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Un lourd héritage

Au Québec, par citoyen et par jour, ce sont trois kilos de matières diverses qu'il faut transformer!

Photo : Agence Reuters
Le propre des pays riches est de pouvoir compter sur des ressources en apparence inépuisables, et aussi de permettre à ses citoyens d'avoir accès à tout ce qui peut répondre à leurs diverses demandes en produits et services. En langage économique, cela se traduit par une équation où l'évaluation de la richesse collective s'établit en fonction du nombre d'objets consommés.

Apparaissent d'ailleurs significatifs les propos tenus par un président américain quand il demanda à ses commettants, à la suite des événements d'un certain mois de septembre, de «revenir à la vie normale». Comment? En prenant à nouveau d'assaut les centres d'achats, favorisant ainsi une reprise de l'économie tout en satisfaisant ce qui se semble être chez eux un besoin «naturel».

Toutefois, avant de jeter la pierre à leurs voisins du sud, les habitants de l'outre-49e parallèle devraient avoir en mémoire une statistique troublante. Selon une donnée recueillie aux fins d'une étude commandée par la Fédération canadienne des municipalités, les Canadiens sont per capita les deuxièmes plus grands producteurs de déchets au monde, la palme dans ce secteur revenant à l'Arabie Saoudite! Quant aux Québécois, ils ne sont pas en reste avec une production annuelle d'une tonne et demie de déchets divers.

Société distincte

Dans ce «joyeux» monde des matières résiduelles, les Québécois ont cependant le beau rôle. Ils consomment, certes, mais ils recyclent aussi: jusqu'à 965 kg annuellement.

L'aventure du recyclage a débuté en 1990. Certains auront en mémoire le temps d'une opposition aux «cinq cennes», cette surcharge demandée lors de l'achat d'une bouteille de boisson gazeuse ou de bière. Puis vinrent les 5 $, déboursé additionnel imposé à l'achat d'un pneu. Toutes ces mesures étaient mises en place car le Québec se dotait alors d'un organisme dont la vocation était d'initier sur le territoire diverses actions qui devaient un jour mener à un recyclage de toutes ces choses qui, jusque-là, se retrouvaient enfouies ou déposées dans le paysage québécois.

Après les premières protestations habituelles, l'opération est devenue un fait accepté par tous. Comme le relate l'actuel président-directeur général de Recyc-Québec, cet organisme chargé de jouer un rôle centralisateur dans le secteur, avec les années, «on s'est rendu compte que le fait de remplir des trous avec de la matière résiduelle pouvait être néfaste pour la nappe phréatique, en plus d'incommoder de plus en plus les voisins».

Ainsi au Québec, on recycle. Certains pionniers ont d'ailleurs su tirer profit de cette mesure en étant des initiateurs, voire des visionnaires. Cascades inc. affiche ainsi des revenus annuels de plus de quatre milliards, une énorme réussite dont s'enorgueillit le fils de celui qui, dans les années 1950, lançait une collecte de rebuts: «Au départ, raconte Alain Lemaire, l'actuel p.-d.g. de l'entreprise, on s'est lancé dans le recyclage de vieux linges, du vieux fer, et le recyclage du papier est venu par la suite. En fait, nous étions une famille de chômeurs qui voulaient s'en sortir et c'est ainsi que l'entreprise a démarré à Drummondville, en y faisant notamment la collecte des ordures ménagères, chose que l'on fait toujours.»

Pour l'avenir

Un success story ne doit cependant pas faire oublier les défis qui attendent les diverses sociétés de consommation. Au Québec, par exemple, le fait que l'on recycle, c'est tant mieux. Mais il faut voir à quelle hauteur: par citoyen et par jour, ce sont trois kilos de matières diverses qu'il faut transformer! Et ce n'est là que 60 % de tout ce qui prend la route du dépotoir ou du centre de recyclage.

Surviendrait-il que les budgets de l'État soient réduits, que les entreprises réclament plus de profits, qu'on ne serait pas long à se plaindre que les opérations de recyclage sont trop onéreuses: une tonne recyclée revient à 100 $, contre 40 $ pour une tonne enfouie. Et même à l'heure actuelle, certaines matières — le styrofoam et divers plastiques — s'avèrent non réutilisables.

Ce qui est donc en jeu, ce sont des comportements sociaux qui font accepter que le superflu apparaisse comme nécessaire: on voit ainsi des ordinateurs ayant peu d'années d'usure prendre le chemin de l'oubli, tout comme chaque jour les divers emballages s'accumulent, avec les sacs de plastique qui les ont transportés, dans les bacs verts: autant de «beaux» gestes souvent sans portée réelle.

Que l'on enfouisse encore, c'est malheureux. Que l'on recycle, c'est tant mieux. Que l'on consomme trop, c'est dangereux! Et dire que le gaspillage s'opère aussi dans ce qui ne laisse pas au sol de traces apparentes, comme les eaux usées et les divers rejets atmosphériques...

Nous sommes donc loin d'une terre verte, bleue, et bientôt blanche, que l'on donnerait en exemple ou en héritage.
 
 
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