Lors du passage du Devoir à Kaboul, en avril 2007, les hauts fonctionnaires canadiens affirmaient que «le lien entre l'opium et le conflit est direct. C'est la drogue qui finance les insurgés et qui leur permet d'acheter les mines, les bombes et les fusils qu'ils utilisent contre nous», expliquait un fonctionnaire canadien en poste à l'ambassade.
Que faire pour enrayer cette source de financement?
C'est la grande question que les pays occidentaux continuent de se poser. Les États-Unis ont choisi de procéder à des éradications massives des champs de pavot. Le Canada, de son côté, a choisi une autre voie. Même si Ottawa appuie officiellement la campagne américaine d'éradication, il refuse de donner un coup de main à Washington sur le terrain. «Dans une guérilla, le plus important et le seul moyen de gagner, c'est l'appui de la population locale. Détruire l'opium est contre-productif. L'opium est souvent le seul revenu d'un fermier, alors quand on détruit son champ, il ne peut plus nourrir sa famille. Il sera furieux et on va le retrouver avec les talibans», a expliqué au Devoir un fonctionnaire canadien responsable du dossier à Kaboul. Le Canada tente donc de trouver d'autres solutions économiques pour encourager les fermiers à changer leur production d'opium pour une production... d'oignons ou de pommes de terre, par exemple, ou alors les inciter à lancer un autre type d'entreprise. Pour ce faire, le Canada a consacré 50 millions de dollars au microcrédit depuis cinq ans, soit plus que tout autre pays.

