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    L’année où le climat a frappé

    «Ce qui a changé, c’est la peur. Ça pourrait facilement arriver encore.»

    L’ouragan Maria a causé de lourds dommages à Porto Rico.
    Photo: Ricardo Arduengo Agence France-Presse L’ouragan Maria a causé de lourds dommages à Porto Rico.

    De Porto Rico à Saint-André-d’Argenteuil, de Houston à Saint-Martin, les catastrophes naturelles de 2017 ont laissé des cicatrices.

     

    « Rien ne sera plus comme avant », lâchait Claire Hunt depuis Houston, une dizaine de jours après le passage de l’ouragan Harvey. Trois mois plus tard, à l’aube d’une nouvelle année, cette tutrice d’anglais précise sa pensée : «Ce qui a changé, c’est la peur. Ça pourrait facilement arriver encore, alors on a l’impression d’avoir perdu notre zone de confort. »

     

    Ses parents ont dû quitter la maison où ils vivaient depuis 41 ans. Elle les suivra bientôt au nord de Houston : « J’ai grandi avec les ouragans. On aimait presque ça, parce qu’on manquait l’école. Mais on n’avait jamais vu une telle destruction. Je veux retrouver un endroit sécuritaire. »

     

    « Je ne retournerai pas à Saint-Martin », écrivait quant à lui Laurent Czerniejewski, correspondant de l’Agence France-Presse aux Antilles.

     

    Dorsia Smith Silva a aussi réalisé que l’île qu’elle a choisie il y a 18 ans n’aurait plus jamais le même visage. À deux semaines d’intervalle, Irma passe tout près de Porto Rico, puis l’ouragan Maria frappe l’île de plein fouet. Des vents de plus de 200 km/h plongent l’entièreté du territoire dans le noir.

     

    Après l’urgence, le choc

     

    Mme Smith Silva s’estime privilégiée : sa maison résiste et elle a des provisions pour plusieurs jours. Une semaine après la catastrophe, elle se risque sur les routes avec son mari, qui n’a eu aucune nouvelle de sa famille. « C’était terrifiant. Il fallait littéralement zigzaguer entre les panneaux et les arbres tombés sur la route, sans feux de circulation », raconte cette professeure à l’Université de Porto Rico.

     

    Elle aussi en quête d’un lieu sûr, elle résiste pourtant à la ruée hors de l’île, même après avoir vu plusieurs amis partir : « Je me disais : est-ce que c’est la fin de notre île ? Est-ce que c’est l’apocalypse ? » Ressentant le besoin de souffler pour quelques semaines, « en dehors des traumatismes », elle part chez sa famille en Arizona.

     

    Plus de 100 jours après Maria, seuls les deux tiers des habitants ont de nouveau l’électricité. Les plus démunis resteront quant à eux « prisonniers » de Porto Rico, et Dorsia a décidé de se battre pour une vraie reconstruction, une autre manière de résister à la panique, selon elle.

     

    C’est aussi le combat psychologique qu’a vécu Patrick Lamothe après le retrait des eaux intrusives de sa maison de Saint-André-d’Argenteuil au printemps 2017. « On s’est sentis délaissés, c’est vraiment gros dans une vie de perdre une maison », raconte-t-il. La lumière au bout du tunnel est maintenant visible, puisque de nouvelles fondations viennent d’être construites sous sa maison. Dans l’attente : quatre logements différents, une dépression et un arrêt de travail pour sa femme. Il cumule aujourd’hui deux emplois pour parvenir à payer la location de leur appartement et leur propre hypothèque.

     

    À qui la faute ?

     

    Difficile pour les victimes de ne pas chercher un coupable à leur malheur. Sinistrés sur des territoires différents, tous déplorent la gestion de crise par leurs autorités respectives.

     

    Difficile d’être en colère contre la météo, admet pourtant Claire Hunt. « Mais les changements climatiques sont causés par l’homme. N’est-ce pas ironique de penser que Houston est la capitale mondiale du pétrole et du gaz ? Que les pires inondations ont eu lieu dans le “corridor énergie”, où les sièges sociaux des plus grandes corporations pétrolières sont situés ? »

     

    « Les deux ouragans nous forcent à reconnaître notre vulnérabilité à Porto Rico. Nous avons été habitués à un certain style de vie pendant longtemps, mais ce sera difficile de le maintenir », conclut quant à elle Dorsia Smith Silva.


    Météo extrême et changements climatiques « Notre météo change et nous en ressentons les effets ici et maintenant », titre Environnement Canada pour introduire son bilan des dix événements météorologiques les plus marquants au Canada en 2017. Feux de forêt, pluies diluviennes, nouvelle « tempête du siècle » : la science lie en effet les changements climatiques à l’augmentation des risques de subir la violence de dame Nature. Rien n’est plus symptomatique de cette démesure que la saison des ouragans dans l’Atlantique Nord, qui fut l’une des plus actives depuis que des statistiques sont consignées à ce sujet, c’est-à-dire depuis 1851. Le Devoir s’est donc penché sur les ouragans avec Dominique Paquin, spécialiste de simulations et d’analyses climatiques pour le consortium Ouranos, un réseau de recherche sur les changements climatiques.

    Les phénomènes météorologiques comme les ouragans deviennent-ils plus violents à cause des changements climatiques ?

    On ne peut pas répondre directement à cette question. Il y a des choses auxquelles on s’attend, mais les études d’attribution de l’année qui se termine n’ont pas encore été réalisées. On ne peut donc pas déterminer encore si ces ouragans précisément avaient plus de chances de se former à cause des changements climatiques ou si, même sans ces changements, ils auraient pu survenir. Ce qu’on peut néanmoins dire, c’est qu’avec l’augmentation de l’énergie dans le système climatique et avec le fait que les températures de la mer sont plus élevées, on s’attend à ce que les ouragans dans l’Atlantique deviennent plus intenses.

    Et plus fréquents ?

    Oui effectivement, il y a des probabilités que des saisons d’ouragans plus intenses se produisent plus fréquemment. On fait des études statistiques pour savoir si le phénomène se produit à la même fréquence, à partir de modèles. Le problème avec les ouragans est qu’il n’y en a que quelques-uns chaque été. Or, avant l’apparition des satellites, on ne voyait pas nécessairement ceux qui ne touchaient pas terre. Il a donc fallu plusieurs années avant d’accumuler assez d’observations et de dégager un système clair.

    Pourquoi doit-on s’attendre à un climat plus destructeur ?

    Un ouragan de force identique va faire plus de mal, c’est indéniable, à cause de la hausse du niveau de la mer. Si la mer monte d’un mètre d’ici 2100, comme les modèles standards plutôt conservateurs l’estiment, les infrastructures resteront au même niveau. Les vagues vont donc toucher plus durement les côtes, atteindre davantage ces infrastructures. Plusieurs endroits dans le monde sont déjà vulnérables à cause de cette hausse de la mer.

    Ressentez-vous vous-même une certaine angoisse climatique ?

    Je pense que les gens ont raison d’être inquiets. Au quotidien, je suis devant mon ordinateur, pour faire des analyses mathématiques, pour me demander si mon programme fonctionne. J’ai donc un certain détachement, mais quand je donne des présentations à l’extérieur du bureau, j’en prends davantage conscience. Je trouve encore le climat fascinant.












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