Johannesburg - Chrétien subit la pression de ses députés
Le premier ministre est prié d'annoncer la ratification du protocole de Kyoto et même de promettre un «budget vert»
27 août 2002
Actualités sur l'environnement
Le premier ministre Jean Chrétien devra profiter de son passage au Sommet de la terre à Johannesburg pour annoncer que le Canada ratifiera le protocole de Kyoto sur les changements climatiques, croient plusieurs députés libéraux. Et pour être pris au sérieux, il devra aussi annoncer le dépôt d'un «budget vert», ajoute la libérale Hélène Scherrer.
Mme Scherrer (Louis-Hébert) est une des 96 députés libéraux ayant signé une pétition la semaine dernière demandant à leur gouvernement de ratifier le protocole de Kyoto. Pour elle, il s'agit maintenant de réorienter toute la machine gouvernementale vers cet objectif de développement durable.
«Est-ce qu'on signe bêtement le protocole ou est-ce qu'on est sérieux?», a-t-elle lancé en entrevue avec Le Devoir.
«Ratifier, c'est un voeu pieux, mais comment ça s'opérationnalise, ça, ça signifie réallocation de ressources. Réinvestissement dans certains secteurs comme la haute technologie, l'emploi, les ressources naturelles. Ça signifie un budget vert pour démontrer qu'on est sérieux dans notre objectif à long terme.»
Selon Mme Scherrer, il faudra que des sommes soient «mises de côté» à cette fin et reconnaître que ce réarrangement des priorités budgétaires entraînera «des sacrifices». «Il faut faire en sorte que le prochain exercice budgétaire vise la ratification. [...] Si on réinvestit un peu partout, tout azimut, à gauche et à droite, les Canadiens ne le verront pas d'un bon oeil», lance-t-elle en faisant référence à un article paru dans un quotidien torontois ce week-end. Des sources gouvernementales y soutiennent qu'un budget était à prévoir d'ici Noël et que l'accent serait mis sur divers programmes sociaux (logements, garderies, etc.) et sur la salubrité de l'eau.
L'impatience se sent dans les propos de plusieurs des députés libéraux québécois interrogés par Le Devoir.
Eleni Bakopanos (Ahuntsic) pense que le Canada doit maintenant dire qu'il ratifiera et que les tiraillements internes, à savoir quelle province ou quel secteur industriel réduira ses émissions et à quelle hauteur, se régleront à l'interne, justement. M. Chrétien est attendu à Johannesburg le week-end prochain et prendra la parole devant les milliers de délégués venus de partout dans le monde.
«Selon moi, quand on entre dans une conférence internationale, on doit arriver avec au moins la ratification d'un accord qu'on a négocié dans les deux sommets précédents.»
Clifford Lincoln (Lac-Saint-Louis), l'ancien ministre québécois de l'Environnement et maintenant député fédéral, tient un discours similaire.
«Je souhaite que lorsque Jean Chrétien aura son mot à dire à Johannesburg, il dise qu'il va ratifier Kyoto. Il faudra que ce signal-là arrive. [...] On ne peut plus tergiverser.» «Ce que les gens veulent, continue-t-il, c'est un leadership [d'Ottawa] qui dit: on a pris une décision et maintenant, asseyez-vous avec nous et faites votre part. On ne peut pas être enrayé dans notre démarche de réduction des émissions de carbone parce que Ralph Klein ne veut pas ou qu'un autre ne veut pas. Sinon, on ne fera jamais rien!»
M. Lincoln, comme les autres signataires de la lettre, ne veut pas que la ratification du protocole par le Canada soit conditionnelle à l'obtention de crédits pour ses exportations d'énergie propre, la marotte du ministre de l'Environnement, David Anderson. Ces crédits sont, selon lui, «ridicules»: ils ne peuvent pas être comptabilisés sans que leurs pendants, les débits pour les exportations d'énergie «sale», le soient aussi. Et alors, au terme d'un long calcul complexe et inutile, les uns annuleraient les autres, fait-il valoir.
Selon Jacques Saada (Brossard-La Prairie), le Canada a la «responsabilité morale» de ratifier le protocole. D'abord, parce qu'avec sa signature initiale, il s'était engagé à le faire, et ensuite, parce qu'il doit maintenant maintenir sa réputation de leader sur la scène mondiale lorsqu'il s'agit de prendre des décisions difficiles, comme pour les mines antipersonnel ou encore la Cour pénale internationale. «Plus on hésite à ratifier, plus on jette des doutes sur notre volonté.»
Depuis le début de l'année, l'adhésion du Canada au protocole de Kyoto fait l'objet de multiples hypothèses. Tantôt, les déclarations de M. Anderson laissent croire que c'est dans la poche, tantôt celles de son collègue aux Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, laissent croire que le cabinet est divisé. «Il y a effectivement eu des messages contradictoires et c'est pour cela qu'on s'adresse directement au premier ministre, explique Bernard Patry, député de Pierrefonds-Dollard. Il est au-dessus de la mêlée de ses ministres. Si le premier ministre fait une annonce, ses ministres vont être obligés de suivre.»
Guy St-Julien, qui représente le nord du Québec plus touché par le réchauffement de la planète, opine du chef. «Notre lettre, c'est pour dire aux ministres et au gouvernement qu'il faut s'aligner, avoir un message clair et précis.»
Quant à Liza Frulla, elle pense que le moment est bon pour Jean Chrétien de se lancer dans ce dossier, lui qui a annoncé sa retraite pour février 2004. «Il s'est donné 18 mois. Donc on peut prévoir un héritage. Et là, on sent une volonté de laisser un héritage au niveau environnemental et social.»
Mme Scherrer (Louis-Hébert) est une des 96 députés libéraux ayant signé une pétition la semaine dernière demandant à leur gouvernement de ratifier le protocole de Kyoto. Pour elle, il s'agit maintenant de réorienter toute la machine gouvernementale vers cet objectif de développement durable.
«Est-ce qu'on signe bêtement le protocole ou est-ce qu'on est sérieux?», a-t-elle lancé en entrevue avec Le Devoir.
«Ratifier, c'est un voeu pieux, mais comment ça s'opérationnalise, ça, ça signifie réallocation de ressources. Réinvestissement dans certains secteurs comme la haute technologie, l'emploi, les ressources naturelles. Ça signifie un budget vert pour démontrer qu'on est sérieux dans notre objectif à long terme.»
Selon Mme Scherrer, il faudra que des sommes soient «mises de côté» à cette fin et reconnaître que ce réarrangement des priorités budgétaires entraînera «des sacrifices». «Il faut faire en sorte que le prochain exercice budgétaire vise la ratification. [...] Si on réinvestit un peu partout, tout azimut, à gauche et à droite, les Canadiens ne le verront pas d'un bon oeil», lance-t-elle en faisant référence à un article paru dans un quotidien torontois ce week-end. Des sources gouvernementales y soutiennent qu'un budget était à prévoir d'ici Noël et que l'accent serait mis sur divers programmes sociaux (logements, garderies, etc.) et sur la salubrité de l'eau.
L'impatience se sent dans les propos de plusieurs des députés libéraux québécois interrogés par Le Devoir.
Eleni Bakopanos (Ahuntsic) pense que le Canada doit maintenant dire qu'il ratifiera et que les tiraillements internes, à savoir quelle province ou quel secteur industriel réduira ses émissions et à quelle hauteur, se régleront à l'interne, justement. M. Chrétien est attendu à Johannesburg le week-end prochain et prendra la parole devant les milliers de délégués venus de partout dans le monde.
«Selon moi, quand on entre dans une conférence internationale, on doit arriver avec au moins la ratification d'un accord qu'on a négocié dans les deux sommets précédents.»
Clifford Lincoln (Lac-Saint-Louis), l'ancien ministre québécois de l'Environnement et maintenant député fédéral, tient un discours similaire.
«Je souhaite que lorsque Jean Chrétien aura son mot à dire à Johannesburg, il dise qu'il va ratifier Kyoto. Il faudra que ce signal-là arrive. [...] On ne peut plus tergiverser.» «Ce que les gens veulent, continue-t-il, c'est un leadership [d'Ottawa] qui dit: on a pris une décision et maintenant, asseyez-vous avec nous et faites votre part. On ne peut pas être enrayé dans notre démarche de réduction des émissions de carbone parce que Ralph Klein ne veut pas ou qu'un autre ne veut pas. Sinon, on ne fera jamais rien!»
M. Lincoln, comme les autres signataires de la lettre, ne veut pas que la ratification du protocole par le Canada soit conditionnelle à l'obtention de crédits pour ses exportations d'énergie propre, la marotte du ministre de l'Environnement, David Anderson. Ces crédits sont, selon lui, «ridicules»: ils ne peuvent pas être comptabilisés sans que leurs pendants, les débits pour les exportations d'énergie «sale», le soient aussi. Et alors, au terme d'un long calcul complexe et inutile, les uns annuleraient les autres, fait-il valoir.
Selon Jacques Saada (Brossard-La Prairie), le Canada a la «responsabilité morale» de ratifier le protocole. D'abord, parce qu'avec sa signature initiale, il s'était engagé à le faire, et ensuite, parce qu'il doit maintenant maintenir sa réputation de leader sur la scène mondiale lorsqu'il s'agit de prendre des décisions difficiles, comme pour les mines antipersonnel ou encore la Cour pénale internationale. «Plus on hésite à ratifier, plus on jette des doutes sur notre volonté.»
Depuis le début de l'année, l'adhésion du Canada au protocole de Kyoto fait l'objet de multiples hypothèses. Tantôt, les déclarations de M. Anderson laissent croire que c'est dans la poche, tantôt celles de son collègue aux Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, laissent croire que le cabinet est divisé. «Il y a effectivement eu des messages contradictoires et c'est pour cela qu'on s'adresse directement au premier ministre, explique Bernard Patry, député de Pierrefonds-Dollard. Il est au-dessus de la mêlée de ses ministres. Si le premier ministre fait une annonce, ses ministres vont être obligés de suivre.»
Guy St-Julien, qui représente le nord du Québec plus touché par le réchauffement de la planète, opine du chef. «Notre lettre, c'est pour dire aux ministres et au gouvernement qu'il faut s'aligner, avoir un message clair et précis.»
Quant à Liza Frulla, elle pense que le moment est bon pour Jean Chrétien de se lancer dans ce dossier, lui qui a annoncé sa retraite pour février 2004. «Il s'est donné 18 mois. Donc on peut prévoir un héritage. Et là, on sent une volonté de laisser un héritage au niveau environnemental et social.»
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