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    Le polystyrène, ce mal-aimé du bac de recyclage

    Fondatrice de Polystyvert, Solenne Brouard Gaillot a développé un procédé pour recycler le polystyrène honni du bac vert.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Fondatrice de Polystyvert, Solenne Brouard Gaillot a développé un procédé pour recycler le polystyrène honni du bac vert.

    Dans ses bureaux du parc industriel d’Anjou, Solenne Brouard Gaillot tient d’une main un pot de verre rempli d’huile essentielle et un morceau de polystyrène de l’autre. « Soyez attentifs pour ne rien manquer », dit-elle avant de plonger le polystyrène dans l’huile. En quelques secondes seulement, le morceau de mousse blanche a disparu, entièrement dissous.

     

    Le procédé de recyclage du polystyrène développé par Polystyvert, une compagnie fondée par Mme Brouard Gaillot en 2011, représente une solution prometteuse pour dévier cette matière des sites d’enfouissement.

     

    Les plus récentes données publiées par Recyc-Québec datant de 2012-2013 indiquent que 80 % des quelque 22 200 tonnes de polystyrène générées chaque année au Québec par le secteur résidentiel sont jetées à la poubelle.

     

    Pourtant, contrairement à ce que plusieurs croient, le polystyrène est bel et bien recyclable. Le défi, s’entendent les acteurs de l’industrie, est de trouver une manière rentable de lui donner une seconde vie.

     

    Densifier la « styromousse »

     

    Polystyvert estime avoir résolu l’énigme en s’attaquant aux coûts de transport, le principal irritant des recycleurs. Plutôt que de transporter les morceaux de polystyrène intacts vers son usine de transformation, la jeune compagnie installe des concentrateurs remplis d’huile dans les usines de ses clients. Le polystyrène qui y est déposé se dissout presque instantanément, tandis que les résidus indésirables flottent à la surface ou coulent au fond du récipient. Ce procédé réduit le volume du polystyrène de 94 %, ce qui diminue les coûts de transport par dix.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
     

    Arrivé à l’usine de Polystyvert, le mélange est filtré et séparé, grâce à un procédé novateur en attente de brevet. Au terme de l’opération, la compagnie récupère l’huile et obtient des granules de polystyrène « de qualité vierge », lesquels sont vendus à des compagnies qui fabriquent des produits avec cette matière.

     

    « Non seulement c’est une économie circulaire, mais en plus, c’est la boucle la plus courte », précise la patronne de la compagnie, puisque l’utilisation du polystyrène recyclé évite d’extraire et de transformer de nouvelles ressources.

     

    La technologie de Polystyvert permet de recycler tous les types de polystyrène. Pour le moment, la compagnie fait surtout affaire avec le secteur industriel, mais Solenne Brouard Gaillot souhaite, à terme, s’associer aux entreprises de gestion des matières résiduelles pour récupérer le polystyrène généré par les foyers québécois.

     

    Options limitées

     

    En plus des efforts déployés par Polystyvert, plusieurs projets ont vu le jour au Québec depuis 2011 pour encourager la récupération du polystyrène généré par les usines, les commerces et les citoyens.

     

    Mais six ans plus tard, force est de constater que la grande majorité des Québécois n’ont pas accès à un service de récupération ou ignorent tout simplement que le polystyrène se recycle.

     

    Il faut savoir qu’il existe essentiellement trois types de polystyrène : le polystyrène expansé (verres à café, emballage d’équipement), le polystyrène extrudé (barquettes pour la viande et le poisson, plats pour emporter) et le polystyrène rigide. Ce dernier, qu’on utilise pour fabriquer des contenants pour petits fruits, des plats à sushis ou des pots de yogourt, est fréquemment confondu avec les autres types de plastique.

     

    Au Québec, seulement 18 % des Québécois ont accès à un service de récupération du polystyrène rigide par l’entremise de la collecte sélective, alors que cette proportion est de 70 % à travers le Canada. Pour les deux autres types de polystyrène, le taux augmente à 36 %, loin derrière l’Ontario (55 %) et la Colombie-Britannique (100 %).

     

    Les résidants de la ville de Québec peuvent mettre le polystyrène directement dans leur bac bleu, mais les citoyens qui habitent ailleurs au Québec et qui souhaitent recycler cette matière doivent généralement aller la porter dans un écocentre, puisque plusieurs centres de tri n’en veulent pas.

     

    Un rapport commandé par Recyc-Québec, publié l’an dernier, concluait pourtant qu’il est « tout à fait possible de valoriser le polystyrène post-consommation en l’intégrant dans la collecte sélective ». Cet ajout « n’augmenterait pas de façon importante le volume de matière à gérer par les centres de tri » et l’industrie du recyclage pourrait profiter des avancées technologiques et des initiatives récentes, soulignait-on.

     

    Responsabilité partagée

     

    L’une de ces initiatives a pris de l’ampleur avec les années à Granby, au sein de l’entreprise Polyform. Ce fabricant de produits en polystyrène recycle ses propres résidus et ceux de ses clients depuis 2006, mais également la matière accumulée par les citoyens.

     

    « On s’est dit que ce n’était pas logique qu’on soit capable de recycler le polystyrène, mais qu’il n’y ait pas de programme offert aux citoyens », explique Philip Beauchesne, directeur de l’expérience client chez Polyform.

     

    L’entreprise récupère le polystyrène issu de plusieurs écocentres de Montréal et de l’Estrie, le transforme en granules et le réutilise pour fabriquer notamment du coffrage isolant pour les maisons ou des blocs d’emballage.

     

    M. Beauchesne croit qu’il est souhaitable, mais surtout possible que le recyclage du polystyrène devienne la norme au Québec. « Nous sommes prêts, il y a des gens qui sont prêts, mais il faut se demander si, comme collectivité, on veut faire l’effort supplémentaire, dit-il. C’est entre les mains de tout un chacun. »

    Comment recycler le polystyrène ? Chercher le numéro 6. Les plastiques numérotés 1, 2, 3, 4, 5 et 7 sont les bienvenus dans le bac de récupération. Mais presque partout au Québec, le plastique numéro 6 (le polystyrène) est refusé.

    Préparer ses contenants. Pour éviter la contamination des matières, il faut nettoyer le polystyrène et retirer rubans adhésifs et étiquettes.

    Trouver un point de collecte. S’il est refusé dans votre bac bleu, vous pouvez déposer le polystyrène dans un écocentre qui l’accepte ou chez une entreprise qui le recycle.

    Les intrus du bac Certains objets n’ont pas leur place dans le bac de recyclage. Voici ce que vous pouvez en faire.

    À la poubelle: sac de plastique no 6, sac de croustilles, carton souillé, tube de dentifrice, couche, papier ciré et cellophane, cartable, miroir, vaisselle, vitre, casserole, clou...

    Jouets: allez les porter dans un commerce d'occasion ou dans un écocentre
    Bouchons de liège: points de dépôt dans des boutiques spécialisées en vin et des restaurants

    Piles: Points de dépôt dans la plupart des pharmacies et quincailleries

    Lampes fluorescentes ou flucompactes: Points de dépôt en quincailleries ou éco-centres

    Autres indésirables: Produits électroniques, huiles, antigel, peintures liquides et produits aérosols: consulter le site de Recyc-Québec pour trouver les sites de dépôt près de chez vous

    Que faire des indésirables?

    Consultez la liste des matières refusées​












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