vendredi 30 juillet 2010 Dernière mise à jour 00h49


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le militantisme à l'ère du Web 2.0

Les groupes n'attendent plus qu'on leur donne la parole dans les médias traditionnels

Fabien Deglise   16 décembre 2009  Climat
Accrocher une bannière au sommet d’un édifice, comme l’a encore fait Greenpeace hier, à Sydney, reste un moyen efficace. Mais de plus en plus de groupes prennent leur place dans le cyberespace pour véhiculer leur message. Ci-dessous, les Yes Men lors de la conférence de presse qu’ils ont donnée hier.
Photo : Greenpeace
Accrocher une bannière au sommet d’un édifice, comme l’a encore fait Greenpeace hier, à Sydney, reste un moyen efficace. Mais de plus en plus de groupes prennent leur place dans le cyberespace pour véhiculer leur message. Ci-dessous, les Yes Men lors de la conférence de presse qu’ils ont donnée hier.
Le coup d'éclat des Yes Men sur le dos du Canada à Copenhague cette semaine pourrait bien marquer un tournant dans l'acte militant, au temps du Web 2.0. Comment? En dématérialisant dans les espaces numériques ces dramatisations qui ont fait les beaux jours de Greenpeace à une autre époque, afin d'attirer le regard du monde sur une préoccupation environnementale. Avec un succès redoutable.

Faux site ministériel, compte Twitter faussement attribué à Jim Prentice, pastiche de Wall Street Journal et vidéo de félicitations en provenance de l'Ouganda. Cette semaine, le groupe d'activistes européens, spécialistes du canular engagé, les Yes Men, ont mis le paquet pour dénoncer publiquement la position environnementale canadienne à la conférence internationale sur le climat de Copenhague.

Le coup d'éclat, qui consistait à faire croire à un changement de cap radical de l'administration Harper quant à ses cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES), n'est pas passé inaperçu. Mais il vient également confirmer le début d'une redéfinition des contours du militantisme et de la revendication sociale, dans les nouveaux espaces de communication. Une sorte de militantisme 2.0 dont l'efficacité redoutable est sans doute proportionnelle aux risques de dérapage qui pourraient bien venir avec.

«C'est un coup génial qui appelle à la prudence face à l'information qui circule dans le cyberespace, lance à l'autre bout du fil la politologue Anne-Marie Gingras, de l'Université Laval. Mais c'est un coup aussi qui nous montre à quel point les politiciens ne sont pas bien préparés pour faire face à ce genre d'actions.»

Petit rappel des faits. Lundi dernier, à Copenhague, un pastiche du site d'Environnement Canada a annoncé un changement de cap important du Canada quant à ses objectifs de réduction des GES. Un compte ouvert sur le site de microclavardage Twitter au nom du ministre fédéral de l'Environnement a servi à répandre la bonne fausse nouvelle, tout comme d'ailleurs un faux site Internet du Wall Street Journal et un témoignage vidéo de félicitations en provenance de l'Ouganda servant à corroborer l'information. Simple, efficace et bien de son temps.

À l'origine de cette usurpation d'identité nationale, deux hommes: Jacques Servin et Igor Vamo, les deux têtes contestataires formant les Yes Men qui n'en sont pas à leur premier coup du genre, mais qui, pour une rare fois, ont décidé d'investir l'univers du Web 2.0.,

ce Web dit «participatif», pour donner des ailes, par l'absurde, à leurs revendications environnementales.

«Les coups d'éclat médiatiques ont toujours emprunté des voix différentes selon les époques, dit Mme Gingras. Si l'installation d'une banderole sur un bâtiment reste encore une dramatisation efficace, comme Greenpeace l'a démontré dans les derniers jours à Ottawa, il va falloir s'attendre à voir de plus en plus de coups du genre passant par le cyberespace, à l'avenir.»

Dématérialiser le militantisme. Le phénomène est déjà en marche dans les espaces numériques, où plusieurs groupes n'attendent plus qu'on leur donne la parole dans des médias traditionnels. Désormais, ils la prennent tout seul dans les réseaux sociaux, sur les sites de partage de vidéos, dans la blogosphère, avec parfois des formes pour le moins étonnantes, comme vient de le démontrer le duo d'activistes qui aiment rire des puissants, des pétrolières et des gouvernements.

«L'information circule de plus en plus vite, résume Stéphane Gauvin, professeur de marketing à l'Université Laval, et ces groupes cherchent à en tirer profit. Mais la vitesse va aussi de plus en plus créer des incidents comme celui des Yes Men», incitant du coup les gens à changer leur perception et à faire preuve d'une plus grande prudence quant à l'information qui se promène sur le Web, selon lui.

Faire croire, déstabiliser en copiant des canaux de diffusion sérieux: les Yes Men viennent avec brio de démontrer l'efficacité de la chose dans le champ de la revendication, ouvrant sans doute la porte à d'autres groupes qui, à l'avenir, vont certainement chercher à les imiter. «C'est inévitable», dit Mme Gingras. Au grand dam, sans doute, de Dimitri Soudas, attaché de presse de Stephen Harper qui, selon elle, a livré cette semaine une «très mauvaise» performance dans la gestion de cette crise numérique. «Ç'a été renversant, dit-elle. Et c'est certainement ce qui a donné encore plus d'ampleur au coup d'éclat», donnant du coup envie aux Yes Men de recommencer, ont-ils subtilement annoncé hier.











CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Claude Archambault
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 09h23
    Il faut agir vite et être très ferme et sévère
    Il y a une ligne à ne pas traverser, et dans ce cas ci les yes man l'ont traversés. Ils ont simulés à ci méprendre, un site web officiel d'un gouvernement. Il n'y a aucune cause qui pourait justifier un tel geste. Les authorités devront agir avec rapidité et une fermeté exemplaire en imposant une peine exemplaire tel que plus personne ou aucun groupe sur la planete oseront s'approcher de cette limite.

    Car un tel gest peu avoir des conséquence très grave et même dans certains cas causer des conflits et des guerres.

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 11h16
    Petit jeu dangereux
    Si j'ouvrais un restaurant arborant l'enseigne McDonald, je me ferais vite poursuivre, et sans doute condamné à un dédommagement assez salé, car il s'agit d'une marque de commerce enregistrée et protégée. Il en va de même pour un journal dont on copie le site web. Mais bien sûr que si le journal en question ne fait que trouver la chose amusante, l'usurpateur pourra dormir en paix.

  • PierreG
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 12h11
    Le coup d'éclat des Yes Men
    Je ne suis pas un spécialiste du code criminel mais cela semble être un geste criminel où les coupables sont identifiés. Si selon la loi il y a bien un geste criminel la loi devrait être appliqué. On ne peut pas traiter cela à la légère.

  • PierreG
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 12h34
    Il faut agir vite et être très ferme et sévère
    Je suis d'accord avec vous Claude. Ce qui est criminel doit être traité comme tel.

  • Pierre Simard
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 16h28
    Quand est-il de la criminalité gouvernementale?
    J'aimerais attirer l'attention sur une loi en vigueur en France: Il est du devoir du citoyen de contrevenir à la loi afin de contrer un gouvernement hors-la-loi. Le Canada est un pays criminel face aux engagements environnementaux signé du protocole de Kyoto. Il est donc de la responsabilité des citoyens (du monde) de prendre les mesures en conséquence de faire en sorte que la criminalité du gouvernement en cause soit dénoncée.

  • Thierry Gosselin
    Inscrit
    mercredi 16 décembre 2009 22h37
    être ferme et sévère, n'importe quoi. Un peu de contexte messieurs...
    Bien dit Pierre Simard!

    Les Yes Man ont simulé des sites web, ils n'ont pas piraté les sites en question. Il faut faire la différence et les 4 premiers commentaires me laissent très perplexe. Plusieurs compagnies utilisent des noms de domaine très proche de noms de domaine populaire pour accroître le trafic sur leur site. C'est légal! Le but des Yes Man n'était pas de garder le site ouvert pendant plusieurs journées et de tirer profit, mais bien de faire un coup d'éclat, quelque chose de très ponctuel. Lire de courte durée, pour provoquer! Montré le ridicule de la position adopté par le Canada quant à ces cibles de réductions de GES et supporté par une minorité de Canadiens.

    Rino, si tu ouvres un restaurant et qu'on attend au moment ou tu poses ton enseigne McDo bidon, et bien tu es soit un imbécile ou un ignorant, choisi. Très mauvais exemple. Les Yes Man n'ont pas fait ce canular pour tirer des avantages, mais bien un exercice gratuit pour faire réfléchir.
    Si Dimitri Soudas a mordu à l'hameçon et a réagi sans même réfléchir à la stratégie de communication qu'il allait utilisé, et bien ça démontre à quel point il compose très mal avec la pression médiatique. Il devrait selon moi songer à un autre avenir. Je ne serais pas surpris qu'il soit remplacé bientôt. Le PM Harper et le ministre de l'Environnement ont de très mauvais conseillers et auraient avantage à écouter 70% de la population qui veut une cible plus ambitieuse. Mais bon, coucher avec les pétrolières albertaines n'aide pas les choses, l'amour rend aveugle!

    Et avant qu'on ne dise que les Yes Man on fait ce coup pour augmenter l'achalandage sur leur site ou leur popularité, et bien je dirais que c'est un effet secondaire. Leur coup d'éclat aurait très bien pu faire tout le contraire. En revanche, la tournure des événements démontre avec BRIO que ce sont des gens intelligents qui ont bien orchestré le coup. Et ça nous révèle du même coup la piètre organisation des conservateurs, qui de toute évidence ne ce sont pas questionnés très longtemps et n'ont absolument pas communiqué entre eux pour établir une réponse éloquente.

    Ici PierreG il ne s'agissait pas d'un groupe qui copie un site web comme la Caisse Desjardins et qui tente de flouer les internautes pour faire des profits malhonnêtes. C'est ici la grande distinction à faire. Il faut relativiser. Si le militantisme environnemental vient de changer de vitesse, comme Mme Gingras le prétend, et bien c'est une bonne chose, ça demandera au reste du monde de s'adapter dans une direction qui était de toute façon inévitable. Il s'agit maintenant de savoir comment naviguer dans cette nouvelle ère du Web 2.0. Les gens prônant le statu quo n'ont qu'à dépenser leur énergie dans des discours, qui n'avancent à rien, les autres, plus visionnaires, vont composer avec la musique. Je crois qu'être plus méfiant de l'information trouvée sur le web soit une bonne chose en soit et si le coup des Yes Man contribue à rehausser la prudence et bien chapeau!

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
1 vote
 
Pour en savoir plus
Articles
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2010