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Changements climatiques - Surprise! Les Américains sont en avance sur le Canada en ce qui a trait au respect de Kyoto!

Le Québec estime que les émissions de GES en 2011 dépasseront de 19 % le niveau de 1990 si rien n'est fait rapidement

Les changements climatiques que nous percevons aujourd'hui sont en partie dus aux gaz émis il y a 50 ans. Si nous arrêtions dès demain toutes les émissions polluantes, nous en aurions encore pour plusieurs centaines d'années de cette médecine environnementale. Pour y remédier, la volonté politique manque alors que tous s'accordent à dire que le temps presse.

Le Protocole de Kyoto mis en branle en 1997 vise à réduire d'au moins 5 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport au niveau observé en 1990. Le Canada s'est pour sa part engagé à réduire de 6 % ses émissions et a ratifié le traité en 2002. Le texte stipule que, dès janvier 2008, les mesures doivent être mises en action afin d'atteindre les objectifs prévus avant 2012. Est-il encore réaliste d'y croire?

«Il est minuit moins dix pour y arriver, clame le directeur de Greenpeace Québec, Steven Guilbeault. Il n'est certainement pas trop tard pour atteindre les objectifs du traité, mais plus on attend, plus ça va être difficile et plus la marche va être haute.» S'il se dit optimiste, il croit aussi que les actions mises de l'avant par le Canada ne sont pas suffisantes pour parvenir à respecter l'accord. «Au Québec aussi on dort au gaz [sic] et on a pris du retard.»

Le ministère des Ressources naturelles du Québec estime même que les émissions de GES en 2011 dépasseront de 19 % le niveau de 1990 si rien n'est fait rapidement. Seulement pour la décennie 1990-2000, les émissions canadiennes ont augmenté d'environ 20 %. Faire machine arrière est donc beaucoup plus ardu que l'on s'y attendait.

Mesures concrètes

En dépit des critiques, plusieurs actions ont été mises de l'avant par le gouvernement: le projet Biobus (autobus utilisant du biodiesel), l'établissement de critères de qualité de l'air, le programme Employeur (visant à encourager le transport collectif et le covoiturage), la réduction des émissions de GES par les véhicules et les bâtiments gouvernementaux, ÉcoGESte (un programme volontaire pour les entreprises), le Défi d'une tonne au fédéral et le Plan d'action du Canada sur les changements climatiques. «Le problème, c'est que les politiques qui sont mises de l'avant ne vont pas assez loin, dit Daniel Breton de la Coalition Québec Vert Kyoto. Au niveau individuel, il n'y a rien qui est fait pour inciter les gens à modifier leurs actions. Il n'y a aucun projet vraiment efficace mis en oeuvre par les gouvernements. Même les transports en commun ne sont pas mis à contribution: les prix augmentent et les services diminuent. Il est où l'effort pour nous donner l'envie de les utiliser?»

Pourtant, de simples modifications législatives sont possibles pour mettre de l'avant une réduction notable des GES. Le gouvernement de la Colombie-Britannique donne des exemptions de taxes à l'achat de systèmes d'énergie alternative résidentiels comme des panneaux solaires. Au Québec, Hydro-Québec n'autorise pas encore une facturation inversée qui permettait à ceux qui sont équipés de ce genre d'appareils de revendre leur excédent d'énergie au réseau provincial. L'énergie éolienne est aussi laissée pour compte: Hydro-Québec permet une augmentation de la production de 1000 MW d'ici 10 ans alors que le potentiel de cette source d'énergie est largement supérieur.

Immobilisme

D'autres initiatives pourraient avoir un impact important sur les émissions de GES. Alors que le transport représente près de 38 % des gaz à effet de serre au Québec, la province ne possède aucun programme de covoiturage, d'incitatifs à l'achat d'automobiles à faible consommation d'essence, ni aucune inspection obligatoire des véhicules. «Cela fait déjà plusieurs années que l'on parle de mettre en place un tel programme, mais on attend toujours, dit Daniel Breton. C'est ironique, car si une auto ne passe pas le test des normes ontariennes, elle est envoyée au Québec où il est toujours possible de l'utiliser. Ça serait déjà un gros plus si on parvenait à enrayer cette pollution.»

Son organisme s'est grandement impliqué dans le mouvement opposé à la construction de la centrale au gaz naturel du Suroît. Si le projet est devenu une véritable épine dans le pied du gouvernement Charest, il n'a pas été abandonné pour autant, les discussions l'entourant devant reprendre à l'automne. Alors que le Québec possède une grande expertise dans l'hydro-électricité et développe l'énergie éolienne à un rythme modeste, la centrale au gaz naturel augmenterait les émissions de GES de la province de

2 %, ce qui va à l'encontre même de l'esprit du Protocole de Kyoto. Bien qu'une telle centrale permettrait de vendre aux Américains de l'énergie plus «propre» que celle produite dans leurs centrales au charbon et réduirait théoriquement les émissions de l'Amérique du Nord (si aucune autre centrale au charbon n'est construite...), il serait catastrophique de ne pas profiter de notre savoir-faire en matière d'hydro-électricité, clament les milieux écologistes.

Un protocole fictif?

Bien que le Canada ait ratifié le Protocole, celui-ci est encore loin d'entrer officiellement en action. C'est qu'il manque la ratification du traité par les États-Unis ou la Russie, deux des principaux émetteurs de GES, pour atteindre la cible fixée. Alors que le président Bush a clairement affirmé que son pays ne ratifierait pas le traité pour des raisons de concurrence économique, la Russie pour sa part semble enfin montrer un intérêt. «L'Union européenne a décidé de faciliter l'entrée de la Russie dans l'OMC et, dès le lendemain, le président Poutine a dit qu'il allait accélérer le processus de ratification du Protocole», explique Steven Guilbeault. Cela pourrait être aussi rapide qu'en décembre prochain. Le pacte deviendrait alors véritablement actif.

Malgré le fait que l'accord ne soit pas officiellement en oeuvre, plusieurs pays prennent des moyens pour le mettre en action. L'Union européenne possède déjà une législation de cibles réglementées pour les entreprises qui entrera en vigueur le 1er janvier 2005. «Alors que la pollution des industries canadiennes représente près de 50 % des émissions, le pays ne possède encore aucune législation de ce type», rappelle Matthew Bramley, directeur pour les changements climatiques à l'Institut Pembina.

Pire encore, l'inventaire des GES au Québec est réalisé avec «la collaboration des entreprises québécoises qui fournissent de façon volontaire leurs données de consommation énergétique et de production à partir desquelles sont déterminées les émissions de gaz à effet de serre», indiquent les documents du ministère de l'Environnement du Québec.

Autre aberration: les émissions des États-Unis sont en diminution. Si le gouvernement central refuse de signer le traité, les États et les élus municipaux sont très actifs pour protéger l'environnement et réduire les émissions de GES. Ainsi, nos voisins du sud sont en avance sur le Canada en ce qui a trait au respect de Kyoto!

Une goutte dans l'océan

Il était déjà clair lors de la création du Protocole de Kyoto que les mesures mises de l'avant ne suffiraient pas à contrer le réchauffement planétaire. D'autres réductions sont à prévoir lors d'ententes subséquentes. Mais si l'accord n'est pas une fin en soi, il représente une étape importante à l'échelle internationale. Matthew Bramley croit que le plan de mise en oeuvre de l'entente est très bien détaillé mais que, sur plusieurs points, la situation évolue trop lentement: «Cela fait maintenant une dizaine d'années que l'on discute de l'accord et ce travail minutieux a permis de dégager un cadre et une structure juridiques qui nous permettront d'aller plus loin et d'avancer plus vite dans les prochains accords internationaux, qui se devront d'être plus contraignants.»

«Kyoto est un tout petit pas pour stabiliser les émissions de gaz par l'homme, c'est pour cela qu'il est si important. Mais le temps presse et il faut aller de l'avant dès maintenant. Si nous échouons à le mettre en oeuvre, ça va être tellement décourageant», dit Matthew Bramley. «Si on échoue avec Kyoto, ce sera un excellent témoignage de l'irresponsabilité de notre espèce», tranche Daniel Breton.
 
 
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