Climat: le doute est levé
Onze académies des sciences exigent une action contre le réchauffement
Les académies des sciences des pays du G8 et celles des trois plus gros pays en voie de développement consommateurs de pétrole — la Chine, l'Inde et le Brésil — ont fait hier un geste politique sans précédent en signant une déclaration commune à Londres, affirmant que le doute entretenu par certains à l'endroit des changements climatiques ne justifie plus l'inaction et qu'au contraire, il faut «enclencher immédiatement» un plan d'action planétaire pour conjurer cette menace globale.
La déclaration faite par les meilleurs scientifiques des plus importants pays de la planète, dont les porte-parole n'ont pas hésité à stigmatiser l'inaction des États-Unis, a immédiatement été suivie à Washington par une déclaration du président américain, George W. Bush. Ce dernier a tenté d'atténuer cette nouvelle pression internationale en déclarant que, «sur les changements climatiques, [il a] toujours dit qu'il s'agissait d'un grave problème à long terme auquel il faut s'attaquer». Le président américain n'a toutefois pas précisé ce qu'il entendait par «long terme».
Ce dernier sortait d'une rencontre avec son allié Tony Blair, le premier ministre de la Grande-Bretagne et président de la prochaine conférence du G8 qui se tiendra les 6 et 7 juillet à Gleneagles, en Écosse. Tony Blair a hissé le dossier des changements climatiques et celui de l'aide aux pays en voie de développement en tête de l'ordre du jour.
Les États-Unis, qui constituent 5 % de la population mondiale, émettent chaque année le quart de toutes les émissions de GES de la planète et leur contribution globale depuis le début de l'ère industrielle s'élève au tiers de toutes les émissions d'origine humaine.
Les 11 académies scientifiques affirment que le réchauffement du climat doit de toute évidence être attribué aux activités humaines, et en particulier à l'utilisation de combustibles fossiles pour le transport et l'énergie: «La compréhension actuelle que nous avons des changements climatiques est désormais clairement suffisante pour justifier une action rapide de la part des nations» afin de conjurer le mégaphénomène planétaire.
Même s'il demeure des chercheurs qui contestent la réalité des changements climatiques, leur poids demeure marginal par rapport à celui des académies scientifiques, qui regroupent le gratin des scientifiques de chaque pays. Le consensus exprimé hier par ces institutions nationales est d'autant plus important que ces dernières ne sont pas regroupées dans un organisme commun qui pourrait défendre une ligne politique, comme on accuse parfois le Groupe international d'experts sur le climat (GIEC), rattaché à l'ONU, d'en avoir une afin de discréditer ses conclusions.
Pour Lord May of Oxford, président de la Société royale des sciences d'Angleterre, le sommet du G8 des prochaines semaines constituera «un moment sans précédent dans l'histoire humaine» parce qu'il déterminera si la planète réagit avec réalisme, précaution et solidarité devant la plus grande menace d'origine humaine qui la confronte.
«Nos leaders, a-t-il dit, sont devant un choix incontournable: ils bougent maintenant ou transfèrent le prix de l'inaction aux prochaines générations. Jamais dans le passé notre espèce n'a fait face à un défi aussi global. Et si nous ne passons pas à l'action maintenant, tout retard rendra plus difficile nos démarches pour arrêter ce train infernal qui ne cesse d'accélérer.»
Les scientifiques, qui n'ont toutefois pas déposé de scénario de réductions, ont demandé aux États-membres du G8 «de déterminer les mesures rentables dans une logique de coûts-bénéfices, qu'on pourrait mettre en place maintenant pour contribuer à des réductions de GES, substantielles et permanentes».
L'action californienne
Au même moment, en Californie, des centaines de maires provenant des plus grandes villes du globe ont signé un protocole d'entente axé principalement sur la lutte locale aux changements climatiques, grâce à un plan en 21 points axé principalement sur une amélioration radicale des transports en commun d'ici 10 ans et une croissance zéro des déchets voués à l'enfouissement, une autre source non négligeable de GES. Leur protocole vise aussi à réduire de 10 % d'ici sept ans la consommation d'électricité des grandes villes du monde en modifiant l'éclairage, les règles gouvernant la publicité, la climatisation, etc.
La veille, le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, ouvrait la marche en signant le décret qui rend exécutoires légalement les objectifs de réduction des GES de cet État. La Californie cible d'ici 2010 une réduction de 11 % de ses GES, ou de ramener ceux-ci au niveau de 2000. En 2020, le même État devra avoir ramené ses émissions au niveau de 1990 et en 2050, les avoir réduites de 80 % par rapport au niveau actuel. Les États de la Nouvelle-Angleterre se sont donné des échéanciers de réduction assez semblables, ce qui élargit aux États-Unis le nombre de territoires qui défient la politique du laisser-faire du président Bush sans pouvoir s'inscrire cependant sur le marché international des GES pour le plus grand profit de leurs entreprises.
Pour Steven Guilbeault, de Greenpeace Québec, la prochaine rencontre des parties au protocole de Kyoto, qui se déroulera à Montréal en novembre, devrait ouvrir la porte à des ententes avec des gouvernements autres que ceux des États-nations, voire avec des mégapoles urbaines, au lieu de toujours attendre le feu vert des gouvernements nationaux, ce qui permettrait notamment d'élargir le marché international d'échanges ou d'achats de permis d'émissions. L'inquiétude des pays en voie de développement, comme la Chine et l'Inde, devant le phénomène du réchauffement, estime Steven Guilbeault, qui a suivi toutes les négociations sur le protocole, ne débouchera pas nécessairement sur des objectifs nationaux de réduction, similaires à ceux de Kyoto. Mais, dit-il, la Chine pourrait, par exemple, décider de réduire ses émissions par un recours plus substantiel à des énergies vertes émergentes et le Brésil, viser une réduction majeure de la coupe de bois en forêt amazonienne, ce qui serait l'équivalent d'une importante réduction de sa consommation d'hydrocarbures.
«Toutes les possibilités importantes d'action positive sur le climat doivent être considérées, même si cela ouvre la porte à des ententes différentes ou éventuellement sectorielles», concluait-il.
La déclaration faite par les meilleurs scientifiques des plus importants pays de la planète, dont les porte-parole n'ont pas hésité à stigmatiser l'inaction des États-Unis, a immédiatement été suivie à Washington par une déclaration du président américain, George W. Bush. Ce dernier a tenté d'atténuer cette nouvelle pression internationale en déclarant que, «sur les changements climatiques, [il a] toujours dit qu'il s'agissait d'un grave problème à long terme auquel il faut s'attaquer». Le président américain n'a toutefois pas précisé ce qu'il entendait par «long terme».
Ce dernier sortait d'une rencontre avec son allié Tony Blair, le premier ministre de la Grande-Bretagne et président de la prochaine conférence du G8 qui se tiendra les 6 et 7 juillet à Gleneagles, en Écosse. Tony Blair a hissé le dossier des changements climatiques et celui de l'aide aux pays en voie de développement en tête de l'ordre du jour.
Les États-Unis, qui constituent 5 % de la population mondiale, émettent chaque année le quart de toutes les émissions de GES de la planète et leur contribution globale depuis le début de l'ère industrielle s'élève au tiers de toutes les émissions d'origine humaine.
Les 11 académies scientifiques affirment que le réchauffement du climat doit de toute évidence être attribué aux activités humaines, et en particulier à l'utilisation de combustibles fossiles pour le transport et l'énergie: «La compréhension actuelle que nous avons des changements climatiques est désormais clairement suffisante pour justifier une action rapide de la part des nations» afin de conjurer le mégaphénomène planétaire.
Même s'il demeure des chercheurs qui contestent la réalité des changements climatiques, leur poids demeure marginal par rapport à celui des académies scientifiques, qui regroupent le gratin des scientifiques de chaque pays. Le consensus exprimé hier par ces institutions nationales est d'autant plus important que ces dernières ne sont pas regroupées dans un organisme commun qui pourrait défendre une ligne politique, comme on accuse parfois le Groupe international d'experts sur le climat (GIEC), rattaché à l'ONU, d'en avoir une afin de discréditer ses conclusions.
Pour Lord May of Oxford, président de la Société royale des sciences d'Angleterre, le sommet du G8 des prochaines semaines constituera «un moment sans précédent dans l'histoire humaine» parce qu'il déterminera si la planète réagit avec réalisme, précaution et solidarité devant la plus grande menace d'origine humaine qui la confronte.
«Nos leaders, a-t-il dit, sont devant un choix incontournable: ils bougent maintenant ou transfèrent le prix de l'inaction aux prochaines générations. Jamais dans le passé notre espèce n'a fait face à un défi aussi global. Et si nous ne passons pas à l'action maintenant, tout retard rendra plus difficile nos démarches pour arrêter ce train infernal qui ne cesse d'accélérer.»
Les scientifiques, qui n'ont toutefois pas déposé de scénario de réductions, ont demandé aux États-membres du G8 «de déterminer les mesures rentables dans une logique de coûts-bénéfices, qu'on pourrait mettre en place maintenant pour contribuer à des réductions de GES, substantielles et permanentes».
L'action californienne
Au même moment, en Californie, des centaines de maires provenant des plus grandes villes du globe ont signé un protocole d'entente axé principalement sur la lutte locale aux changements climatiques, grâce à un plan en 21 points axé principalement sur une amélioration radicale des transports en commun d'ici 10 ans et une croissance zéro des déchets voués à l'enfouissement, une autre source non négligeable de GES. Leur protocole vise aussi à réduire de 10 % d'ici sept ans la consommation d'électricité des grandes villes du monde en modifiant l'éclairage, les règles gouvernant la publicité, la climatisation, etc.
La veille, le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, ouvrait la marche en signant le décret qui rend exécutoires légalement les objectifs de réduction des GES de cet État. La Californie cible d'ici 2010 une réduction de 11 % de ses GES, ou de ramener ceux-ci au niveau de 2000. En 2020, le même État devra avoir ramené ses émissions au niveau de 1990 et en 2050, les avoir réduites de 80 % par rapport au niveau actuel. Les États de la Nouvelle-Angleterre se sont donné des échéanciers de réduction assez semblables, ce qui élargit aux États-Unis le nombre de territoires qui défient la politique du laisser-faire du président Bush sans pouvoir s'inscrire cependant sur le marché international des GES pour le plus grand profit de leurs entreprises.
Pour Steven Guilbeault, de Greenpeace Québec, la prochaine rencontre des parties au protocole de Kyoto, qui se déroulera à Montréal en novembre, devrait ouvrir la porte à des ententes avec des gouvernements autres que ceux des États-nations, voire avec des mégapoles urbaines, au lieu de toujours attendre le feu vert des gouvernements nationaux, ce qui permettrait notamment d'élargir le marché international d'échanges ou d'achats de permis d'émissions. L'inquiétude des pays en voie de développement, comme la Chine et l'Inde, devant le phénomène du réchauffement, estime Steven Guilbeault, qui a suivi toutes les négociations sur le protocole, ne débouchera pas nécessairement sur des objectifs nationaux de réduction, similaires à ceux de Kyoto. Mais, dit-il, la Chine pourrait, par exemple, décider de réduire ses émissions par un recours plus substantiel à des énergies vertes émergentes et le Brésil, viser une réduction majeure de la coupe de bois en forêt amazonienne, ce qui serait l'équivalent d'une importante réduction de sa consommation d'hydrocarbures.
«Toutes les possibilités importantes d'action positive sur le climat doivent être considérées, même si cela ouvre la porte à des ententes différentes ou éventuellement sectorielles», concluait-il.
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