Chrétien embrasse Kyoto
Photo : Agence France-Presse
Cent trois chefs d’État et de gouvernement des cinq continents se sont retrouvés hier au sommet de la Terre à Johannesburg pour un marathon diplomatique de trois jours consacré au sort des pays les plus démunis de la planète. Le premier ministre
Le premier ministre Jean Chrétien a mis le Canada hier à l'avant-scène du Sommet de Johannesburg sur le développement durable en annonçant à l'ouverture de la plénière des chefs d'État que le gouvernement soumettrait au Parlement d'ici à la fin de l'année une proposition en vue de ratifier le Protocole de Kyoto.
Surprenant bien des observateurs de la valse-hésitation des derniers mois, le premier ministre canadien a déclaré qu'«avant la fin de l'année, le Parlement canadien sera invité à voter la ratification du Protocole de Kyoto».
Jean Chrétien a par ailleurs précisé que le processus de consultation en cours consistait à «finaliser un plan de mise en oeuvre» et non pas à déterminer, comme le voudrait l'Alberta, s'il est opportun ou non pour le Canada de ratifier le protocole. Ce plan de mise en oeuvre, a-t-il dit aux 192 premiers ministres et chefs d'État réunis au Sandton Convention Center de Johannesburg, «nous permettra d'atteindre les objectifs de l'accord».
En vertu du Protocole de Kyoto, le Canada s'est engagé à réduire de 6 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) sous leur niveau de 1990. L'effort canadien sera d'autant plus difficile à atteindre que depuis 10 ans, le Canada n'a pas réduit mais augmenté ses émissions de gaz à effet de serre de près de 20 % au-dessus du niveau de 1990, selon son dernier rapport à l'ONU. Il s'était engagé à Rio à les stabiliser au niveau de 1990 dès l'an 2000.
La décision du premier ministre a non seulement surpris diplomates, chefs d'État et ONG par sa clarté, mais elle a été perçue par plusieurs comme un facteur déterminant pour enclencher la mise en application juridique du Protocole en 2002, soit 10 ans après le Sommet de la Terre de Rio où la Convention sur le climat avait vu le jour.
Alors qu'on n'enregistrait ici à Johannesburg aucune réaction de la délégation américaine, les négociateurs européens ont félicité le Canada pour sa décision qu'ils espèrent susceptible d'accélérer la ratification par des hésitants comme la Russie ou des récalcitrants comme l'Australie, qui se retrouve fin seul avec les États-Unis parmi les pays industrialisés à bouder le protocole.
L'annonce de la ratification a littéralement repoussé dans l'ombre l'importante annonce par le premier ministre Chrétien que le Canada entendait, «dès le 1er janvier 2003, éliminer les tarifs et quotas sur la plupart des produits venant des pays moins développés». Le Canada, a ajouté Jean Chrétien, a aussi promis de compléter en «quelques années» le réseau de parcs nationaux aux fins d'en protéger les espèces vivantes.
Le ministre délégué à l'Eau et à l'Environnement du Québec, Jean-François Simard, a été le premier a féliciter publiquement le premier ministre Chrétien, comme il l'avait promis il y a quelques jours, s'il annonçait une ratification sans ambiguïté. Se refusant de jouer au «rabat-joie», il a néanmoins noté que cette décision était en grande partie le résultat des pressions constantes du public en général, des ONG, du Québec et des militants environnementaux de tout le pays.
Le ministre Simard n'a pas glissé le moindre mot au Devoir de la décision des autorités fédérales de ne pas lui accorder hier un des rares laissez-passer disponibles pour la grande plénière des chefs d'État. Ottawa qui avait d'abord plaidé n'avoir que 20 laissez-passer en a finalement obtenu 10 autres, mais il les a réservés à d'autres délégués que le ministre québécois, un des rares à siéger dans la délégation canadienne...
Jean-François Simard a cependant noté que la ratification étant acquise, il faudrait s'attaquer désormais à l'épineux problème du partage de l'effort national de réduction des GES et que ce partage ainsi que la réalisation des plans d'action devraient respecter les compétences provinciales.
Steven Guilbeault, de Greenpeace, qui quitte aujourd'hui le Sommet pour aller répondre à Toronto d'accusations en rapport avec une audacieuse escalade de la Tour du CN — la compagnie s'est refusée à toute remise — voyait dans la ratification «un pas décisif dans la bonne direction». Il reste cependant beaucoup de chemin à faire dans ce domaine car, a-t-il dit, en plus de répartir équitablement le fardeau des réductions, il faudra vérifier si la comptabilité canadienne se fait avec rigueur ou si on y multiplie les échappatoires. Ottawa, ajoutait Steven Guilbeault, devrait par ailleurs accélérer au possible le processus de consultation afin que le Protocole de Kyoto entre en vigueur même plus rapidement que prévu.
Avec la décision du Canada, disait-il, il suffira de l'adhésion de la Russie pour que les Parties à la convention internationale totalisent ensemble plus de 55 % des émissions de GES, ce qui enclenchera sa mise en application légale.
Vibrant discours de Jacques Chirac
D'autre part, le président français Jacques Chirac a livré hier un des discours les plus vibrants de l'ouverture de la partie politique du Sommet. Rappelant les désastres naturels de l'été en Europe, l'énorme nuage brun de pollution qui couvre l'Asie, les remous qui secouent l'économie américaine, les crises financières sud-américaines, la pandémie de sida, la désertification et la famine actuelle ainsi que la noyade lente mais inexorable des petits pays insulaires en raison du réchauffement du climat, il a ajouté:
«Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Faisons en sorte que le 21e siècle ne deviendra pas pour les générations futures le siècle des crimes de l'humanité contre la vie elle-même.»
Le président Chirac s'est cependant inscrit en faux contre ceux qui pensent, au nom de la responsabilité différenciée, que les pays en voie de développement n'ont pas l'obligation morale d'amorcer leur développement sur des bases moins polluantes et moins dévastatrices que celles utilisées par les pays développés. Plaidant pour la protection de la «diversité biologique et culturelle», il a proposé trois réformes structurelles à un Sommet qui semble écarter le plus possible toute solution le moindrement audacieuse.
Il a ainsi proposé la création d'une Organisation mondiale de l'environnement afin, a-t-il dit, de mieux gérer l'environnement et la conformité aux principes adoptés par la communauté internationale à Rio. Plus frileux, la machine onusienne et les pays industrialisés qui veulent voir prédominer les règles de l'OMC sont plutôt enclins à s'en tenir à une amélioration de la gouvernance environnementale par une intensification de la coordination entre les Secrétariats qui gèrent les différentes conventions.
Jacques Chirac a aussi proposé la création de deux instances nouvelles, un Conseil de la sécurité économique et sociale ainsi qu'un nouveau mandat pour la Commission sur le développement durable, qui lui permettrait d'évaluer sur des bases objectives la performance environnementale de chaque pays, comme l'OCDE le fait pour l'économie.
Surprenant bien des observateurs de la valse-hésitation des derniers mois, le premier ministre canadien a déclaré qu'«avant la fin de l'année, le Parlement canadien sera invité à voter la ratification du Protocole de Kyoto».
Jean Chrétien a par ailleurs précisé que le processus de consultation en cours consistait à «finaliser un plan de mise en oeuvre» et non pas à déterminer, comme le voudrait l'Alberta, s'il est opportun ou non pour le Canada de ratifier le protocole. Ce plan de mise en oeuvre, a-t-il dit aux 192 premiers ministres et chefs d'État réunis au Sandton Convention Center de Johannesburg, «nous permettra d'atteindre les objectifs de l'accord».
En vertu du Protocole de Kyoto, le Canada s'est engagé à réduire de 6 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) sous leur niveau de 1990. L'effort canadien sera d'autant plus difficile à atteindre que depuis 10 ans, le Canada n'a pas réduit mais augmenté ses émissions de gaz à effet de serre de près de 20 % au-dessus du niveau de 1990, selon son dernier rapport à l'ONU. Il s'était engagé à Rio à les stabiliser au niveau de 1990 dès l'an 2000.
La décision du premier ministre a non seulement surpris diplomates, chefs d'État et ONG par sa clarté, mais elle a été perçue par plusieurs comme un facteur déterminant pour enclencher la mise en application juridique du Protocole en 2002, soit 10 ans après le Sommet de la Terre de Rio où la Convention sur le climat avait vu le jour.
Alors qu'on n'enregistrait ici à Johannesburg aucune réaction de la délégation américaine, les négociateurs européens ont félicité le Canada pour sa décision qu'ils espèrent susceptible d'accélérer la ratification par des hésitants comme la Russie ou des récalcitrants comme l'Australie, qui se retrouve fin seul avec les États-Unis parmi les pays industrialisés à bouder le protocole.
L'annonce de la ratification a littéralement repoussé dans l'ombre l'importante annonce par le premier ministre Chrétien que le Canada entendait, «dès le 1er janvier 2003, éliminer les tarifs et quotas sur la plupart des produits venant des pays moins développés». Le Canada, a ajouté Jean Chrétien, a aussi promis de compléter en «quelques années» le réseau de parcs nationaux aux fins d'en protéger les espèces vivantes.
Le ministre délégué à l'Eau et à l'Environnement du Québec, Jean-François Simard, a été le premier a féliciter publiquement le premier ministre Chrétien, comme il l'avait promis il y a quelques jours, s'il annonçait une ratification sans ambiguïté. Se refusant de jouer au «rabat-joie», il a néanmoins noté que cette décision était en grande partie le résultat des pressions constantes du public en général, des ONG, du Québec et des militants environnementaux de tout le pays.
Le ministre Simard n'a pas glissé le moindre mot au Devoir de la décision des autorités fédérales de ne pas lui accorder hier un des rares laissez-passer disponibles pour la grande plénière des chefs d'État. Ottawa qui avait d'abord plaidé n'avoir que 20 laissez-passer en a finalement obtenu 10 autres, mais il les a réservés à d'autres délégués que le ministre québécois, un des rares à siéger dans la délégation canadienne...
Jean-François Simard a cependant noté que la ratification étant acquise, il faudrait s'attaquer désormais à l'épineux problème du partage de l'effort national de réduction des GES et que ce partage ainsi que la réalisation des plans d'action devraient respecter les compétences provinciales.
Steven Guilbeault, de Greenpeace, qui quitte aujourd'hui le Sommet pour aller répondre à Toronto d'accusations en rapport avec une audacieuse escalade de la Tour du CN — la compagnie s'est refusée à toute remise — voyait dans la ratification «un pas décisif dans la bonne direction». Il reste cependant beaucoup de chemin à faire dans ce domaine car, a-t-il dit, en plus de répartir équitablement le fardeau des réductions, il faudra vérifier si la comptabilité canadienne se fait avec rigueur ou si on y multiplie les échappatoires. Ottawa, ajoutait Steven Guilbeault, devrait par ailleurs accélérer au possible le processus de consultation afin que le Protocole de Kyoto entre en vigueur même plus rapidement que prévu.
Avec la décision du Canada, disait-il, il suffira de l'adhésion de la Russie pour que les Parties à la convention internationale totalisent ensemble plus de 55 % des émissions de GES, ce qui enclenchera sa mise en application légale.
Vibrant discours de Jacques Chirac
D'autre part, le président français Jacques Chirac a livré hier un des discours les plus vibrants de l'ouverture de la partie politique du Sommet. Rappelant les désastres naturels de l'été en Europe, l'énorme nuage brun de pollution qui couvre l'Asie, les remous qui secouent l'économie américaine, les crises financières sud-américaines, la pandémie de sida, la désertification et la famine actuelle ainsi que la noyade lente mais inexorable des petits pays insulaires en raison du réchauffement du climat, il a ajouté:
«Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Faisons en sorte que le 21e siècle ne deviendra pas pour les générations futures le siècle des crimes de l'humanité contre la vie elle-même.»
Le président Chirac s'est cependant inscrit en faux contre ceux qui pensent, au nom de la responsabilité différenciée, que les pays en voie de développement n'ont pas l'obligation morale d'amorcer leur développement sur des bases moins polluantes et moins dévastatrices que celles utilisées par les pays développés. Plaidant pour la protection de la «diversité biologique et culturelle», il a proposé trois réformes structurelles à un Sommet qui semble écarter le plus possible toute solution le moindrement audacieuse.
Il a ainsi proposé la création d'une Organisation mondiale de l'environnement afin, a-t-il dit, de mieux gérer l'environnement et la conformité aux principes adoptés par la communauté internationale à Rio. Plus frileux, la machine onusienne et les pays industrialisés qui veulent voir prédominer les règles de l'OMC sont plutôt enclins à s'en tenir à une amélioration de la gouvernance environnementale par une intensification de la coordination entre les Secrétariats qui gèrent les différentes conventions.
Jacques Chirac a aussi proposé la création de deux instances nouvelles, un Conseil de la sécurité économique et sociale ainsi qu'un nouveau mandat pour la Commission sur le développement durable, qui lui permettrait d'évaluer sur des bases objectives la performance environnementale de chaque pays, comme l'OCDE le fait pour l'économie.
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