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L'après-Johannesburg chez nous

Robert Perreault - Membre du Conseil régional de l'environnement de Montréal  4 septembre 2002  Actualités sur l'environnement
La décision d'Ottawa de ratifier le protocole de Kyoto doit être saluée comme une excellente nouvelle par tous ceux pour qui l'avenir de cette planète passe nécessairement par une réduction des émissions de gaz à effet de serre. En fait, cette décision nous concerne tous. Il faut donc saluer l'annonce faite par le premier ministre du Canada à Johannesburg, d'autant plus que celle-ci sonne probablement le glas des dernières résistances organisées à la ratification de l'entente, confirmant l'isolement des États-Unis dans ce dossier.

Cette annonce devra être suivie de mesures concrètes pour permettre au Canada d'atteindre les objectifs fixés à Kyoto, soit une réduction de 6 % des émissions canadiennes de gaz à effet de serre par rapport au niveau où elles étaient en 1990, et ce, d'ici 2012. Or on sait que le Canada a connu, au contraire, une augmentation de près de 20 % du niveau de ses émissions depuis cette date référence de 1990. Tout un défi à relever, donc, défi qui ne sera pas sans interpeller non seulement les décideurs politiques de tous les paliers de gouvernement mais aussi nous tous, simples citoyens, dans nos habitudes quotidiennes comme grands consommateurs d'énergie.

Si le Canada est sérieux dans sa démarche, on doit s'attendre à d'intenses discussions dès cet automne entre le gouvernement fédéral et ceux des provinces à propos des mesures à mettre en oeuvre pour permettre l'atteinte des objectifs. Des programmes devront être annoncés. Dans ce contexte, il faut rappeler qu'au Québec, l'un des principaux facteurs engendrant la pollution atmosphérique par gaz à effet de serre demeure notre surutilisation de la voiture privée comme mode de déplacement quotidien entre la maison et notre lieu de travail.

Dans la région de Montréal, par exemple, le parc automobile croît beaucoup plus rapidement que la population, nos voitures sont de plus en plus inutilement grosses et énergivores, nous sous-investissons dans les transports publics et les pressions pour de nouvelles autoroutes urbaines et de nouveaux ponts se maintiennent, continuant de présenter comme des solutions à nos problèmes de congestion ce qui s'est avéré partout comme des culs-de-sac.

Le ministre délégué à l'Environnement du Québec, Jean-François Simard, a bien raison de se réjouir de la décision fédérale. Il est vrai que le gouvernement du Québec a, dans ce dossier, tenu depuis le début une position progressiste, rappelant constamment à son vis-à-vis fédéral l'urgence d'adhérer à l'entente, faisant même approuver cette position par l'Assemblée nationale. Dans ce dossier, Québec a d'ailleurs, pour une rare fois, reçu l'appui de la quasi-totalité des groupes environnementaux. Même les municipalités s'y sont ralliées, Montréal et la Communauté métropolitaine en tête.

Une occasion se présente justement à nous pour vérifier si cette bonne volonté collective sera suivie d'effets concrets. La réalisation du Plan de transport pour la région de Montréal de l'ex-ministre Chevrette — plan qui n'a jamais fait l'objet de quelque consultation publique que ce soit, plan qui ne contient aucun objectif de réduction des gaz à effet de serre, plan qui prévoit, au contraire, l'augmentation de ceux-ci par, notamment, la prolongation de l'autoroute 25 en zone urbanisée, la construction de nouveaux ponts, toutes mesures qui vont à l'encontre des objectifs que l'on dit vouloir atteindre — doit marquer un temps d'arrêt.

Est-ce trop demander à nos gouvernants de tous les paliers qu'ils nous expliquent en effet, avant qu'il ne soit trop tard, comment ils entendent atteindre les objectifs exigeants de Kyoto? Des sommes importantes devront être dégagées par le fédéral pour appuyer le développement des transports publics. La région de Montréal doit profiter de cette occasion pour entreprendre un vigoureux plan de relance des transports en commun, du vélo, du covoiturage et des autres solutions de rechange à l'automobile.

L'exemple du succès des trains de banlieue devrait nous inspirer: lorsqu'on ose innover, le public répond favorablement. Malheureusement, les signaux envoyés par Québec vont plutôt dans le sens contraire, et les échos en provenance du mandataire du ministre des Transports, Louis Bernard, pour étudier les modes de financement des transports en commun pour la région n'augurent rien de bien transcendant, rien, en tout cas, que viendrait supporter une vision d'avenir qui soit à la hauteur de la situation nouvelle créée par la décision fédérale.

Le Québec, il est vrai, a la chance historique, grâce à l'électricité, de dépendre globalement moins que d'autres régions développées de la planète des énergies fossiles non renouvelables. Tant mieux. Il ne faudrait pas pour autant que cela lui serve d'alibi pour se soustraire à ses obligations de solidarité internationale en faisant fi du fait qu'il est, par habitant, l'un des plus grands pollueurs de la planète en matière de gaz à effet de serre par son parc automobile. D'autres solutions que le tout-automobile s'offrent à nous pour régler nos problèmes de congestion. Le moment est venu de donner un second souffle aux transports publics et aux autres solutions alternatives à l'automobile dans les grands centres urbains.
 
 
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