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    Une aire protégée de 10 000 km² pour le caribou forestier

    Le territoire restera toutefois ouvert en partie aux minières

    Cette «grande aire» doit permettre de «protéger un habitat de haute qualité» pour le caribou forestier, une espèce «vulnérable».
    Photo: Peupleloup CC Cette «grande aire» doit permettre de «protéger un habitat de haute qualité» pour le caribou forestier, une espèce «vulnérable».

    Le gouvernement Couillard annoncera ce mardi son intention de créer une importante aire protégée pour le caribou forestier dans la région de Manicouagan, a appris Le Devoir. Mais une bonne partie de ce milieu naturel, situé sur le territoire du Plan Nord, sera ouvert à l’exploration minière pendant encore une décennie.

     

    La ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon, se rendra à Baie-Comeau mardi matin pour annoncer l’intention du gouvernement de créer l’aire protégée interrégionale des caribous forestiers de Manouane-Manicouagan. Celle-ci sera située à environ 200 kilomètres au nord de Baie-Comeau, dans le secteur du réservoir Manicouagan.

     

    Selon les informations obtenues par Le Devoir, cette « grande aire » doit permettre de « protéger un habitat de haute qualité » pour cette espèce « vulnérable », puisque le territoire en question comprend « certains des secteurs où l’on observe les plus hautes densités de caribous forestiers au Québec ».

     

    Le territoire, d’une superficie totale de 10 200 km² (20 fois l’île de Montréal), sera initialement divisé en deux sections distinctes. Une première zone de 7814 km² deviendra une « réserve de biodiversité projetée » incluant les secteurs des Montagnes-Blanches, mais aussi d’autres territoires où des mesures de protection sont déjà prévues.

     

    Une seconde zone de 2380 km² sera par ailleurs désignée comme « réserve de territoire pour fins d’aire protégée ». Dans ce cas, cependant, « un potentiel minéral a été identifié », a indiqué le cabinet de la ministre Isabelle Melançon. Selon la plus récente version de la carte des titres miniers actifs au Québec, il existe en effet des « claims » actifs sur ce territoire ciblé pour son importance pour le caribou forestier. Certains ont même été demandés récemment.

     

    Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles permettra donc « la poursuite des activités d’exploration minière », et ce, pendant une période variant de quatre à dix ans. « Si, durant cette période, l’exploration minière permettait de repérer des zones minéralisées correspondant à des critères déterminés, ces zones seraient exclues des limites de la réserve à l’État afin d’y permettre la poursuite des activités minières », a décidé le gouvernement.

     

    En entrevue au Devoir lundi, la ministre Isabelle Melançon a toutefois affirmé que des « règles strictes » encadreront les projets d’exploration minière qui pourraient se développer sur ce territoire de 2380 km². « On veut un territoire parfait pour notre caribou forestier », a-t-elle fait valoir.

     

    « Ce n’est pas tout le territoire qui a un potentiel minéral. Il se retrouve à l’intérieur de ce territoire », a ajouté Mme Melançon. D’où l’importance de permettre aux détenteurs de titres miniers d’aller faire des « vérifications », mais essentiellement sans « machinerie lourde ». Selon la ministre, il est important de tenir compte du développement économique régional, d’autant que cette vaste zone se trouve sur le territoire du Plan Nord.

     

    « Non seulement la délimitation retenue protège des secteurs intensivement utilisés par le caribou forestier, mais elle s’est avérée la meilleure de plusieurs options pour réduire au minimum les impacts sur les secteurs forestiers des deux régions concernées », doit également préciser la ministre, mardi. Les « possibilités forestières » de cette zone seront d’ailleurs pleinement « compensées ».

     

    La ministre a par ailleurs fait valoir lundi que le territoire qui sera préservé devrait permettre de protéger « au moins 700 caribous », soit 8 % à 12 % de la population actuelle au Québec, estimée entre 6000 et 8500 individus.

     

    Décision attendue

     

    La superficie du territoire qui sera effectivement protégé, en excluant celui où les activités minières seront autorisées au cours des années à venir, est de 7814 km². Dans un rapport daté d’avril 2015, le Groupe de mise en oeuvre sur les aires protégées pour le caribou forestier avait toutefois ciblé un « secteur prioritaire » de plus de 16 191 km² dans cette région. La zone effectivement protégée représente donc, pour le moment, moins de la moitié de la zone ciblée par des scientifiques et des représentants de différents ministères comme étant un habitat important du caribou forestier.

     

    Cosignataires du rapport produit dans le cadre du plan québécois de rétablissement de ce cervidé, les membres de la Société pour la nature et les parcs (SNAP) saluent l’intention de créer une telle aire protégée dans la région de Manicouagan, une décision qu’ils attendaient depuis plusieurs années.

     

    Tant la SNAP qu’un autre spécialiste du caribou forestier consulté par Le Devoir ont par ailleurs souligné lundi que la porte ouverte à l’exploration minière soulève des questions sur la protection réelle de l’habitat des caribous. « Que va-t-il se passer si l’exploration mène à l’exploitation ? », a demandé Pier-Olivier Boudreault, chargé de projet en foresterie et conservation à la SNAP Québec. Une telle perspective, a-t-il fait valoir, signifierait la construction de routes et d’autres infrastructures permanentes sur le territoire.

     

    Or, ce genre de situation augmente les « perturbations » de l’habitat du caribou. Un rapport d’Environnement Canada publié récemment rappelait justement que, pour espérer protéger l’espèce, au moins 65 % de son habitat doit être « non perturbé ». Au-delà de ce seuil, le rétablissement est tout simplement compromis.

     

    Les données du gouvernement fédéral sur les différentes aires de répartition au Québec indiquent toutefois que l’habitat du caribou est de plus en plus perturbé. À l’heure actuelle, le territoire de cinq de six hardes considérées comme étant « en déclin » ou « stables » ne respecte pas le seuil de 65 % de l’habitat non perturbé. Dans tous les cas, la perturbation a augmenté entre 2012 et 2017.

     

    La carte de l'aire de répartition du caribou forestier au Québec

     













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