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Audiences publiques sur le Suroît - L'économie d'énergie, plus payante que le Suroît

Hydro-Québec peut obtenir, avec une stratégie élaborée d'économies d'énergie, la même puissance et l'énergie escomptée du Suroît pour deux à trois fois moins cher, avec une création d'emplois de trois à six fois supérieure, pour un prix égal ou inférieur.

C'est ce qu'ont démontré hier devant la Régie de l'énergie une série d'experts américains et québécois, embauchés par les écologistes du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement (RNCRE) et du Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEE) qui ont réuni leurs budgets avec celui de l'Association canadienne de l'énergie éolienne (ACEE) afin de hausser nettement la qualité de leur preuve dans le dossier du Suroît. Le banc des régisseurs leur avait, fait exceptionnel, accordé la journée d'hier, entièrement, pour pouvoir aller au fond des choses dans le dossier des énergies alternatives et autoriser Hydro-Québec à contre-interroger à fond les experts environnementaux.

De la comparaison des rendements des différentes filières énergétiques, c'est celle des économies d'énergie qui a remporté la palme hier: non seulement le recours à l'efficacité énergétique rapporterait-il des mégawatts et des terrawatts/heure deux ans avant les premières livraisons du Suroît mais, globalement, chaque kilowatt récupéré de ce côté coûterait 2,8 ¢ en comparaison d'une gamme de prix imprévisible du côté du Suroît, pour un coût de revient de 7,6 à 9,2 ¢ du kilowatt, si on tient compte des coûts imputables aux gaz à effet de serre et aux inévitables ajustements pour prime de risque. L'énergie éolienne arrive deuxième dans cette course, avec un coût de 8,1 ¢ du kWh.

Création d'emplois

Les économies d'énergie remportent aussi la palme de la création d'emplois, avec 12,7 emplois par année par million investi, contre 5,7 à 6,4 emplois pour l'éolien et seulement 1,9 à 2,5 emplois pour la centrale au gaz du Suroît. Quant aux impacts environnementaux, les différences sont encore plus draconiennes: alors qu'ils sont «négligeables» pour les économies d'énergie et l'éolien, sauf sur le plan visuel dans certains cas, le Suroît cracherait 56 millions de tonnes (MT) de gaz à effet de serre durant sa vie utile, 1,5 MT de dioxyde de soufre (SO2), 7,2 MT d'oxydes d'azote (NOx), 6 MT de particules ultrafines cancérigènes, 13,5 MT de monoxyde de carbone et 1,6 MT de composés organiques volatils, dont certains cancérigènes et tous des précurseurs de smog urbain.

La preuve faite hier matin en matière d'économies d'énergie avait ceci d'intéressant qu'elle était le fait non pas de chercheurs mais de gestionnaires expérimentés de programmes d'efficacité énergétique, qui ont dressé un bilan du potentiel québécois à la lumière des techniques éprouvées dans des États et des provinces qui misent depuis des années sur les réductions de la consommation. Il faudrait qu'Hydro investisse 254 millions, comparativement aux 550 pour le Suroît sans les achats ultérieurs de combustibles, pour obtenir les mêmes 6,9 TWh d'énergie à compter de 2010. Confrontés aux questions d'Hydro-Québec, qui insistait sur les différences de comportement entre les consommateurs d'ici et d'ailleurs au Canada ou aux États-Unis, les experts en question ont plutôt démontré que c'était Hydro-Québec qui n'avait peut-être ni la vision, ni les gestionnaires, ni les ressources pour mener cette barque à bon port. Dans le résumé du mémoire des groupes écologistes réunis, Martin Poirier devait déclarer que «le principal obstacle aux économies d'énergie au Québec, c'était Hydro-Québec».

Le président de la société Hélimax, Richard Legault, qui a réalisé le bilan du potentiel québécois au sud du 53e parallèle, devait pour sa part insister sur le fait qu'il est faux de prétendre que les éoliennes s'arrêtent à -30 °C. Si besoin est, la performance peut être portée à -35 °C, ce qui répondrait aux pires contraintes. Aux questions d'Hydro-Québec qui faisait état de rendements de vent inférieurs aux prévisions, ici avec le parc du Nordais et en Europe globalement, Richard Legault a démontré qu'à Cap Chat comme en Europe, on parle de vents si bas (près de six mètres/seconde) que l'analyse du potentiel éolien québécois ne les retient même pas dans les 100 000 MW identifiés comme techniquement et économiquement accessibles. Si le parc du Nordais, a-t-il démontré, était équipé avec des éoliennes à pas et à régime variable, ce qui est la norme aujourd'hui, son facteur d'utilisation passerait de 24 à 31 %, soit très près des bons rendements ciblés par les promoteurs même s'il s'agit d'un des sites les moins venteux de la côte gaspésienne.
 
 
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