Dossier Énergie Vermont - Le Vermont aimerait obtenir du Québec de l'énergie verte plutôt que de l'énergie bleue
Les Vermontois sont très préoccupés par le renouvellement ou le remplacement des deux contrats en vertu desquels Hydro-Québec fournit un peu plus du tiers de l'électricité consommée dans cet État
Le barrage LG-2 sur la rivière La Grande. L’hydroélectricité de la Baie James a toujours aussi mauvaise réputation au Vermont, où tous les politiques rencontrés sont encore à l’heure de la bataille des Cris contre le défunt projet Grande-Bale
Burlington — «Laissez-nous construire chez vous une entreprise qui exploitera l'énorme gisement québécois de kilowatts que vous achetez et utilisez en pure perte. On le fera à nos frais pour vous permettre d'économiser encore plus d'énergie que vous ne le faites avec vos programmes d'efficacité énergétique. Nous vous fournirons une expérience de très haut niveau. Et nous utiliserons au Vermont cette énergie verte, économisée, qu'on pourrait même à la limite partager avec Hydro-Québec!»
Celui qui fait cette proposition n'est pas un jeune écolo provocateur. Richard Cowart, aujourd'hui consultant international en politiques énergétiques, a signé en 1999 le rapport et l'ordonnance du Vermont Public Service Board (VPSB) qui a créé Efficiency Vermont, cet organisme qui a placé en quelques années un des plus petits États américains en tête des plus performants en matière d'efficacité énergétique, juste à côté de géants comme la Californie.
Richard Cowart est très préoccupé, comme plusieurs au Vermont, par le renouvellement ou le remplacement des deux contrats en vertu desquels Hydro-Québec fournit un peu plus du tiers de l'électricité consommée dans cet État. L'autre tiers vient de la centrale atomique Vermont Yankee, située à Vernon, dont la rénovation éventuelle suscite un vif débat dans cet État particulièrement vert, au propre et au figuré. Enfin, le dernier tiers provient d'achats auprès des producteurs d'énergie thermique de la région, qui obtiennent toutes les nouvelles commandes puisqu'ils sont les seuls à pouvoir ajouter rapidement de nouveaux blocs d'énergie.
Mais, indique Richard Cowart qui connaît bien les politiques du Vermont, cet État préférerait certainement obtenir du Québec «de l'énergie verte plutôt que de l'énergie bleue», une allusion à l'hydroélectricité. Celle de la Baie James a si mauvaise réputation dans cet État, où tous les politiques rencontrés sont encore à l'heure de la bataille des Cris contre le défunt projet Grande-Baleine. Tous sont littéralement ébahis quand on leur explique les termes de la Paix des Braves et du jugement renouvelé que cette nation porte maintenant, du moins officiellement, sur la Convention de la Baie James et du Nord québécois.
Gaz naturel
Mais si des achats d'énergie éolienne au Québec pourraient tenter le Vermont, c'est d'abord et avant tout le potentiel d'économies d'énergie du Québec qui apparaît comme la source la plus intéressante d'approvisionnement à long terme. Et celle qui fait immédiatement consensus parmi toutes les personnes interviewées. Le Vermont, précise Richard Cowart, pourrait investir et payer en partie pour que les entreprises et les particuliers du Québec puissent réduire leur facture d'électricité, en passant notamment du chauffage à l'électricité au chauffage au gaz.
C'est d'ailleurs cette politique de transfert des chauffages vers le gaz naturel et le propane qui explique que le Vermont puisse fonctionner avec seulement 1000 MW en pointe de la demande, soit trois fois et demie moins d'électricité par habitant que le Québec. «Avec une chaudière au gaz de 90 à 95 % d'efficacité énergétique, poursuit Richard Cowart, on remplace de la production thermique au gaz d'un taux d'efficacité de 50 % et moins, ou de la combustion de pétrole, deux fois plus riche en gaz à effet de serre que le gaz (GES). Le gain serait tout aussi intéressant pour la planète si on le faisait au Québec, ce qui exige cependant une vision régionale et non territoriale au sens politique.»
Mais tout le monde ne lorgne pas du côté du Québec pour remplacer les deux contrats ayant cours avec Hydro-Québec, qui viendront à terme d'ici à 2012 et qu'Hydro-Québec a refusé de renégocier lorsque le marché a été déréglementé, indisposant énormément ce voisin particulièrement proche physiquement, moralement et politiquement du Québec.
Pour le sénateur démocrate Matthew Dunne, le Vermont devrait en priorité augmenter son autonomie énergétique. Le potentiel d'exploitation de la biomasse de cet État très boisé pourrait être systématiquement exploité, dit-il, d'autant que cette filière est neutre en termes d'émissions de GES, ce que reconnaît la communauté scientifique internationale.
Le sénateur Dunne, qui se prête amicalement à une entrevue à la cafétéria de la Législature du Vermont, à Montpelier, travaille à la rédaction d'un projet de loi visant à créer un mécanisme financier destiné à réduire le recours aux énergies fossiles au Vermont. Quand on lui demande si le modèle d'Efficiency Vermont pourrait être utilisé pour stimuler la réduction de la consommation de pétrole, il montre un vif intérêt.
De son côté, le représentant démocrate Steven Maier, qui pilote devant la Législature un projet de loi pour contrôler les émissions des GES du Vermont, estime que le mandat d'Efficiency Vermont pourrait à terme être élargi pour étendre son champ d'expérience aux énergies fossiles. Déjà, plusieurs des initiatives de EVT, comme faire passer au gaz des chauffages ou bouilloires électriques, réduisent la consommation d'hydrocarbures.
Steven Maier pense «qu'il n'est pas trop tôt, et peut-être déjà trop tard» pour amorcer des pourparlers avec Hydro-Québec en vue de rendre plus vert encore le bilan énergétique et celui des émissions de GES du Vermont. L'adoption d'une politique de réduction des GES dans cet État, dit-il, va exiger d'adapter, voire d'intégrer les politiques de réduction de la consommation de toutes les formes d'énergie et non plus seulement de l'électricité. Son projet de loi vise à ramener les émissions de GES du Vermont en 2010 au niveau de 1990 et 10 % plus bas en 2020.
Développement conjoint?
Pourquoi le Vermont, en plus d'exploiter «l'énorme gisement de kilowatts gaspillés» du Québec, n'offrirait-il pas à Hydro-Québec de combler le reste de ses besoins en électricité en proposant à la société d'État québécoise de développer conjointement un important parc éolien, comme Québec et Terre-Neuve l'ont fait pour les chutes Churchill?
L'idée suscite plusieurs réactions spontanément favorables. Et aucune défavorable...
Dans son bureau où il nous accueille sans rendez-vous en remplaçant les règles du protocole par la familiarité immédiatement chaleureuse, si typique des Vermontois, le lieutenant-gouverneur Brian E. Dubie (prononcez Dubé...) a le réflexe de ne pas trop s'engager mais ne rejette pas l'idée, lui non plus, bien au contraire.
L'ancien pilote de ligne réagit ainsi par une métaphore diplomatique: «En tant que pilote de ligne, j'aime bien avoir un vaste horizon devant moi, le plus large possible», dit-il avec un sourire en coin.
Mais contrairement à ses collègues démocrates, qui privilégient d'emblée l'intégration des énergies vertes et des priorités sociales, le lieutenant-gouverneur Dubie, un républicain, précise qu'Hydro-Québec, l'hydroélectricité ou les énergies vertes «devront être placées sur le même pied que les autres sources d'énergie: il ne faut pas inclure dans un tel choix des critères politiques», une manière de dire que la décision devra se prendre sur une stricte base financière. Contrairement aux démocrates, il ajoute: «Je ne suis pas sûr que l'accord [passé entre les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et les premiers ministres de l'Est du Canada pour réduire les GES de l'est de l'Amérique d'ici à 2020] soit contraignant.» Il y voit plutôt une orientation qu'un objectif précis avec calendrier de réalisation.
Il estime cependant, comme David Cowart, que le Vermont pourrait partager son expérience avec le Québec en matière d'efficacité énergétique dans le cadre de nouveaux accords plus globaux en matière d'énergie.
Dilemme technique
Selon Frederick Weston, consultant et collègue de Richard Cowart, le Vermont et la Nouvelle-Angleterre font face au même dilemme technique que le Canada s'ils veulent efficacement stimuler le marché des énergies propres.
«Il faudrait, dit-il, que les gouvernements délivrent des permis d'émissions en fonction des kilowatts produits pour que ceux qui produisent des kilowatts propres obtiennent des crédits, qu'ils revendraient aux producteurs moins propres, ce qui avantagerait les filières renouvelables. Nous, au Vermont, on serait récompensés pour nos efforts en matière d'efficacité énergétique, car nous avons un des plus faibles taux de GES par habitant des États-Unis.»
«Par contre, poursuit le spécialiste en énergie, si nos gouvernements accordent plutôt des permis sur la base des émissions de GES, cela va concentrer les crédits de GES dans les seules mains des producteurs thermiques moins énergivores, ce qui va stimuler la performance dans le secteur thermique mais pas le passage du thermique vers des énergies plus vertes. En ce sens, les futures règles régissant les permis et crédits d'émissions de GES, qu'on va adopter à l'échelle de la Nouvelle-Angleterre, auront une grande influence sur l'évolution de notre propre bilan énergétique au Vermont.»
Il aurait pu ajouter que ce sera aussi le cas au Canada où Ottawa s'apprête à délivrer des permis sur la base des émissions de GES et non pas sur la base des kilowatts produits.
Celui qui fait cette proposition n'est pas un jeune écolo provocateur. Richard Cowart, aujourd'hui consultant international en politiques énergétiques, a signé en 1999 le rapport et l'ordonnance du Vermont Public Service Board (VPSB) qui a créé Efficiency Vermont, cet organisme qui a placé en quelques années un des plus petits États américains en tête des plus performants en matière d'efficacité énergétique, juste à côté de géants comme la Californie.
Richard Cowart est très préoccupé, comme plusieurs au Vermont, par le renouvellement ou le remplacement des deux contrats en vertu desquels Hydro-Québec fournit un peu plus du tiers de l'électricité consommée dans cet État. L'autre tiers vient de la centrale atomique Vermont Yankee, située à Vernon, dont la rénovation éventuelle suscite un vif débat dans cet État particulièrement vert, au propre et au figuré. Enfin, le dernier tiers provient d'achats auprès des producteurs d'énergie thermique de la région, qui obtiennent toutes les nouvelles commandes puisqu'ils sont les seuls à pouvoir ajouter rapidement de nouveaux blocs d'énergie.
Mais, indique Richard Cowart qui connaît bien les politiques du Vermont, cet État préférerait certainement obtenir du Québec «de l'énergie verte plutôt que de l'énergie bleue», une allusion à l'hydroélectricité. Celle de la Baie James a si mauvaise réputation dans cet État, où tous les politiques rencontrés sont encore à l'heure de la bataille des Cris contre le défunt projet Grande-Baleine. Tous sont littéralement ébahis quand on leur explique les termes de la Paix des Braves et du jugement renouvelé que cette nation porte maintenant, du moins officiellement, sur la Convention de la Baie James et du Nord québécois.
Gaz naturel
Mais si des achats d'énergie éolienne au Québec pourraient tenter le Vermont, c'est d'abord et avant tout le potentiel d'économies d'énergie du Québec qui apparaît comme la source la plus intéressante d'approvisionnement à long terme. Et celle qui fait immédiatement consensus parmi toutes les personnes interviewées. Le Vermont, précise Richard Cowart, pourrait investir et payer en partie pour que les entreprises et les particuliers du Québec puissent réduire leur facture d'électricité, en passant notamment du chauffage à l'électricité au chauffage au gaz.
C'est d'ailleurs cette politique de transfert des chauffages vers le gaz naturel et le propane qui explique que le Vermont puisse fonctionner avec seulement 1000 MW en pointe de la demande, soit trois fois et demie moins d'électricité par habitant que le Québec. «Avec une chaudière au gaz de 90 à 95 % d'efficacité énergétique, poursuit Richard Cowart, on remplace de la production thermique au gaz d'un taux d'efficacité de 50 % et moins, ou de la combustion de pétrole, deux fois plus riche en gaz à effet de serre que le gaz (GES). Le gain serait tout aussi intéressant pour la planète si on le faisait au Québec, ce qui exige cependant une vision régionale et non territoriale au sens politique.»
Mais tout le monde ne lorgne pas du côté du Québec pour remplacer les deux contrats ayant cours avec Hydro-Québec, qui viendront à terme d'ici à 2012 et qu'Hydro-Québec a refusé de renégocier lorsque le marché a été déréglementé, indisposant énormément ce voisin particulièrement proche physiquement, moralement et politiquement du Québec.
Pour le sénateur démocrate Matthew Dunne, le Vermont devrait en priorité augmenter son autonomie énergétique. Le potentiel d'exploitation de la biomasse de cet État très boisé pourrait être systématiquement exploité, dit-il, d'autant que cette filière est neutre en termes d'émissions de GES, ce que reconnaît la communauté scientifique internationale.
Le sénateur Dunne, qui se prête amicalement à une entrevue à la cafétéria de la Législature du Vermont, à Montpelier, travaille à la rédaction d'un projet de loi visant à créer un mécanisme financier destiné à réduire le recours aux énergies fossiles au Vermont. Quand on lui demande si le modèle d'Efficiency Vermont pourrait être utilisé pour stimuler la réduction de la consommation de pétrole, il montre un vif intérêt.
De son côté, le représentant démocrate Steven Maier, qui pilote devant la Législature un projet de loi pour contrôler les émissions des GES du Vermont, estime que le mandat d'Efficiency Vermont pourrait à terme être élargi pour étendre son champ d'expérience aux énergies fossiles. Déjà, plusieurs des initiatives de EVT, comme faire passer au gaz des chauffages ou bouilloires électriques, réduisent la consommation d'hydrocarbures.
Steven Maier pense «qu'il n'est pas trop tôt, et peut-être déjà trop tard» pour amorcer des pourparlers avec Hydro-Québec en vue de rendre plus vert encore le bilan énergétique et celui des émissions de GES du Vermont. L'adoption d'une politique de réduction des GES dans cet État, dit-il, va exiger d'adapter, voire d'intégrer les politiques de réduction de la consommation de toutes les formes d'énergie et non plus seulement de l'électricité. Son projet de loi vise à ramener les émissions de GES du Vermont en 2010 au niveau de 1990 et 10 % plus bas en 2020.
Développement conjoint?
Pourquoi le Vermont, en plus d'exploiter «l'énorme gisement de kilowatts gaspillés» du Québec, n'offrirait-il pas à Hydro-Québec de combler le reste de ses besoins en électricité en proposant à la société d'État québécoise de développer conjointement un important parc éolien, comme Québec et Terre-Neuve l'ont fait pour les chutes Churchill?
L'idée suscite plusieurs réactions spontanément favorables. Et aucune défavorable...
Dans son bureau où il nous accueille sans rendez-vous en remplaçant les règles du protocole par la familiarité immédiatement chaleureuse, si typique des Vermontois, le lieutenant-gouverneur Brian E. Dubie (prononcez Dubé...) a le réflexe de ne pas trop s'engager mais ne rejette pas l'idée, lui non plus, bien au contraire.
L'ancien pilote de ligne réagit ainsi par une métaphore diplomatique: «En tant que pilote de ligne, j'aime bien avoir un vaste horizon devant moi, le plus large possible», dit-il avec un sourire en coin.
Mais contrairement à ses collègues démocrates, qui privilégient d'emblée l'intégration des énergies vertes et des priorités sociales, le lieutenant-gouverneur Dubie, un républicain, précise qu'Hydro-Québec, l'hydroélectricité ou les énergies vertes «devront être placées sur le même pied que les autres sources d'énergie: il ne faut pas inclure dans un tel choix des critères politiques», une manière de dire que la décision devra se prendre sur une stricte base financière. Contrairement aux démocrates, il ajoute: «Je ne suis pas sûr que l'accord [passé entre les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et les premiers ministres de l'Est du Canada pour réduire les GES de l'est de l'Amérique d'ici à 2020] soit contraignant.» Il y voit plutôt une orientation qu'un objectif précis avec calendrier de réalisation.
Il estime cependant, comme David Cowart, que le Vermont pourrait partager son expérience avec le Québec en matière d'efficacité énergétique dans le cadre de nouveaux accords plus globaux en matière d'énergie.
Dilemme technique
Selon Frederick Weston, consultant et collègue de Richard Cowart, le Vermont et la Nouvelle-Angleterre font face au même dilemme technique que le Canada s'ils veulent efficacement stimuler le marché des énergies propres.
«Il faudrait, dit-il, que les gouvernements délivrent des permis d'émissions en fonction des kilowatts produits pour que ceux qui produisent des kilowatts propres obtiennent des crédits, qu'ils revendraient aux producteurs moins propres, ce qui avantagerait les filières renouvelables. Nous, au Vermont, on serait récompensés pour nos efforts en matière d'efficacité énergétique, car nous avons un des plus faibles taux de GES par habitant des États-Unis.»
«Par contre, poursuit le spécialiste en énergie, si nos gouvernements accordent plutôt des permis sur la base des émissions de GES, cela va concentrer les crédits de GES dans les seules mains des producteurs thermiques moins énergivores, ce qui va stimuler la performance dans le secteur thermique mais pas le passage du thermique vers des énergies plus vertes. En ce sens, les futures règles régissant les permis et crédits d'émissions de GES, qu'on va adopter à l'échelle de la Nouvelle-Angleterre, auront une grande influence sur l'évolution de notre propre bilan énergétique au Vermont.»
Il aurait pu ajouter que ce sera aussi le cas au Canada où Ottawa s'apprête à délivrer des permis sur la base des émissions de GES et non pas sur la base des kilowatts produits.
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