Sommet mondial pour le développement durable - Pour que les espoirs de Rio n'aient pas été vains
David Suzuki - Scientifique et communicateur, prï¿1/2sident de la Fondation David Suzuki
21 août 2002
Actualités sur l'environnement
Quiconque a un jour oublié de vidanger son aquarium - pour ensuite trouver ses poissons rouges flottant sur le dos à la surface - sait que l'invisible peut quand même être dangereux. L'eau a la même apparence qu'elle contienne de l'oxygène ou non, et les signaux de détresse des poissons peuvent être difficiles à déceler. L'être humain aussi peut lancer des signaux de détresse. Ils sont plus évidents - il s'agit de violence, de suicide, de pauvreté et de malnutrition - mais le lien entre la détérioration de notre aquarium, la Terre, et notre santé physique et mentale collective a été bien trop longtemps ignoré. Dans quelques semaines, cependant, cet oubli sera rectifié pour un temps alors que la santé de notre planète fera la une pendant le Sommet mondial pour le développement durable. Les chefs d'État, dont le premier ministre Jean Chrétien, qui se réuniront alors à Johannesburg (Afrique du Sud), seront confrontés à une alternative: soit respecter les engagements pris il y a dix ans au Sommet de la Terre de Rio, soit rechercher la position commune la plus facile et ainsi non seulement laisser passer une occasion unique mais aussi nous pousser davantage sur le chemin de la pauvreté et de l'aggravation des problèmes environnementaux.
Tous les espoirs
Il y a dix ans, le Sommet de Rio a donné lieu à tous les espoirs. C'était alors la plus importante réunion de chefs d'État de l'histoire et on l'a considérée comme une réussite, tout comme les processus alors mis en place. Malheureusement, les solutions établies après Rio ont été abandonnées même si les richesses sont plus abondantes, que la technologie est meilleure et que le soutien du grand public pour agir sur les questions sociales et environnementales est encore plus fort qu'il y a dix ans. Ces omissions ont entraîné une intensification continue et parallèle de la pauvreté, de la dévastation environnementale (comme le changement climatique) et des politiques économiques insoutenables à terme. Et c'est à notre propre péril que nous ignorons les liens entre ces questions.
Le nombre grandissant de réfugiés environnementaux, la baisse de la production de nourriture, l'intensification des événements météorologiques extrêmes et les épidémies de maladies tropicales sont certains des problèmes que le changement climatique risque d'aggraver. Selon la Croix-Rouge, les catastrophes "naturelles" créent actuellement un plus grand nombre de réfugiés que les guerres et les conflits.
Toutes ces questions ont une incidence sur la pauvreté. Ironiquement (et cruellement), ce sont cependant les pauvres des pays en voie de développement qui devront subir de plein fouet ces contrecoups du changement climatique alors qu'ils disposent de très peu de ressources et qu'ils peuvent le moins prévenir ces problèmes ou s'y adapter alors que ce sont les pays industrialisés qui émettent le plus de gaz à effet de serre et qui sont le mieux en mesure d'atténuer le changement climatique et d'en réduire les incidences. Par exemple, les États-Unis et le Canada, qui ne comptent que 4 % environ de la population mondiale, émettent pourtant à peu près 30 % de tous les gaz à effet de serre, c'est-à-dire 30 fois plus que les émissions cumulatives des 48 pays les moins développés. Les appels actuels pour l'accroissement du commerce international et pour la libéralisation des investissements ne peuvent qu'exacerber ces problèmes car le commerce à tous crins dépend du système de transport qui ne fonctionne qu'avec des carburants fossiles.
Au nom du libre-échange et de ses répercussions sur l'économie, les gouvernements sont privés de leur capacité de gérer les effets de l'économie mondiale et doivent choisir entre ouvrir leurs communautés à l'exploitation de leurs ressources et se voir refuser des investissements en capital. Les gouvernements des pays du Sud sacrifient ainsi des forêts communautaires et de vastes terrains fertiles pour obtenir un surplus de devise qui reste de courte durée. La pauvreté peut forcer certains pays à exacerber la dévastation de leur environnement.
Solutions mondiales
Mais la pauvreté, tout comme le changement climatique, constitue un problème mondial qui exige des solutions mondiales sur le plan des politiques. Malheureusement, les États-Unis ont, sous l'administration Bush, renié le protocole de Kyoto et tentent de convaincre les Nations unies de passer le changement climatique sous silence lors du Sommet de Johannesburg. En outre, le gouvernement de l'Alberta et quelques industries polluantes font pression auprès d'Ottawa pour forcer le Canada à renier aussi son engagement de ratifier ce protocole.
Il ne manque certes pas d'hypocrisie et de duplicité au sujet des ententes et engagements internationaux. La réunion de l'Organisation mondiale du commerce à Doha (Qatar) et la Conférence internationale sur le financement du développement tenue par l'ONU à Monterrey (Mexique) ont clairement montré comment les règles régissant l'investissement et le commerce l'emportent systématiquement sur les objectifs et les principes du développement durable et de l'élimination de la pauvreté. La Déclaration de Doha recommande en effet de soumettre les accords multilatéraux sur l'environnement aux objectifs commerciaux de l'OMC. L'ONU risque de ne point atteindre ses buts de développement du millénaire car la conférence de Monterrey n'a pris aucune mesure réelle visant à financer l'atteinte de ces buts. Les clauses de mise en oeuvre du document du Sommet mondial pour le développement durable ressemblent à un accord commercial car elles ignorent les questions de développement durable. Et la Banque mondiale finance toujours d'énormes projets d'exploitation de carburants fossiles qui déracinent des gens, détériorent l'environnement et aggravent la pauvreté.
Les pays industrialisés ont grandement profité de 200 ans d'une consommation sans bornes d'énergie à bon marché. Or nous savons maintenant que le changement climatique, la pauvreté et le développement durable sont étroitement reliés, et nous savons que nous avons maintenant le choix de percevoir ces liens et de prendre les mesures qui s'imposent. Les Canadiens ont manifesté leur soutien pour la protection de l'environnement et l'élimination de la pauvreté, et le gouvernement du Canada doit les écouter. Le Sommet de Johannesburg offre au premier ministre Chrétien une belle occasion de permettre de nouveau au Canada de mener le monde sur les questions d'environnement et de développement durable. Il lui suffit de ratifier le protocole de Kyoto. Ce n'est qu'un début, mais c'est là un pas vital pour assurer à tous une planète en santé.
Tous les espoirs
Il y a dix ans, le Sommet de Rio a donné lieu à tous les espoirs. C'était alors la plus importante réunion de chefs d'État de l'histoire et on l'a considérée comme une réussite, tout comme les processus alors mis en place. Malheureusement, les solutions établies après Rio ont été abandonnées même si les richesses sont plus abondantes, que la technologie est meilleure et que le soutien du grand public pour agir sur les questions sociales et environnementales est encore plus fort qu'il y a dix ans. Ces omissions ont entraîné une intensification continue et parallèle de la pauvreté, de la dévastation environnementale (comme le changement climatique) et des politiques économiques insoutenables à terme. Et c'est à notre propre péril que nous ignorons les liens entre ces questions.
Le nombre grandissant de réfugiés environnementaux, la baisse de la production de nourriture, l'intensification des événements météorologiques extrêmes et les épidémies de maladies tropicales sont certains des problèmes que le changement climatique risque d'aggraver. Selon la Croix-Rouge, les catastrophes "naturelles" créent actuellement un plus grand nombre de réfugiés que les guerres et les conflits.
Toutes ces questions ont une incidence sur la pauvreté. Ironiquement (et cruellement), ce sont cependant les pauvres des pays en voie de développement qui devront subir de plein fouet ces contrecoups du changement climatique alors qu'ils disposent de très peu de ressources et qu'ils peuvent le moins prévenir ces problèmes ou s'y adapter alors que ce sont les pays industrialisés qui émettent le plus de gaz à effet de serre et qui sont le mieux en mesure d'atténuer le changement climatique et d'en réduire les incidences. Par exemple, les États-Unis et le Canada, qui ne comptent que 4 % environ de la population mondiale, émettent pourtant à peu près 30 % de tous les gaz à effet de serre, c'est-à-dire 30 fois plus que les émissions cumulatives des 48 pays les moins développés. Les appels actuels pour l'accroissement du commerce international et pour la libéralisation des investissements ne peuvent qu'exacerber ces problèmes car le commerce à tous crins dépend du système de transport qui ne fonctionne qu'avec des carburants fossiles.
Au nom du libre-échange et de ses répercussions sur l'économie, les gouvernements sont privés de leur capacité de gérer les effets de l'économie mondiale et doivent choisir entre ouvrir leurs communautés à l'exploitation de leurs ressources et se voir refuser des investissements en capital. Les gouvernements des pays du Sud sacrifient ainsi des forêts communautaires et de vastes terrains fertiles pour obtenir un surplus de devise qui reste de courte durée. La pauvreté peut forcer certains pays à exacerber la dévastation de leur environnement.
Solutions mondiales
Mais la pauvreté, tout comme le changement climatique, constitue un problème mondial qui exige des solutions mondiales sur le plan des politiques. Malheureusement, les États-Unis ont, sous l'administration Bush, renié le protocole de Kyoto et tentent de convaincre les Nations unies de passer le changement climatique sous silence lors du Sommet de Johannesburg. En outre, le gouvernement de l'Alberta et quelques industries polluantes font pression auprès d'Ottawa pour forcer le Canada à renier aussi son engagement de ratifier ce protocole.
Il ne manque certes pas d'hypocrisie et de duplicité au sujet des ententes et engagements internationaux. La réunion de l'Organisation mondiale du commerce à Doha (Qatar) et la Conférence internationale sur le financement du développement tenue par l'ONU à Monterrey (Mexique) ont clairement montré comment les règles régissant l'investissement et le commerce l'emportent systématiquement sur les objectifs et les principes du développement durable et de l'élimination de la pauvreté. La Déclaration de Doha recommande en effet de soumettre les accords multilatéraux sur l'environnement aux objectifs commerciaux de l'OMC. L'ONU risque de ne point atteindre ses buts de développement du millénaire car la conférence de Monterrey n'a pris aucune mesure réelle visant à financer l'atteinte de ces buts. Les clauses de mise en oeuvre du document du Sommet mondial pour le développement durable ressemblent à un accord commercial car elles ignorent les questions de développement durable. Et la Banque mondiale finance toujours d'énormes projets d'exploitation de carburants fossiles qui déracinent des gens, détériorent l'environnement et aggravent la pauvreté.
Les pays industrialisés ont grandement profité de 200 ans d'une consommation sans bornes d'énergie à bon marché. Or nous savons maintenant que le changement climatique, la pauvreté et le développement durable sont étroitement reliés, et nous savons que nous avons maintenant le choix de percevoir ces liens et de prendre les mesures qui s'imposent. Les Canadiens ont manifesté leur soutien pour la protection de l'environnement et l'élimination de la pauvreté, et le gouvernement du Canada doit les écouter. Le Sommet de Johannesburg offre au premier ministre Chrétien une belle occasion de permettre de nouveau au Canada de mener le monde sur les questions d'environnement et de développement durable. Il lui suffit de ratifier le protocole de Kyoto. Ce n'est qu'un début, mais c'est là un pas vital pour assurer à tous une planète en santé.
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