Le pic d'émissions de gaz à effet de serre dure moins de dix ans dans les réservoirs
Le barrage Robert-Bourassa (ex-LG2) à la Baie-James.
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) des grands réservoirs hydroélectriques en forêt boréale augmentent rapidement au début de leur ennoiement mais reviennent au niveau des lacs naturels de leur milieu en moins de dix ans, un cycle trois fois plus court que celui du pic des concentrations de mercure, qui dure généralement 30 ans.
C'est ce que révèle une monographie scientifique publiée par Hydro-Québec et l'UQAM, intitulée Greenhouse Gas Emissions: Fluxes and Processes, qui n'existe pas en français sauf sous forme de résumé. C'est d'ailleurs parce que la maison d'édition allemande Springer a accepté d'inclure un chapitre-synthèse en français qu'elle a été retenue, expliquait-on hier chez Hydro-Québec. Cette synthèse, qui ouvre la porte à un immense champ d'études où beaucoup d'inconnues importantes vont devoir être élucidées, est le fruit d'une collaboration entre treize universités, six agences de recherche et six producteurs d'électricité d'Amérique et d'Europe.
Les chercheurs ont ainsi calculé que les émissions de GES des grands réservoirs — en comptabilisant leurs émissions brutes sur un siècle, on atténue l'impact moyen des intenses rejets de leurs premières années d'existence — seraient de 35 à 70 fois inférieures à celles des centrales thermiques pour chaque térawatt-heure produit.
C'est pourquoi les chercheurs affirment que la proportion des GES attribuable à l'hydroélectricité serait nettement inférieure à sa part de la production mondiale, qui est de 11 %. Quant aux centrales thermiques, qui produisent 65 % de toute l'électricité sur la planète, leurs émissions seraient par conséquent proportionnellement supérieures à leur part de la production électrique.
Les réservoirs hydroélectriques des régions boréales, nord-américaines ou européennes, n'émettraient ainsi que de 2 à 8 % du total des émissions des centrales thermiques pour chaque térawatt-heure produit.
Selon les études recensées par les chercheurs, les émissions de GES augmentent très rapidement dès le début de la mise en eau des réservoirs hydroélectriques. Elles dépassent alors de quatre à cinq fois les émissions des milieux aquatiques naturels du voisinage.
Les émissions de 90 % des lacs naturels d'une région boréale se situeraient entre 50 et 10 000 milligrammes par mètre carré de surface aquatique. Au début de l'ennoiement d'un réservoir hydroélectrique, les émissions peuvent donc y atteindre 50 000 milligrammes par mètre carré. Plusieurs conditions font varier ce chiffre dans des ordres de grandeur vraiment importants. Généralement, les réservoirs les plus profonds, qui retiennent l'eau moins longtemps, vont émettre sensiblement moins de GES que des lacs peu profonds. Plus on s'éloigne des régions nordiques vers le sud, plus l'activité bactérienne est intense, et si les réservoirs sont véritablement peu profonds, comme on l'a constaté dans des pays tropicaux, les émissions de GES peuvent s'avérer supérieures à celles de centrales thermiques.
Il faut préciser ici que dans certaines situations de décomposition bactérienne, on est en face d'émissions de méthane ou de N2O, deux molécules dont le pouvoir comme gaz à effet de serre est respectivement de 22 et 300 fois supérieur à celui du gaz carbonique (CO2).
C'est sur un cycle d'un siècle, estiment les chercheurs dans cette monographie, qu'il faut calculer le véritable bilan des GES des réservoirs hydroélectriques. Ainsi calculé, le bilan devient carrément «neutre» ou nul, explique Alain Tremblay, un conseiller environnemental d'Hydro-Québec Production.
Les recherches portent même à croire que les émissions réelles pourraient en réalité être réduites de 30 à 50 % si on en croit certaines études récentes, ce qui doublerait ainsi l'écart de 35 à 70 fois constaté entre les productions hydroélectrique et thermique. Toutefois, cette hypothèse ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique mais, selon le porte-parole d'Hydro-Québec, c'est dans cette direction que pointent les recherches récentes.
Parmi les raisons qui expliqueraient cet état de fait, précise le porte-parole d'Hydro-Québec, on note en particulier le fait que ce qui entre dans le réservoir et en sort sous forme d'émissions de GES à la surface aurait été émis de toute façon ailleurs dans le même bassin versant sur une longue période comme un siècle, soit par les cours d'eau qui étaient là avant le barrage, soit dans les estuaires naturels. Ce qui change, dit-il, c'est seulement le lieu des émissions, pas le bilan global du bassin versant qui, sur 100 ans, demeure inchangé, dit-il.
Il en est de même des forêts qu'on noie et que plusieurs voient comme des «puits» ou des capteurs de GES que la production hydroélectrique fait disparaître. Plusieurs écologistes estiment ainsi qu'il faudrait ajouter la perte de ces capteurs de GES au bilan des émissions des réservoirs.
Alain Tremblay estime que tel n'est pas le cas à la lumière de cette monographie. Les forêts boréales captent en effet du carbone atmosphérique durant les 20 à 40 premières années de leur existence, explique-t-il. Par la suite, elles deviennent neutres en termes de GES pendant 20 à 30 ans alors qu'elles atteignent leur maturité. En vieillissant, elles se couchent progressivement sur le sol, devenant des sources d'émissions quand leur matière ligneuse se décompose. Si elles brûlent prématurément, là encore, elles émettent de fortes quantités de carbone dans l'atmosphère. Globalement, sur un cycle de 100 à 150 ans, affirme le porte-parole d'Hydro-Québec, le bilan des GES de ces forêts est donc neutre. Leur ennoiement ne peut donc pas être comptabilisé comme la perte d'un puits ou d'un capteur de carbone. Et comme le réservoir hydroélectrique sera lui aussi considéré comme un écosystème naturel, si on fait son bilan sur un siècle et plus, on arrive aussi, dans son cas, à un bilan neutre. Conclusion: les réservoirs ne contribuent pas ou à peu près pas, en réalité, aux émissions de GES.
La monographie ne fait cependant pas référence, dans ce bilan global de la production hydroélectrique, aux émissions de GES attribuables aux titanesques quantités de béton et d'acier utilisées pour la construction des barrages et des centrales, des matières généralement produites avec du charbon, la filière la plus intense en GES. On ne tient pas compte non plus des émissions liées au transport des matériaux. Comme le précise l'étude, cette monographie s'en tient aux émissions brutes des réservoirs, et le bilan véritable et final reste une opération scientifique à faire car on en est aux balbutiements d'une comptabilité serrée et globale.
C'est ce que révèle une monographie scientifique publiée par Hydro-Québec et l'UQAM, intitulée Greenhouse Gas Emissions: Fluxes and Processes, qui n'existe pas en français sauf sous forme de résumé. C'est d'ailleurs parce que la maison d'édition allemande Springer a accepté d'inclure un chapitre-synthèse en français qu'elle a été retenue, expliquait-on hier chez Hydro-Québec. Cette synthèse, qui ouvre la porte à un immense champ d'études où beaucoup d'inconnues importantes vont devoir être élucidées, est le fruit d'une collaboration entre treize universités, six agences de recherche et six producteurs d'électricité d'Amérique et d'Europe.
Les chercheurs ont ainsi calculé que les émissions de GES des grands réservoirs — en comptabilisant leurs émissions brutes sur un siècle, on atténue l'impact moyen des intenses rejets de leurs premières années d'existence — seraient de 35 à 70 fois inférieures à celles des centrales thermiques pour chaque térawatt-heure produit.
C'est pourquoi les chercheurs affirment que la proportion des GES attribuable à l'hydroélectricité serait nettement inférieure à sa part de la production mondiale, qui est de 11 %. Quant aux centrales thermiques, qui produisent 65 % de toute l'électricité sur la planète, leurs émissions seraient par conséquent proportionnellement supérieures à leur part de la production électrique.
Les réservoirs hydroélectriques des régions boréales, nord-américaines ou européennes, n'émettraient ainsi que de 2 à 8 % du total des émissions des centrales thermiques pour chaque térawatt-heure produit.
Selon les études recensées par les chercheurs, les émissions de GES augmentent très rapidement dès le début de la mise en eau des réservoirs hydroélectriques. Elles dépassent alors de quatre à cinq fois les émissions des milieux aquatiques naturels du voisinage.
Les émissions de 90 % des lacs naturels d'une région boréale se situeraient entre 50 et 10 000 milligrammes par mètre carré de surface aquatique. Au début de l'ennoiement d'un réservoir hydroélectrique, les émissions peuvent donc y atteindre 50 000 milligrammes par mètre carré. Plusieurs conditions font varier ce chiffre dans des ordres de grandeur vraiment importants. Généralement, les réservoirs les plus profonds, qui retiennent l'eau moins longtemps, vont émettre sensiblement moins de GES que des lacs peu profonds. Plus on s'éloigne des régions nordiques vers le sud, plus l'activité bactérienne est intense, et si les réservoirs sont véritablement peu profonds, comme on l'a constaté dans des pays tropicaux, les émissions de GES peuvent s'avérer supérieures à celles de centrales thermiques.
Il faut préciser ici que dans certaines situations de décomposition bactérienne, on est en face d'émissions de méthane ou de N2O, deux molécules dont le pouvoir comme gaz à effet de serre est respectivement de 22 et 300 fois supérieur à celui du gaz carbonique (CO2).
C'est sur un cycle d'un siècle, estiment les chercheurs dans cette monographie, qu'il faut calculer le véritable bilan des GES des réservoirs hydroélectriques. Ainsi calculé, le bilan devient carrément «neutre» ou nul, explique Alain Tremblay, un conseiller environnemental d'Hydro-Québec Production.
Les recherches portent même à croire que les émissions réelles pourraient en réalité être réduites de 30 à 50 % si on en croit certaines études récentes, ce qui doublerait ainsi l'écart de 35 à 70 fois constaté entre les productions hydroélectrique et thermique. Toutefois, cette hypothèse ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique mais, selon le porte-parole d'Hydro-Québec, c'est dans cette direction que pointent les recherches récentes.
Parmi les raisons qui expliqueraient cet état de fait, précise le porte-parole d'Hydro-Québec, on note en particulier le fait que ce qui entre dans le réservoir et en sort sous forme d'émissions de GES à la surface aurait été émis de toute façon ailleurs dans le même bassin versant sur une longue période comme un siècle, soit par les cours d'eau qui étaient là avant le barrage, soit dans les estuaires naturels. Ce qui change, dit-il, c'est seulement le lieu des émissions, pas le bilan global du bassin versant qui, sur 100 ans, demeure inchangé, dit-il.
Il en est de même des forêts qu'on noie et que plusieurs voient comme des «puits» ou des capteurs de GES que la production hydroélectrique fait disparaître. Plusieurs écologistes estiment ainsi qu'il faudrait ajouter la perte de ces capteurs de GES au bilan des émissions des réservoirs.
Alain Tremblay estime que tel n'est pas le cas à la lumière de cette monographie. Les forêts boréales captent en effet du carbone atmosphérique durant les 20 à 40 premières années de leur existence, explique-t-il. Par la suite, elles deviennent neutres en termes de GES pendant 20 à 30 ans alors qu'elles atteignent leur maturité. En vieillissant, elles se couchent progressivement sur le sol, devenant des sources d'émissions quand leur matière ligneuse se décompose. Si elles brûlent prématurément, là encore, elles émettent de fortes quantités de carbone dans l'atmosphère. Globalement, sur un cycle de 100 à 150 ans, affirme le porte-parole d'Hydro-Québec, le bilan des GES de ces forêts est donc neutre. Leur ennoiement ne peut donc pas être comptabilisé comme la perte d'un puits ou d'un capteur de carbone. Et comme le réservoir hydroélectrique sera lui aussi considéré comme un écosystème naturel, si on fait son bilan sur un siècle et plus, on arrive aussi, dans son cas, à un bilan neutre. Conclusion: les réservoirs ne contribuent pas ou à peu près pas, en réalité, aux émissions de GES.
La monographie ne fait cependant pas référence, dans ce bilan global de la production hydroélectrique, aux émissions de GES attribuables aux titanesques quantités de béton et d'acier utilisées pour la construction des barrages et des centrales, des matières généralement produites avec du charbon, la filière la plus intense en GES. On ne tient pas compte non plus des émissions liées au transport des matériaux. Comme le précise l'étude, cette monographie s'en tient aux émissions brutes des réservoirs, et le bilan véritable et final reste une opération scientifique à faire car on en est aux balbutiements d'une comptabilité serrée et globale.
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