La mère du concept du développement durable, en entrevue au Devoir - Gro Harlem Bruntland: la pauvreté empêche d'atteindre le développement durable
À ceux qui pensent que le Sommet de la Terre, à Johannesburg, met trop l'accent sur le développement économique et pas assez sur la protection de l'environnement, Gro Harlem Brundtland répond qu'il faut de toute urgence recentrer le développement durable sur la pauvreté, le grand choix stratégique oublié du précédent Sommet de Rio en 1992.
«Parce que si on ne s'y attaque pas, si on ne la prend pas au sérieux, la pauvreté conduit directement les gens à adopter des manières de vivre aux antipodes du développement durable. Et la destruction de la planète va s'accentuer en dépit des efforts. Il n'y a pas moyen de laisser la pauvreté gagner du terrain et penser protéger efficacement l'environnement», affirme Gro Harlem Brundtland dans une entrevue exclusive accordée au Devoir avant le Sommet de Johannesburg.
Mme Brundtland, qui dirige aujourd'hui l'Organisation mondiale de la santé, présidait la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, dont le rapport, publié en 1987 sous le titre de Notre avenir à tous, allait lancer le concept désormais incontournable de «développement durable».
Dans ce rapport, le premier bilan jamais réalisé par des humains sur la santé de leur planète, la commission Brundtland concluait que la pauvreté constituait l'ennemi numéro un de l'environnement parce qu'elle suscite des comportements axés sur le court terme, des logiques de survie et d'endettement qui empêchent toute vision de long terme, y compris dans les pays développés.
Pour l'ancienne première ministre de Norvège, le Sommet de Johannesburg doit à la fois permettre de faire progresser les grandes conventions environnementales — climat, biodiversité et désertification — mais surtout d'amorcer le travail laissé en plan dans l'Agenda 21, le programme de développement durable conçu pour le XXIe siècle à Rio en une vingtaine de chapitres regroupant 2500 propositions de changement.
Des problèmes de riches
Cet Agenda 21, qui constituait la priorité des pays en voie de développement à Rio, a été relégué derrière les grands défis environnementaux, souvent perçus plus au Sud, comme des problèmes de long terme, des problèmes de riches...
Il faut désormais, ajoute-t-elle, «prioriser et investir dans la santé, dans l'accès à des eaux sécuritaires pour le plus grand nombre. Et dans les enfants! Mais il ne faut pas le faire à la place des efforts exigés par la protection de l'environnement parce que ces deux défis forment un tout indéfectible sur l'agenda de la planète. Environnement et développement forment ensemble le concept de développement durable».
Cela implique trois types d'exigences tout aussi incontournables qu'inextricablement liées, ajoute Mme Brundtland. Il faut de l'argent pour réaliser d'importants transferts technologiques, une des priorités oubliées du Sommet de Rio, et assumer les exigences de survie des ressources biophysiques.
L'Agenda 21, la charte du développement durable, et les deux autres conventions de Rio prévoyaient d'importants transferts technologiques pour que les pays en voie de développement puissent sauter l'étape du développement polluant, destructeur d'habitats et de ressources biophysiques. «Mais cela ne s'est pas fait à l'échelle prévue et la réalité d'aujourd'hui ne rejoint pas les intentions d'alors», commente Gro Harlem Brundtland. Mais malgré tout, l'initiatrice du développement durable demeure d'un optimiste prudent mais inébranlable.
Les transferts technologiques tout comme l'aide économique promise aux pays en voie de développement vont de pair. Mais ils doivent prioritairement servir «non pas les intérêts spécifiques des pays riches et de leurs sociétés commerciales, qui siphonnent souvent l'aide extérieure, mais servir prioritairement au bénéfice des communautés et pays pauvres, sauver la vie d'enfants en s'attaquant aux causes des problèmes de santé», souvent d'origine environnementales, dit-elle.
Les promesses d'aide financière du président Bush des États-Unis à la conférence de Monterrey, à la fin de l'année dernière, ainsi que la décision de l'Union européenne de hausser sa contribution de 0,32 à 0,39 % de son PIB, sont autant, dit-elle, de signes que «si les sommes globales demeurent insuffisantes, on assiste à un début de renversement des tendances», ce qui constitue à son avis un changement profond dans la prise en charge du développement durable à l'échelle planétaire.
Bilan positif
Globalement, Gro Harlem Brundtland trace un portrait positif de l'évolution du développement durable, un concept qui a 15 ans cette année et qui a débouché sur l'énorme prise de conscience du Sommet de Rio en 1992.
«Nous avons assisté à d'importants progrès sur les questions environnementales, y compris sous forme de conventions internationales et de programmes de dépollution dans beaucoup de pays. La classe politique reconnaît de plus en plus l'existence de ces problèmes et le grand public en est de plus en plus conscient. Le développement durable apparaît désormais à l'agenda des gouvernements, des sociétés privées et de toutes les formes que prend la société civile. Nous avons assisté au renforcement de la plupart des ministères de l'Environnement et surtout, nous avons assisté à l'émergence d'Agendas 21 partout, des programmes d'action pour le XXIe siècle, dont se sont dotés plusieurs pays, des dizaines de régions, des milliers de villes et de communautés.»
«Certes, conclut Mme Brundtland, nous savons tous que les progrès réalisés depuis Rio ont été plus lents que prévu. Et que sous plusieurs aspects, les pays développés n'ont pas livré la marchandise promise, en particulier en oubliant un peu vite leurs engagements consignés dans l'Agenda 21, surtout sur le plan financier. On peut dire que la planète demeure aux soins intensifs. Johannesburg est là pour amorcer l'action sur la base des propositions de Rio.»
«Parce que si on ne s'y attaque pas, si on ne la prend pas au sérieux, la pauvreté conduit directement les gens à adopter des manières de vivre aux antipodes du développement durable. Et la destruction de la planète va s'accentuer en dépit des efforts. Il n'y a pas moyen de laisser la pauvreté gagner du terrain et penser protéger efficacement l'environnement», affirme Gro Harlem Brundtland dans une entrevue exclusive accordée au Devoir avant le Sommet de Johannesburg.
Mme Brundtland, qui dirige aujourd'hui l'Organisation mondiale de la santé, présidait la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, dont le rapport, publié en 1987 sous le titre de Notre avenir à tous, allait lancer le concept désormais incontournable de «développement durable».
Dans ce rapport, le premier bilan jamais réalisé par des humains sur la santé de leur planète, la commission Brundtland concluait que la pauvreté constituait l'ennemi numéro un de l'environnement parce qu'elle suscite des comportements axés sur le court terme, des logiques de survie et d'endettement qui empêchent toute vision de long terme, y compris dans les pays développés.
Pour l'ancienne première ministre de Norvège, le Sommet de Johannesburg doit à la fois permettre de faire progresser les grandes conventions environnementales — climat, biodiversité et désertification — mais surtout d'amorcer le travail laissé en plan dans l'Agenda 21, le programme de développement durable conçu pour le XXIe siècle à Rio en une vingtaine de chapitres regroupant 2500 propositions de changement.
Des problèmes de riches
Cet Agenda 21, qui constituait la priorité des pays en voie de développement à Rio, a été relégué derrière les grands défis environnementaux, souvent perçus plus au Sud, comme des problèmes de long terme, des problèmes de riches...
Il faut désormais, ajoute-t-elle, «prioriser et investir dans la santé, dans l'accès à des eaux sécuritaires pour le plus grand nombre. Et dans les enfants! Mais il ne faut pas le faire à la place des efforts exigés par la protection de l'environnement parce que ces deux défis forment un tout indéfectible sur l'agenda de la planète. Environnement et développement forment ensemble le concept de développement durable».
Cela implique trois types d'exigences tout aussi incontournables qu'inextricablement liées, ajoute Mme Brundtland. Il faut de l'argent pour réaliser d'importants transferts technologiques, une des priorités oubliées du Sommet de Rio, et assumer les exigences de survie des ressources biophysiques.
L'Agenda 21, la charte du développement durable, et les deux autres conventions de Rio prévoyaient d'importants transferts technologiques pour que les pays en voie de développement puissent sauter l'étape du développement polluant, destructeur d'habitats et de ressources biophysiques. «Mais cela ne s'est pas fait à l'échelle prévue et la réalité d'aujourd'hui ne rejoint pas les intentions d'alors», commente Gro Harlem Brundtland. Mais malgré tout, l'initiatrice du développement durable demeure d'un optimiste prudent mais inébranlable.
Les transferts technologiques tout comme l'aide économique promise aux pays en voie de développement vont de pair. Mais ils doivent prioritairement servir «non pas les intérêts spécifiques des pays riches et de leurs sociétés commerciales, qui siphonnent souvent l'aide extérieure, mais servir prioritairement au bénéfice des communautés et pays pauvres, sauver la vie d'enfants en s'attaquant aux causes des problèmes de santé», souvent d'origine environnementales, dit-elle.
Les promesses d'aide financière du président Bush des États-Unis à la conférence de Monterrey, à la fin de l'année dernière, ainsi que la décision de l'Union européenne de hausser sa contribution de 0,32 à 0,39 % de son PIB, sont autant, dit-elle, de signes que «si les sommes globales demeurent insuffisantes, on assiste à un début de renversement des tendances», ce qui constitue à son avis un changement profond dans la prise en charge du développement durable à l'échelle planétaire.
Bilan positif
Globalement, Gro Harlem Brundtland trace un portrait positif de l'évolution du développement durable, un concept qui a 15 ans cette année et qui a débouché sur l'énorme prise de conscience du Sommet de Rio en 1992.
«Nous avons assisté à d'importants progrès sur les questions environnementales, y compris sous forme de conventions internationales et de programmes de dépollution dans beaucoup de pays. La classe politique reconnaît de plus en plus l'existence de ces problèmes et le grand public en est de plus en plus conscient. Le développement durable apparaît désormais à l'agenda des gouvernements, des sociétés privées et de toutes les formes que prend la société civile. Nous avons assisté au renforcement de la plupart des ministères de l'Environnement et surtout, nous avons assisté à l'émergence d'Agendas 21 partout, des programmes d'action pour le XXIe siècle, dont se sont dotés plusieurs pays, des dizaines de régions, des milliers de villes et de communautés.»
«Certes, conclut Mme Brundtland, nous savons tous que les progrès réalisés depuis Rio ont été plus lents que prévu. Et que sous plusieurs aspects, les pays développés n'ont pas livré la marchandise promise, en particulier en oubliant un peu vite leurs engagements consignés dans l'Agenda 21, surtout sur le plan financier. On peut dire que la planète demeure aux soins intensifs. Johannesburg est là pour amorcer l'action sur la base des propositions de Rio.»
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