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    Libre opinion

    Pesticides: l’ère des compromis est dépassée

    3 janvier 2018 | Yves Castera - Apiculteur, Produits biologiques La Fée | Actualités sur l'environnement
    «Nous ne sommes pas si dénués d’imagination, de créativité et de ressources que nous devions nous empoisonner pour nous nourrir.»
    Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse «Nous ne sommes pas si dénués d’imagination, de créativité et de ressources que nous devions nous empoisonner pour nous nourrir.»

    Nous ne sommes plus à l’époque de la tolérance envers les pesticides. Les preuves sont établies. Les pesticides systémiques neurotoxiques (néonics) sont utiles dans moins de 4 % des cas. Par contre, ils sont largement dommageables pour tout l’écosystème qui s’en trouve fragilisé et gravement atteint. Tous les insectes, les oiseaux et les abeilles sont touchés… La pollution des rivières démontre l’incapacité de contenir la contamination dans les champs traités. L’humain est le suivant dans la chaîne alimentaire.

     

    L’ignorance face aux autres méthodes et la pression exercée par l’industrie des pesticides auprès des gouvernements maintiennent l’agriculture dans une voie unique de dégradation de la vie des sols et ultimement des consommateurs. Les budgets provinciaux en santé croissent au rythme de l’usage des pesticides. Nous sommes réduits à de bêtes générateurs de profits pour les compagnies d’intrants agricoles et de médicaments. La peur et le manque de formation issus de la méconnaissance d’autres modes de gestion agronomique entretiennent la dépendance aux poisons comme seul système fonctionnel. Nous revenons tranquillement à une espèce de système seigneurial, où le maître dicte le système agricole et prélève ses redevances à la source de la production, comme pour l’accaparement en douce des terres. Nous ne commençons que maintenant à comprendre que l’éradication autochtone a impliqué la perte de la biodiversité et de l’abondance de l’écosystème, au bénéfice de la vision européenne de l’exploitation.

     

    Les voies d’affranchissement de ce cercle vicieux entraînent une « réorientation agricole » vers des techniques sur sols vivants. L’usage des mycorhizes, le dépistage de parasites et de maladies, l’alliance avec les insectes prédateurs, la permaculture, les engrais verts, les cultures intercalaires, le compostage, la biométhanisation, la lutte intégrée et la prévention par rotation des cultures en sont quelques exemples. La véritable agronomie tiendra compte beaucoup plus de la saine vie du sol que de ses composantes chimiques.

     

    Une responsabilité collective

     

    Comme l’agriculture est déviée par des conseillers partiaux, à la base de leur formation, envers la chimie agricole, il revient à la population d’exiger des gouvernements l’interdiction de pesticides systémiques dans un premier temps, conjointement à l’accroissement des recherches pour soutenir l’agriculture biologique, l’apiculture, la transition vers la conversion biologique et la formation de conseillers indépendants de l’industrie des engrais et des pesticides. L’agriculteur conventionnel est démuni face au choix unique proposé par les fournisseurs de semences, d’engrais et de pesticides.

     

    « La liberté des uns est limitée par la liberté des autres. » Le choix démocratique d’apparence unanime des délégués au congrès annuel de l’Union des producteurs agricoles (UPA) pour le maintien d’enrobage de semences aux pesticides néonics est en réalité minoritaire. La majorité de la population est portée par l’éveil social pour un environnement qui favorise la santé des sols, de l’eau, de la biodiversité et la santé humaine. Tout et tous sont touchés par les tendances agronomiques. Ici, le soutien de l’État est devenu nécessaire pour partager l’ampleur des responsabilités agricoles.

     

    Nous ne sommes pas si dénués d’imagination, de créativité et de ressources que nous devions nous empoisonner pour nous nourrir.

     

    Il devient donc impérieux de mobiliser la population à la nécessité d’exercer une pression publique sur les gouvernements.

     

    L’orientation sociale au plus grand potentiel de croissance et de développement est désormais « écologique ». La simple croissance des chiffres est suicidaire, sur une planète où les terres propices à l’agriculture sont limitées et le cul-de-sac environnemental atteint. L’économie sera entraînée par l’énorme dynamisme engendré par des aménagements favorisant la santé de tout l’écosystème et, conséquemment, celle de l’humain.













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