Des avancées modestes
Après dix jours de débats, les 189 pays représentés au Sommet de Johannesburg se sont entendus sur un plan d'action beaucoup trop vague qui laisse sur le carreau de nombreux aspects fondamentaux du développement durable. Ils ont cependant évité la déroute grâce à un accord fixant des objectifs précis et chiffrés sur l'accès à l'eau potable. Dans l'ensemble, force est de conclure que les chefs d'État des pays du Nord ne sont habités par aucun sentiment d'urgence relativement aux maux qui affectent la santé de notre planète.
Jusqu'à la dernière minute, ce sommet de Johannesburg aura donné lieu à des bras-de-fer qui ont entre autres accentué l'isolement dans lequel les États-Unis ont choisi d'évoluer. Les Américains se sont notamment montrés d'une intransigeance totale dans les discussions sur l'énergie, confirmant que les intérêts pétroliers sont maîtres du jeu. Le blocage américain a rendu impossible l'adoption d'un accord sur les énergies renouvelables en s'opposant catégoriquement à toute date et à toute cible. L'attitude du Canada n'est guère plus reluisante puisqu'il s'est collé à son voisin du Sud. Résultat? Un plan qui exhorte à une «augmentation substantielle» de la part des énergies renouvelables dans la production mondiale d'énergie. Des voeux pieux!
En fait, les énergies alternatives ont été les perdantes d'un marchandage qui a permis d'aboutir, à l'arraché, à un accord sur l'accès à l'eau. Les participants se sont engagés à fournir l'accès à l'eau, d'ici 2015, à la moitié des 1,1 milliard d'humains qui n'y ont pas accès. Ils ont aussi convenu de fournir des services d'assainissement des eaux à la moitié des 2,4 milliards de personnes qui n'en ont pas.
De nombreuses ONG se sont montrées déçues des résultats du sommet et ne se sont pas gênées pour exprimer le plus grand scepticisme. La déception est vive chez ceux qui travaillent quotidiennement auprès des populations démunies des pays en développement et qui constatent concrètement les ravages de la pauvreté sur l'environnement. Mais les groupes environnementaux et les autres ONG ne doivent pas oublier que leur participation à de tels sommets est fondamentale: ils contribuent à faire avancer les choses, même modestement.
Plusieurs sont également déçus qu'on ait tant parlé d'économie au sommet. Là-dessus, nous réitérons notre désaccord: nous nous réjouissons au contraire que des questions de commerce international, intrinsèquement liées aux conditions de vie des pays en développement et, de ce fait, aux comportements relatifs à l'environnement, aient été abordées. Par exemple, les pays du Sud ont mille fois raison de remettre sur le tapis les subventions dont les Européens et les Américains abreuvent leurs agriculteurs, illustrant de ce fait le fossé gigantesque entre le discours et les actes sur la libéralisation des échanges. Au bout du compte, le groupe des pays du Sud a essuyé une défaite, les pays riches refusant d'aller plus loin que la déclaration de l'OMC à Doha, l'an passé, qui était vague à souhait.
Conçu à l'origine pour dresser le bilan des objectifs fixés dix ans plus tôt à Rio, le Sommet de Johannesburg a baigné dans une ambiance qui n'avait rien à voir avec la grande fête sud-américaine à l'issue de laquelle avaient été adoptées des conventions visant à stopper la dégradation de l'environnement. Et pour cause. Les engagements annoncés en 1992 ne se sont pas matérialisés et les problèmes environnementaux se sont généralement intensifiés.
Dans ce contexte, la réanimation du protocole de Kyoto constituait un minimum vital en deçà duquel le sommet aurait carrément échoué. Mais rien n'est encore gagné, et il faudra talonner les chefs d'État afin qu'ils prennent les mesures qui s'imposent pour réaliser les engagements de ce protocole. Pour le reste, certains objectifs laissent songeur, comme celui de ne pas pêcher plus de poisson que ne le permet la capacité de régénération des stocks, «là où c'est possible». La faiblesse du texte continue de permettre tous les abus.
Au delà des bonnes intentions, qui ne coûtent pas cher, le plan d'action du Sommet de Johannesburg contient trop peu d'objectifs chiffrés, mesurables. Il reste qu'au delà de l'aspect spectacle attaché à toutes les grandes réunions de ce genre, ce sommet aura permis aux pays du Sud de démontrer une fois de plus que la sauvegarde de la planète passe par une amélioration de leurs conditions de vie. Les pays du Nord ont répondu timidement à l'appel, beaucoup trop timidement.
pdesrivieres@ledevoir.ca
Jusqu'à la dernière minute, ce sommet de Johannesburg aura donné lieu à des bras-de-fer qui ont entre autres accentué l'isolement dans lequel les États-Unis ont choisi d'évoluer. Les Américains se sont notamment montrés d'une intransigeance totale dans les discussions sur l'énergie, confirmant que les intérêts pétroliers sont maîtres du jeu. Le blocage américain a rendu impossible l'adoption d'un accord sur les énergies renouvelables en s'opposant catégoriquement à toute date et à toute cible. L'attitude du Canada n'est guère plus reluisante puisqu'il s'est collé à son voisin du Sud. Résultat? Un plan qui exhorte à une «augmentation substantielle» de la part des énergies renouvelables dans la production mondiale d'énergie. Des voeux pieux!
En fait, les énergies alternatives ont été les perdantes d'un marchandage qui a permis d'aboutir, à l'arraché, à un accord sur l'accès à l'eau. Les participants se sont engagés à fournir l'accès à l'eau, d'ici 2015, à la moitié des 1,1 milliard d'humains qui n'y ont pas accès. Ils ont aussi convenu de fournir des services d'assainissement des eaux à la moitié des 2,4 milliards de personnes qui n'en ont pas.
De nombreuses ONG se sont montrées déçues des résultats du sommet et ne se sont pas gênées pour exprimer le plus grand scepticisme. La déception est vive chez ceux qui travaillent quotidiennement auprès des populations démunies des pays en développement et qui constatent concrètement les ravages de la pauvreté sur l'environnement. Mais les groupes environnementaux et les autres ONG ne doivent pas oublier que leur participation à de tels sommets est fondamentale: ils contribuent à faire avancer les choses, même modestement.
Plusieurs sont également déçus qu'on ait tant parlé d'économie au sommet. Là-dessus, nous réitérons notre désaccord: nous nous réjouissons au contraire que des questions de commerce international, intrinsèquement liées aux conditions de vie des pays en développement et, de ce fait, aux comportements relatifs à l'environnement, aient été abordées. Par exemple, les pays du Sud ont mille fois raison de remettre sur le tapis les subventions dont les Européens et les Américains abreuvent leurs agriculteurs, illustrant de ce fait le fossé gigantesque entre le discours et les actes sur la libéralisation des échanges. Au bout du compte, le groupe des pays du Sud a essuyé une défaite, les pays riches refusant d'aller plus loin que la déclaration de l'OMC à Doha, l'an passé, qui était vague à souhait.
Conçu à l'origine pour dresser le bilan des objectifs fixés dix ans plus tôt à Rio, le Sommet de Johannesburg a baigné dans une ambiance qui n'avait rien à voir avec la grande fête sud-américaine à l'issue de laquelle avaient été adoptées des conventions visant à stopper la dégradation de l'environnement. Et pour cause. Les engagements annoncés en 1992 ne se sont pas matérialisés et les problèmes environnementaux se sont généralement intensifiés.
Dans ce contexte, la réanimation du protocole de Kyoto constituait un minimum vital en deçà duquel le sommet aurait carrément échoué. Mais rien n'est encore gagné, et il faudra talonner les chefs d'État afin qu'ils prennent les mesures qui s'imposent pour réaliser les engagements de ce protocole. Pour le reste, certains objectifs laissent songeur, comme celui de ne pas pêcher plus de poisson que ne le permet la capacité de régénération des stocks, «là où c'est possible». La faiblesse du texte continue de permettre tous les abus.
Au delà des bonnes intentions, qui ne coûtent pas cher, le plan d'action du Sommet de Johannesburg contient trop peu d'objectifs chiffrés, mesurables. Il reste qu'au delà de l'aspect spectacle attaché à toutes les grandes réunions de ce genre, ce sommet aura permis aux pays du Sud de démontrer une fois de plus que la sauvegarde de la planète passe par une amélioration de leurs conditions de vie. Les pays du Nord ont répondu timidement à l'appel, beaucoup trop timidement.
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