Effet de serre - Le protocole de Kyoto est nettement insuffisant
Même l'adhésion des États-Unis n'améliorerait que de peu le bilan planétaire
La convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a été l'un des plus importants acquis du Sommet de la Terre en 1992. Signée par plus de 180 pays et ratifiée dès 1994, la convention visait à stabiliser en 2000 les émissions mondiales de gaz à effet de serre au niveau de référence de 1990. Basée sur le principe de précaution et l'approche pollueur-payeur, la convention reconnaissait aussi la responsabilité des pays industrialisés dans l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Mais des principes aux actions, il s'est révélé un fossé que les plus grands pollueurs de la planète n'ont pas même essayé de franchir. À quoi devrions-nous nous attendre dans le dossier des changements climatiques dix ans après Rio lors de la conférence de Johannesburg?
Tergiversations et procrastination
Les années 90 ont vu une croissance soutenue de l'économie mondiale mais avec de grandes disparités. Les États-Unis, la Chine et quelques pays émergents comme la Corée du Sud ont connu une croissance soutenue alors que le bloc soviétique éprouvait d'énormes difficultés et que l'Afrique en général s'enfonçait un peu plus chaque année.
Au total, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont quand même continué d'augmenter à l'échelle mondiale et la concentration de CO2 dans l'atmosphère s'est accrue de 1,7 à 2,7 parties par million chaque année, pour atteindre 372 ppm en 2002, soit un doublement de la quantité totale de carbone atmosphérique qui était due à l'activité humaine avant 1975.
Naturellement, la responsabilité de cette augmentation rendait beaucoup plus difficile une position comme celle des États-Unis, responsables de près de 40 % émissions planétaires de ce GES.
Dès le départ, le principe de précaution en a pris un coup puisque les efforts des pays ont porté sur une demande accrue d'études scientifiques avant d'entreprendre quelque démarche pour réduire les émissions de GES. La deuxième série de rapport du GIEC en 1995 devait leur fournir un ensemble de réponses mais il fallait toujours plus de preuves devant les pressions des lobbys des combustibles fossiles, de l'automobile et de l'industrie lourde.
Pour mettre en oeuvre la convention, les parties entreprirent, à partir de 1994 la longue négociation du Protocole de Kyoto, adopté en 1997, qui modifiait les objectifs de la convention en fixant entre 2008 et 2012 la période où on devrait avoir — en moyenne — réduit les émissions de 1990 d'environ 5 %. On voulait ainsi donner plus de souplesse et de latitude aux pays pour appliquer les efforts nécessaires à atteindre cet objectif global. Le protocole prévoyait aussi des mesures contraignantes pour les pays qui feraient défaut à leur engagement, sans toutefois préciser la nature et la portée de ces mesures.
De Kyoto à Marrakech, les États-Unis, puis le Canada n'ont cessé de demander des allégements et d'utiliser des mesures dilatoires pour réduire la portée du protocole et limiter son efficacité. En déclarant qu'il n'allait pas ratifier le Protocole de Kyoto au printemps 2001, le président Georges W. Bush a porté un dur coup à l'accord et en même temps à la convention que son propre père avait signée en 1992. Le Canada, avec ses consultations fédérales, provinciales et ses nouvelles demandes pour des crédits à l'exportation d'énergie propre continue le travail de sape qui fragilise encore plus le consensus international.
L'effet de serre s'aggrave
Que peut-on prévoir sur le front des changements climatiques? D'abord, comme nous l'indique la troisième série de rapports du GIEC, on a commencé à en mesurer les effets et ceux-ci risquent de s'aggraver au cours du siècle. La fonte des glaciers de montagne, l'extension des zones de malaria tant en altitude qu'en latitude, la migration d'espèces animales et végétales vers des latitudes plus élevées et même l'amaigrissement des ours polaires de la Baie d'Hudson sont considérés comme autant d'indices de l'intensification du réchauffement climatique.
Par ailleurs, la croissance des émissions est plus qu'inquiétante: en 2012, pour stabiliser la croissance des GES dans l'atmosphère, il faudrait empêcher 29 milliards de tonnes de CO2 par année d'atteindre l'atmosphère...
La raison en est simple, les émissions des pays ne faisant pas partie de l'annexe 1 continueront de croître sans frein. Consolons-nous, Kyoto, si tous les pays signataires le ratifient, permettra d'empêcher 2,71 milliards de tonnes de CO2 d'atteindre l'atmosphère au total pendant les cinq années de référence, de 2008 à 2012!
Même si les États-Unis, touchés par la grâce, revenaient sur leur décision et mettaient en oeuvre le Protocole, cela ferait une différence de 0,5 ppm de CO2 dans l'atmosphère au total. Autant dire pas grand chose... l'équivalent de deux mois d'émissions planétaires!
Il faudra donc des mesures draconiennes à l'échelle globale pour ralentir, voire stabiliser la production nette de GES et il est probable que nous atteindrons le doublement de la concentration préindustrielle de CO2 bien avant 2050. Alors, Johannesburg n'apportera vraisemblablement rien de neuf et Kyoto restera dans l'histoire soit comme un échec, soit comme un fiasco. La meilleure chose qui puisse se produire étant qu'un nombre suffisant de pays industrialisés l'adoptent pour en mettre en oeuvre les mécanismes, ce qui nous fera gagner du temps quand il sera démontré qu'il faut faire beaucoup plus.
À nous de jouer!
Il semble que la capacité de nos gouvernements à penser globalement ait atteint son point limite, du moins pour l'échéance 2012... Alors, quoi faire? Pour les Québécois, la chose est relativement simple, puisque notre gouvernement affiche un bilan beaucoup moins négatif que les autres provinces canadiennes, mais cela ne sert à rien d'avoir raison quand le gouvernement supérieur a tort...
Il faut donc agir au niveau du citoyen et de ses actes quotidiens. Car, faut-il le rappeler, nous sommes tous responsables de notre empreinte écologique par les impacts de notre mode de consommation. Il n'existe pas de marchand s'il n'y a pas de clients, il n'existe pas d'industriel s'il n'y a pas de consommateur. Et naturellement, l'énergie la moins polluante est celle dont on n'a pas besoin! En épargnant trois cent litres de carburant par an (un aller-retour Montréal-Gaspé avec une petite auto plutôt qu'un SUV), on met 200 $ dans sa poche et on évite l'émission d'une tonne de CO2 sans réduire sa mobilité...
En choisissant d'agir dans une perspective de réduire les émissions de gaz à effet de serre, le citoyen n'est pas pénalisé, il gagne, financièrement parlant, en développement régional et en santé.
***
Claude Villeneuve est professeur responsable du DÉSS en Éco-conseil
Université du Québec à Chicoutimi et auteur avec François Richard du livre Vivre les changements climatiques , l'effet de serre expliqué aux Éditions Multimondes (2001)
Tergiversations et procrastination
Les années 90 ont vu une croissance soutenue de l'économie mondiale mais avec de grandes disparités. Les États-Unis, la Chine et quelques pays émergents comme la Corée du Sud ont connu une croissance soutenue alors que le bloc soviétique éprouvait d'énormes difficultés et que l'Afrique en général s'enfonçait un peu plus chaque année.
Au total, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont quand même continué d'augmenter à l'échelle mondiale et la concentration de CO2 dans l'atmosphère s'est accrue de 1,7 à 2,7 parties par million chaque année, pour atteindre 372 ppm en 2002, soit un doublement de la quantité totale de carbone atmosphérique qui était due à l'activité humaine avant 1975.
Naturellement, la responsabilité de cette augmentation rendait beaucoup plus difficile une position comme celle des États-Unis, responsables de près de 40 % émissions planétaires de ce GES.
Dès le départ, le principe de précaution en a pris un coup puisque les efforts des pays ont porté sur une demande accrue d'études scientifiques avant d'entreprendre quelque démarche pour réduire les émissions de GES. La deuxième série de rapport du GIEC en 1995 devait leur fournir un ensemble de réponses mais il fallait toujours plus de preuves devant les pressions des lobbys des combustibles fossiles, de l'automobile et de l'industrie lourde.
Pour mettre en oeuvre la convention, les parties entreprirent, à partir de 1994 la longue négociation du Protocole de Kyoto, adopté en 1997, qui modifiait les objectifs de la convention en fixant entre 2008 et 2012 la période où on devrait avoir — en moyenne — réduit les émissions de 1990 d'environ 5 %. On voulait ainsi donner plus de souplesse et de latitude aux pays pour appliquer les efforts nécessaires à atteindre cet objectif global. Le protocole prévoyait aussi des mesures contraignantes pour les pays qui feraient défaut à leur engagement, sans toutefois préciser la nature et la portée de ces mesures.
De Kyoto à Marrakech, les États-Unis, puis le Canada n'ont cessé de demander des allégements et d'utiliser des mesures dilatoires pour réduire la portée du protocole et limiter son efficacité. En déclarant qu'il n'allait pas ratifier le Protocole de Kyoto au printemps 2001, le président Georges W. Bush a porté un dur coup à l'accord et en même temps à la convention que son propre père avait signée en 1992. Le Canada, avec ses consultations fédérales, provinciales et ses nouvelles demandes pour des crédits à l'exportation d'énergie propre continue le travail de sape qui fragilise encore plus le consensus international.
L'effet de serre s'aggrave
Que peut-on prévoir sur le front des changements climatiques? D'abord, comme nous l'indique la troisième série de rapports du GIEC, on a commencé à en mesurer les effets et ceux-ci risquent de s'aggraver au cours du siècle. La fonte des glaciers de montagne, l'extension des zones de malaria tant en altitude qu'en latitude, la migration d'espèces animales et végétales vers des latitudes plus élevées et même l'amaigrissement des ours polaires de la Baie d'Hudson sont considérés comme autant d'indices de l'intensification du réchauffement climatique.
Par ailleurs, la croissance des émissions est plus qu'inquiétante: en 2012, pour stabiliser la croissance des GES dans l'atmosphère, il faudrait empêcher 29 milliards de tonnes de CO2 par année d'atteindre l'atmosphère...
La raison en est simple, les émissions des pays ne faisant pas partie de l'annexe 1 continueront de croître sans frein. Consolons-nous, Kyoto, si tous les pays signataires le ratifient, permettra d'empêcher 2,71 milliards de tonnes de CO2 d'atteindre l'atmosphère au total pendant les cinq années de référence, de 2008 à 2012!
Même si les États-Unis, touchés par la grâce, revenaient sur leur décision et mettaient en oeuvre le Protocole, cela ferait une différence de 0,5 ppm de CO2 dans l'atmosphère au total. Autant dire pas grand chose... l'équivalent de deux mois d'émissions planétaires!
Il faudra donc des mesures draconiennes à l'échelle globale pour ralentir, voire stabiliser la production nette de GES et il est probable que nous atteindrons le doublement de la concentration préindustrielle de CO2 bien avant 2050. Alors, Johannesburg n'apportera vraisemblablement rien de neuf et Kyoto restera dans l'histoire soit comme un échec, soit comme un fiasco. La meilleure chose qui puisse se produire étant qu'un nombre suffisant de pays industrialisés l'adoptent pour en mettre en oeuvre les mécanismes, ce qui nous fera gagner du temps quand il sera démontré qu'il faut faire beaucoup plus.
À nous de jouer!
Il semble que la capacité de nos gouvernements à penser globalement ait atteint son point limite, du moins pour l'échéance 2012... Alors, quoi faire? Pour les Québécois, la chose est relativement simple, puisque notre gouvernement affiche un bilan beaucoup moins négatif que les autres provinces canadiennes, mais cela ne sert à rien d'avoir raison quand le gouvernement supérieur a tort...
Il faut donc agir au niveau du citoyen et de ses actes quotidiens. Car, faut-il le rappeler, nous sommes tous responsables de notre empreinte écologique par les impacts de notre mode de consommation. Il n'existe pas de marchand s'il n'y a pas de clients, il n'existe pas d'industriel s'il n'y a pas de consommateur. Et naturellement, l'énergie la moins polluante est celle dont on n'a pas besoin! En épargnant trois cent litres de carburant par an (un aller-retour Montréal-Gaspé avec une petite auto plutôt qu'un SUV), on met 200 $ dans sa poche et on évite l'émission d'une tonne de CO2 sans réduire sa mobilité...
En choisissant d'agir dans une perspective de réduire les émissions de gaz à effet de serre, le citoyen n'est pas pénalisé, il gagne, financièrement parlant, en développement régional et en santé.
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Claude Villeneuve est professeur responsable du DÉSS en Éco-conseil
Université du Québec à Chicoutimi et auteur avec François Richard du livre Vivre les changements climatiques , l'effet de serre expliqué aux Éditions Multimondes (2001)
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