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La chasse au phoque est ouverte

Charlottetown — La chasse au phoque a débuté dans des conditions météorologiques difficiles sur les glaces du golfe du Saint-Laurent, hier, alors que la tension reste vive entre chasseurs et opposants internationaux.

Environ 70 bateaux de chasseurs de phoque se sont dirigés vers le golfe, où quelque 90 000 phoques du Groenland seront abattus pour leur peau et leur graisse d'ici la fin de la semaine.

La chasse a bien mal démarré pour le Justin M, un bateau terre-neuvien qui a coulé tôt hier matin, vraisemblablement sous l'effet des glaces poussées par les forts vents, non loin de l'île d'Entrée, dans l'archipel des Îles-de-la-Madeleine. Ses neuf membres d'équipage sont toutefois sains et saufs. Ils ont été secourus par un bateau de la Garde côtière canadienne.

Les vents violents ont par ailleurs contraint plusieurs observateurs à rester à terre, à Charlottetown, dans l'Île-du-Prince-Édouard, mais un militant pour les droits des animaux, Paul Watson, de la Sea Shepherd Conservation Society, se trouvait dans le secteur à bord de son embarcation, le Farley Mowat.

Le militant a soutenu que son bateau a failli être embouti par la Garde côtière quand le Farley Mowat s'est rapproché d'un bateau de chasse pour prendre des photographies des chasseurs sur la glace. Selon lui, il a dû faire machine arrière pour éviter une collision avec le brise-glace Amundsen.

Le porte-parole du ministère fédéral des Pêches, Michel Thérien, a indiqué que la loi oblige les bateaux à se tenir à au moins un demi-mille marin des navires de chasse au phoque. Il a ajouté que le bateau de M. Watson s'est éloigné et qu'il était surveillé par la Garde côtière.

M. Watson a aussi affirmé que les militants ne partiraient pas tant que le Canada ne mettra pas fin à la chasse, qu'il a décrite comme un véritable «carnage».

Plan triennal

Ce printemps marque la dernière saison du plan triennal fédéral qui autorisait les chasseurs à abattre un total de 975 000 phoques. Le total des prises autorisé pour 2005 est de près de 320 000 bêtes.

Depuis 2003, les opposants à la chasse au phoque déplorent que la chasse ait pris des proportions jamais vues depuis les années 1950, en grande partie à cause de la demande croissante de peaux de phoque dans les maisons de couture européennes.

La chasse se pratique en deux étapes: d'abord dans une zone située dans le golfe du Saint-Laurent, près des Îles-de-la-Madeleine, puis au large de Terre-Neuve, dans un secteur appelé «le Front». À elle seule, la chasse terre-neuvienne, qui démarre le 12 avril, représente environ 70 % du total des bêtes abattues.

Le mouvement pour stopper la chasse au phoque, dont l'incidence a été considérable dans les années 1970 et 1980, avait conduit à l'interdiction, par la Commission européenne, des produits dérivés des blanchons en 1983. Mais les groupes d'opposants ont du mal à attirer l'attention depuis que le Canada a prohibé l'abattage des blanchons, en 1987.

Selon M. Watson, toutefois, les militants pour la défense des droits des animaux sont en train de reconstruire ce mouvement international, et il assure que celui-ci gagne du terrain.

Les responsables canadiens des pêches disent que cette chasse constitue une activité économique viable pour les milliers de chasseurs du Québec et de la côte est canadienne. Environ 15 500 permis de chasse ont été délivrés en 2004, dont une grande majorité aux chasseurs terre-neuviens.

L'industrie de la chasse au phoque commerciale au Québec et dans les provinces atlantiques a rapporté des revenus directs évalués à 16,5 millions de dollars l'an dernier, selon les autorités fédérales. Les adversaires de la chasse disent qu'elle vaut beaucoup moins.
 
 
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