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    Glyphosate autorisé: colère chez les écologistes

    L’Union européenne donne à nouveau le feu vert à l’utilisation de cet herbicide controversé

    Des écologistes aux visages peints ont personnifié les dirigeants de Monsanto au cours d’une manifestation lundi devant le siège social de l’Union européenne à Bruxelles.
    Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse Des écologistes aux visages peints ont personnifié les dirigeants de Monsanto au cours d’une manifestation lundi devant le siège social de l’Union européenne à Bruxelles.

    Le controversé glyphosate a obtenu de nouveau son feu vert de l’Union européenne lundi. Après deux ans de débats et malgré des divisions qui semblaient insurmontables, les États membres ont tranché dans une majorité de 18 sur 28 en faveur de reconduire l’autorisation d’utilisation sur son territoire.

     

    Herbicide le plus utilisé dans le monde, l’ingrédient actif du Roundup de Monsanto fait l’objet d’un débat majeur de santé publique. Un débat réactivé par son classement en mai 2015 dans la catégorie « cancérigène probable » par un centre de recherche rattaché à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

     

    La licence actuelle du glyphosate devait venir à échéance dans moins de trois semaines. Un premier vote le 9 novembre n’avait pas rallié la majorité nécessaire à cette réautorisation, soit seulement 14 États membres.

     

    Ainsi réunis en comité d’appel lundi à Bruxelles, des pays s’étant auparavant abstenus ont cette fois soutenu la proposition européenne. C’est le cas de l’Allemagne, dont le changement de cap a pesé dans la balance.

     

    La France a quant à elle réitéré sa désapprobation. Sur Twitter et devant la presse, le président français, Emmanuel Macron, a affirmé son intention d’agir dans un horizon de trois ans, « dès que des alternatives auront été trouvées ».

     

    La décision qui a provoqué la colère des ONG, dont Greenpeace et Les amis de la Terre Europe.

     

    Le principal syndicat d’agriculteurs européens, le Copa-Cogeca, espérait que la législation permettrait d’autoriser la substance pour 15 ans supplémentaires, à l’instar du Canada. L’homologation du glyphosate a en effet été reconduite en avril dernier pour une période de 15 ans par Santé Canada.

     

    Guerre d’expertise

     

    Ces débats à la Commission ont eu lieu sur fond de controverse, après les révélations des « Monsanto Papers » aux États-Unis plus tôt cette année. Des centaines de documents ont été rendus publics dans la foulée d’un recours collectif intenté en Californie par des travailleurs agricoles ou leurs proches.

     

    Les « Monsanto Papers » contiennent des communications internes et des messages échangés par courriel entre la compagnie et certains cadres d’agences réglementaires.

     

    Dans des courriels examinés notamment par le New York Times et Le Monde, un haut responsable a par exemple proposé d’embaucher des chercheurs pour signer des articles scientifiques, rédigés par Monsanto.

     

    Ce cadre citait cette pratique dans son courriel comme ayant déjà été utilisée.

     

    La confiance du public européen dans les processus d’analyse a également été remise en doute. En septembre dernier, le journal britannique The Guardian diffusait les conclusions de l’ONG Global 2000 : jusqu’à une centaine de passages du rapport d’évaluation officiel ont été copiés et collés du dossier déposé par Monsanto.

     

    Des techniques pour « instiller le doute », écrivait le quotidien Libération lundi, afin de saper la crédibilité du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS qui a souligné en 2015 les risques en 2015.

     

    Effets au pays

     

    Une guerre agressive d’expertise qui n’est pas sans effets au Canada, signalent des expertes de la Fondation David Suzuki et d’Équiterre. Santé Canada collabore en effet avec l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA en anglais) pour ce genre d’évaluation.

     

    Or, les documents déclassifiés démontrent maintenant que certaines connivences s’étaient établies entre Monsanto et l’EPA.

     

    « On a demandé si les documents [de l’EPA] ont été utilisés dans l’examen de Santé Canada. On attend toujours des réponses », indique Annie Bérubé, directrice des relations gouvernementales pour Équiterre.

     

    Révision de l’évaluation

     

    L’interdiction éventuelle par la France pourrait aussi forcer l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) à revoir son évaluation du pesticide.

     

    Les pays membres de l’OCDE, dont le Canada, ont prévu des mécanismes sous leur législation pour rouvrir un examen lorsqu’un autre pays l’interdit, expose Louise Hénault-Éthier, chef des projets scientifiques à la Fondation David-Suzuki.

     

    Cette fondation, en collaboration avec Équiterre et Écojustice, exige que Santé Canada refasse ses devoirs. Ces trois organismes considèrent que le ministère fédéral a omis des preuves scientifiques crédibles. « Son rapport d’évaluation est tout à fait incomplet », insiste Mme Hénault-Éthier.

     

    Il s’agit du pesticide le plus vendu au Québec : il représentait 44 % des ventes agricoles en 2015, selon le bilan des ventes des pesticides.

     

    En 2015-2016, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a détecté du glyphosate dans 30 % de ses échantillons analysés. Ces traces de pesticide ne dépassaient pas les seuils maximaux dans 98,7 %.

     

    L’interaction et l’effet cumulatif des divers pesticides ne sont cependant pas évalués par l’ACIA dans ce dépistage.

     

    Avec l’Agence France-Presse


    Qu’est-ce que le glyphosate ?  Il s’agit d’un herbicide qui détruit les mauvaises herbes, ennemies des agriculteurs, mais le spectre de son action ne s’arrête pas là. Il se définit comme une substance totale foliaire systémique, ou non sélective en d’autres mots, qui tue aussi les autres plantes.

    Le glyphosate est l’ingrédient actif notamment du Roundup, produit phare de Monsanto. La pierre angulaire de son modèle économique est sa vente, en combinaison avec des semences résistantes au produit, des cultures transgéniques pour la plupart, y compris le canola, le soja, le maïs et la betterave à sucre. Cette combinaison a été « adoptée comme pratique importante de la production agricole » au pays, note Santé Canada dans son évaluation. Il est en outre utilisé en foresterie, étendu par voie aérienne sur certaines forêts du Québec et du Canada.

    « Révolutionnaire dès sa sortie », selon les mots de Monsanto, il reste le plus vendu sur la planète. Mis en marché en 1974 dans le Roundup, produit phare de cette compagnie, il est commercialisé depuis 2000 par d’autres sociétés.












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