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    Le glyphosate autorisé pour cinq ans de plus en Europe

    27 novembre 2017 13h56 | Marine Laouchez - Agence France-Presse à Bruxelles | Actualités sur l'environnement
    Une dizaine de pays, dont la France, s'étaient opposés au renouvellement.
    Photo: Remy Gabalda Archives Agence France-Presse Une dizaine de pays, dont la France, s'étaient opposés au renouvellement.

    Les États membres ont accepté lundi de réautoriser pour 5 ans le glyphosate lors d’un comité d’appel après plus de deux ans de débats intenses sur cet herbicide controversé.

    C’est une surprise, à trois semaines de la date d’expiration de la licence actuelle, tant les divisions semblaient insurmontables. La décision de l’Allemagne de se rallier à la proposition de la Commission européenne a fait pencher la balance.

    Cette fois, 18 pays ont soutenu la proposition — contre 14 au tour précédent —, permettant tout juste d’atteindre le seuil de plus de 65 % de la population de l’UE nécessaire pour une majorité qualifiée.

    Berlin s’était abstenue la dernière fois. Mais ce revirement a suscité des tensions au sein de la coalition gouvernementale allemande sortante entre conservateurs et sociaux-démocrates, au moment même où ils tentent de négocier une nouvelle alliance.

    Cinq années de glyphosate supplémentaires mettront notre santé et l’environnement en danger, et c’est un revers majeur pour les méthodes agricoles plus durables.
    Adrian Bebb de Friends of the Earth Europe

    La ministre sociale-démocrate de l’Environnement, Barbara Hendricks, opposée à l’herbicide, a accusé son collègue de l’Agriculture, un conservateur de la famille politique d’Angela Merkel qui a donné son feu vert, d’avoir outrepassé ses prérogatives, parlant d’une « rupture de confiance » au sein de la coalition actuelle.

    Déception chez les opposants

    Les mêmes neuf pays qui avaient déjà dit non au cours d’un premier vote le 9 novembre ont campé sur leur position, selon des sources européennes, le scrutin se déroulant à huis clos.

    Paris a ainsi « regretté » le vote de lundi et a exhorté la Commission européenne de faire « rapidement » des propositions pour revoir ses modes d’évaluation des substances chimiques.

    Le président Emmanuel Macron a promis que le glyphosate serait interdit en France « au plus tard dans trois ans ».

    « Ce n’est pas un signal clair pour une élimination progressive du glyphosate. Le combat doit continuer », a tweeté la ministre luxembourgeoise de l’Environnement Carole Dieschbourg.

    « Le vote d’aujourd’hui montre que quand nous voulons, nous pouvons partager et accepter notre responsabilité collective dans la prise de décision », s’est en revanche félicité le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis.

    Vive débat

    La Commission avait affiché sa désapprobation face à l’absence de décision claire au sein du comité d’experts. Si l’impasse avait perduré lundi, l’exécutif européen aurait dû lui-même trancher.

    Les débats sont intenses depuis le classement de la substance comme « cancérogène probable » en mai 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (un organe de l’OMS).

    La Commission s’était appuyée sur le feu vert de ses agences scientifiques, l’Efsa et l’Echa (sécurité alimentaire et produits chimiques), qui n’avaient pas classé la substance comme cancérogène sur la base d’autres études.

    Des accusations d’influence sur ces études scientifiques de l’industrie phytosanitaire et du géant américain Monsanto en particulier sont venues s’ajouter aux discussions.

    La Commission va maintenant adopter une décision avant que l’autorisation actuelle n’expire le 15 décembre.

    L’ECPA, qui représente l’industrie européenne des pesticides, tout en se disant « heureux » de la réautorisation, a émis des critiques sur la procédure.

    « Clairement ce débat crée de nombreux précédents pour l’avenir, et l’un des plus inquiétants est la façon dont le mouvement opposé à la substance a été mené par des organisations s’appuyant sur la peur plutôt que la science », a déclaré son porte-parole Graeme Taylor.

    Un danger 

    La décision a provoqué la colère des ONG qui se sont battues farouchement contre une réautorisation.

    « Cinq années de glyphosate supplémentaires mettront notre santé et l’environnement en danger, et c’est un revers majeur pour les méthodes agricoles plus durables », a tempêté Adrian Bebb de Friends of the Earth Europe.

    « En dépit de la présomption de conflits d’intérêts, de dysfonctionnements des agences européennes et de falsifications des études scientifiques, la Commission européenne a pris le parti de l’industrie au détriment des consommateurs et de la santé publique », a déploré l’eurodéputée française Michèle Rivasi (Verts).

    Le principal syndicat d’agriculteurs européen, le Copa-Cogeca, aurait espéré une autorisation plus longue, « même si c’est une bonne nouvelle que la décision ait été prise, mettant fin à l’incertitude pour les agriculteurs et leurs coopératives ».

    Le glyphosate est prisé par les agriculteurs pour son efficacité et son faible coût.

    Une pétition officielle demandant la disparition progressive du glyphosate dans l’UE, classée « initiative citoyenne européenne », a récolté plus d’un million de signatures. Elle a été déposée auprès de la Commission qui doit y répondre d’ici le début de l’année prochaine.













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