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Quand un arbre debout vaut davantage qu'un arbre couché

Exemple d’un paysage de la Réserve faunique des Laurentides qui concilie aménagement forestier et maintien de la qualité visuelle du paysage. Photo: Josée Paquet
Exemple d’un paysage de la Réserve faunique des Laurentides qui concilie aménagement forestier et maintien de la qualité visuelle du paysage. Photo: Josée Paquet
La forêt québécoise a fait beaucoup parler d'elle ces dernières années. Le documentaire de Richard Desjardins, L'Erreur boréale (1999), a jeté de l'huile sur le feu en montrant des vues aériennes des coupes à blanc effectuées «sans pitié» par des entreprises forestières autour du lac Vaudry, près de Rouyn-Noranda. En plus de critiquer le manque de considérations écologiques d'une industrie préoccupée avant tout par son profit, L'Erreur boréale visait surtout à sensibiliser les citoyens à leurs responsabilités envers la préservation du paysage forestier.

Pour Luc Bouthillier, professeur et chercheur au département des sciences du bois et de la forêt de l'université Laval, le documentaire de Desjardins marque un point de rupture dans l'histoire de la forêt québécoise. «Après 1999, on tend davantage vers une approche de gestion intégrée du territoire forestier. Celle-ci vise à satisfaire les demandes des différents utilisateurs et non plus, comme dans le passé, uniquement celles de l'industrie forestière», explique-t-il.

On cherche ainsi à concilier les intérêts des entreprises d'exploitation et des nouveaux acteurs: chasseurs, pêcheurs, amateurs de biodiversité, villégiateurs, résidents permanents ou temporaires, etc.

En matière de paysage, ce virage se traduit par une volonté de mieux intégrer les aspects visuels dans la pratique forestière. Pour les sites de villégiature, par exemple, le cadre visuel est extrêmement important; les gens se déplacent pour apprécier des paysages. Luc Bouthillier cite deux cas où l'industrie touristique a eu raison des entreprises forestières. «Les pourvoiries du Haut-Saint-Maurice ont obtenu des bénéficiaires de contrats de coupe que, près de leurs installations de chasse et de pêche, le paysage forestier soit préservé.»

Second cas intéressant, celui de la pourvoirie Oscar, également située dans la région de la Mauricie. Les propriétaires ont fait la preuve qu'un arbre debout sur le site valait davantage qu'un arbre couché (transformé en bois d'oeuvre ou en papier journal). «C'est la pourvoirie elle-même qui se charge de la coupe du bois. Elle peut ainsi couper là où c'est le moins néfaste pour son cadre de villégiature», précise Luc Bouthillier.

Concilier paysage et industrie

Pour Josée Pâquet, géographe aménagiste au ministère des Ressources Naturelles et de la Faune, la production de matière ligneuse et le maintien de la qualité visuelle du paysage forestier ne sont pas incompatibles. Elle explique très brièvement la procédure d'aménagement suivie par son ministère.

La première étape, avant toute intervention, consiste à identifier les zones forestières qui présentent un intérêt pour le public (site de villégiature, belvédère, lieu de chasse et de pêche, etc.) «Les bénéficiaires de contrats et les utilisateurs du territoire identifient les secteurs d'intérêt majeur et les paysages sensibles qui leur sont associés», précise la géographe.

Bien évidemment, si, dans le secteur de coupe, il n'y a pas d'activités humaines qui impliquent une appréciation du paysage forestier, le plan d'aménagement tiendra compte surtout des questions écologiques réglementées par la loi (régénération naturelle, biodiversité), et beaucoup moins des aspects esthétiques.

Au sein d'une zone dite «visuellement sensible», les experts déterminent les portions du paysage les plus susceptibles d'être affectées par la coupe. Les détails précis du plan d'aménagement seront élaborés en fonction des différentes zones de perception (avant-plan, moyen-plan, arrière-plan, etc.). On peut s'attendre, par exemple, à ce que la proportion de coupes à blanc soit plus limitée dans les zones de perception en avant-plan qu'en arrière-plan.

***

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