Inquiétudes à Johannesburg
La tension monte au Sommet de Johannesburg sur le développement durable, 24 heures avant l'arrivée de 102 chefs d'État, demain. Les négociations progressent à pas de tortue et les conflits d'intérêts s'étalent désormais au grand jour. Mais, n'en déplaise aux cyniques qui seraient trop heureux d'avoir fait les bonnes prédictions, les participants à l'événement ne peuvent se payer le luxe d'un échec.
Dix ans ont passé depuis la grande fête environnementale de Rio. Dix ans au cours desquels la dégradation de l'environnement s'est poursuivie, le plus souvent dans une insouciance collective indescriptible. Faut-il donc, devant cette constatation, renoncer aux grandes réunions fourre-tout destinées à sauver la planète? Pas du tout. Les échanges au niveau international, dans un monde de plus en plus complexe, sont plus que jamais indispensables. D'ailleurs, la réunion de Johannesburg s'inscrit dans la suite logique des rencontres à saveur plus économique de la dernière année, celle de l'Organisation mondiale du commerce à Doha, celle de Monterrey sur le développement du financement et celle de Kananaskis en juillet dernier, que présidait Jean Chrétien et qui s'attarda, trop timidement, au sort de l'Afrique.
Le développement durable n'est pas incompatible avec l'économie de marché. Mais il passe d'abord par la lutte contre la pauvreté. Comme l'a si éloquemment dit, au fil des ans, celle à qui on doit le concept de développement durable, Gro Harlem Bruntland, la pauvreté force le recours à des comportements à court terme, le plus souvent nocifs pour l'environnement. Que les enjeux reliés à la circulation des biens dans les pays du Sud aient été au menu des discussions n'a rien de surprenant, ni de décevant.
Mais il reste à savoir si les pays du Nord finiront par entendre les objections des pays en développement, notamment sur les effets pervers des subventions que les premiers accordent à leurs agriculteurs, qui mettent en péril les avantages de la mondialisation. Le désir des États-Unis de lier l'aide aux pays pauvres à l'ouverture des frontières constitue un autre obstacle majeur qui ne pouvait manquer de resurgir à Johannesburg.
Ce sommet est d'ailleurs marqué par l'attitude défensive des États-Unis, qui se refusent à inscrire toute date butoir précise dans les objectifs qui pourraient faire l'objet d'ententes, comme celui sur la réduction de moitié, d'ici 2015, du nombre de personnes sans accès à des installations sanitaires. Quelque 1,2 milliard d'humains n'ont pas accès à de l'eau potable et deux milliards vivent sans équipement sanitaire. Même refus relativement à l'objectif de porter à 15 % d'ici 2010 la proportion d'énergies renouvelables dans la consommation mondiale d'énergie. Inutile d'ajouter à la liste la résistance américaine au traité sur les changements climatiques, déjà amplement commenté.
S'entêtant dans un isolement qu'eux seuls peuvent se permettre, les États-Unis indisposent les autres participants et compromettent sérieusement un accord digne de ce nom, qui marquerait un progrès par rapport au Sommet de Rio. L'attitude du Canada n'est pas aussi déterminante pour la suite des choses, cela va de soi; on n'en déplore pas moins une timidité maladive faisant contraste avec des convictions beaucoup plus originales il y a à peine une décennie. Est-ce là une conséquence de notre intégration économique plus poussée avec nos voisins du Sud?
Les milliers de manifestants qui ont commencé à déambuler dans les rues entourant le site de la conférence insuffleront peut-être un sentiment d'urgence qui fait présentement défaut aux décideurs. Il incombe aux chefs d'État, qui prendront le relais de leurs fonctionnaires à compter de demain, de relancer les débats, afin d'arriver à un accord traduisant une réelle volonté de réduire les inégalités dans le monde.
pdesrivieres@ledevoir.ca
Dix ans ont passé depuis la grande fête environnementale de Rio. Dix ans au cours desquels la dégradation de l'environnement s'est poursuivie, le plus souvent dans une insouciance collective indescriptible. Faut-il donc, devant cette constatation, renoncer aux grandes réunions fourre-tout destinées à sauver la planète? Pas du tout. Les échanges au niveau international, dans un monde de plus en plus complexe, sont plus que jamais indispensables. D'ailleurs, la réunion de Johannesburg s'inscrit dans la suite logique des rencontres à saveur plus économique de la dernière année, celle de l'Organisation mondiale du commerce à Doha, celle de Monterrey sur le développement du financement et celle de Kananaskis en juillet dernier, que présidait Jean Chrétien et qui s'attarda, trop timidement, au sort de l'Afrique.
Le développement durable n'est pas incompatible avec l'économie de marché. Mais il passe d'abord par la lutte contre la pauvreté. Comme l'a si éloquemment dit, au fil des ans, celle à qui on doit le concept de développement durable, Gro Harlem Bruntland, la pauvreté force le recours à des comportements à court terme, le plus souvent nocifs pour l'environnement. Que les enjeux reliés à la circulation des biens dans les pays du Sud aient été au menu des discussions n'a rien de surprenant, ni de décevant.
Mais il reste à savoir si les pays du Nord finiront par entendre les objections des pays en développement, notamment sur les effets pervers des subventions que les premiers accordent à leurs agriculteurs, qui mettent en péril les avantages de la mondialisation. Le désir des États-Unis de lier l'aide aux pays pauvres à l'ouverture des frontières constitue un autre obstacle majeur qui ne pouvait manquer de resurgir à Johannesburg.
Ce sommet est d'ailleurs marqué par l'attitude défensive des États-Unis, qui se refusent à inscrire toute date butoir précise dans les objectifs qui pourraient faire l'objet d'ententes, comme celui sur la réduction de moitié, d'ici 2015, du nombre de personnes sans accès à des installations sanitaires. Quelque 1,2 milliard d'humains n'ont pas accès à de l'eau potable et deux milliards vivent sans équipement sanitaire. Même refus relativement à l'objectif de porter à 15 % d'ici 2010 la proportion d'énergies renouvelables dans la consommation mondiale d'énergie. Inutile d'ajouter à la liste la résistance américaine au traité sur les changements climatiques, déjà amplement commenté.
S'entêtant dans un isolement qu'eux seuls peuvent se permettre, les États-Unis indisposent les autres participants et compromettent sérieusement un accord digne de ce nom, qui marquerait un progrès par rapport au Sommet de Rio. L'attitude du Canada n'est pas aussi déterminante pour la suite des choses, cela va de soi; on n'en déplore pas moins une timidité maladive faisant contraste avec des convictions beaucoup plus originales il y a à peine une décennie. Est-ce là une conséquence de notre intégration économique plus poussée avec nos voisins du Sud?
Les milliers de manifestants qui ont commencé à déambuler dans les rues entourant le site de la conférence insuffleront peut-être un sentiment d'urgence qui fait présentement défaut aux décideurs. Il incombe aux chefs d'État, qui prendront le relais de leurs fonctionnaires à compter de demain, de relancer les débats, afin d'arriver à un accord traduisant une réelle volonté de réduire les inégalités dans le monde.
pdesrivieres@ledevoir.ca
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

