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    Où va le contenu de votre bac de recyclage?

    La récupération va bon train, mais la majorité des matières sont recyclées à l’étranger

    En 2012, environ 63% des matières recyclables générées par les ménages au Québec ont été récupérées, mais à peine plus de la moitié de la collecte dirigée vers les centres de tri était vendue aux fins de recyclage.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En 2012, environ 63% des matières recyclables générées par les ménages au Québec ont été récupérées, mais à peine plus de la moitié de la collecte dirigée vers les centres de tri était vendue aux fins de recyclage.

    Le bac de recyclage fait partie de la vie des Québécois depuis plus de 20 ans. Or, on en sait toujours peu sur la destination finale de ce qui y est déposé, et le recyclage de certaines matières fait toujours piètre figure. Pendant ce temps, des entreprises développent des procédés innovants pour recycler les intrus du bac et des citoyens misent sur des solutions maison pour réduire leurs déchets et minimiser leur empreinte environnementale. Tour d’horizon.


    Pour plusieurs, le geste est devenu banal. Tous les jours, on dépose le papier, mais aussi le carton, les bouteilles de verre et de plastique, les pots de yogourt et les sacs de plastique dans notre bac vert. Tout aussi naturellement, on le dépose à la rue le jour venu.

     

    Qu’advient-il de toutes ces matières, avalées par le camion de la collecte sélective ? La question est d’autant plus pertinente que 996 000 tonnes de matières, dont 774 000 provenant des collectes municipales, ont été acheminées en 2015 aux 29 centres de tri, selon Recyc-Québec. Une quantité trois fois plus importante qu’il y a 15 ans.
     

     

    Destination inconnue

     

    Impossible toutefois de savoir avec précision ce que les centres de tri font de toutes ces matières, explique Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. « Les centres de tri font de la consolidation de matières, donc il est difficile de préciser d’où elles proviennent.

     

    Une fois arrivées aux centres de tri, on ne sait pas où elles [les matières] vont en sortant. Il faudrait appeler chaque centre de tri et voir les contrats avec les acheteurs des matières. Ils ne le diront pas, pour des raisons de confidentialité. Souvent, les matières sont vendues à des courtiers qui les revendent à d’autres courtiers, à des fins d’exportation. »

     

    Recyc-Québec, société d’État qui est la référence « pour tout ce qui touche à la gestion responsable des matières résiduelles au Québec », est incapable d’assurer la traçabilité des matières récupérées pour des coûts annuels de plus de 150 millions.

     

    « Nous n’avons pas accès aux registres précis. Ces informations sont souvent gardées confidentielles par les entreprises », notamment par les centres de tri, admet la directrice aux opérations chez Recyc-Québec, Sophie Langlois.
     

      

    Recyclables non recyclés

     

    On sait, cependant, que les ménages québécois ont généré en 2012 (selon le dernier bilan de Recyc-Québec produit en 2015) plus d’un million de tonnes de matières « potentiellement » recyclables (hors et dans le bac). Pas moins de 63 % de ces matières ont été déposées dans les bacs et envoyées dans un centre de tri. Mais en fin de compte, seulement 54 % des matières recueillies ont effectivement été revendues en 2015 par les centres de tri, donc acheminées « aux fins de recyclage ». Un recul par rapport au taux de 59 %, observé en 2012 par Recyc-Québec.

     

    On est toujours loin du taux de 70 % de recyclage des matières récupérées que visait le gouvernement en 2015. Est-ce possible d’atteindre cette cible ? « Il faut continuer de travailler pour que l’amélioration de la qualité et des quantités de matières récupérées se concrétise à toutes les étapes de la chaîne », rétorque Mme Langlois, précisant que la récupération est « très répandue » dans le secteur résidentiel.

     

    Parmi les enjeux à surveiller : le sort du plastique et du verre, dont le recyclage accuse toujours un sérieux retard au Québec, d’après les données officielles. À peine 14 % du verre récupéré dans votre bac est vendu pour être recyclé. En l’absence de solution de récupération efficace, le verre sert le plus souvent de matériau de recouvrement dans les sites d’enfouissement.

     

    Quant au plastique, la proportion de ce qui est dirigé « aux fins de recyclage » ne dépasse pas les 18 %, et ce, même si son utilisation est de plus en plus répandue. Québec songe à étendre aux bouteilles de plastique le système de consigne, resté inchangé depuis plus de 30 ans. Un « groupe de travail » mandaté par le ministère de l’Environnement se penche présentement sur cet enjeu.

    Récupérer des matières recyclables pour ensuite les exporter à des milliers de kilomètres d’ici, c’est contraire à tout le principe du recyclage
    Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets

    Exportation croissante

     

    Malgré ces lacunes, les centres de tri ont tout de même vendu 800 000 tonnes de matières recyclables en 2015, dont plus de 707 000 tonnes de papier et de carton.

     

    Encore là, les données de Recyc-Québec n’indiquent pas avec précision où sont allées ces matières.

     

    Le dernier bilan distingue seulement les matières vendues ici et hors du Québec — notamment par l’entremise de courtiers — et révèle que la part destinée à l’exportation a grimpé de 50 % à 60 % entre 2010 et 2015. La moitié du plastique est exportée, et pas moins de 64 % du papier et du carton, dont le principal acheteur est la Chine.

     

    Recyc-Québec n’y voit pas un problème environnemental. « L’exportation n’ajoute pas nécessairement du transport, fait valoir Mme Langlois.

     

    Au contraire, on optimise le transport, parce que les marchés asiatiques envoient beaucoup de produits au Québec par bateau. Au lieu de repartir vides, ces conteneurs-là sont remplis de matières recyclables. »

     

    Karel Ménard ne partage pas cet avis. « Récupérer des matières recyclables pour ensuite les exporter à des milliers de kilomètres d’ici, c’est contraire à tout le principe du recyclage. »

     

    La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, se dit aussi préoccupée par la dépendance du Québec à l’exportation des matières recyclables.

     

    La situation est d’autant plus préoccupante que la Chine, notre principal client, fermera ses frontières à l’importation de plusieurs matières d’ici la fin de 2017.

     

    La ministre, Recyc-Québec et Éco Entreprises jurent que les matières recyclables ne seront ni enfouies ni incinérées. Reste à voir quels moyens seront mis en place pour y parvenir.













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