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    Valoriser le biogaz en électricité et en chaleur

    23 novembre 2017
    La centrale Biomont récupère le biogaz de l’ancien dépotoir du quartier Saint-Michel pour le transformer en énergie et alimenter en chaleur des établissements proches tels que le Cirque du Soleil et la Tohu.
    Photo: Valeco énergie Québec La centrale Biomont récupère le biogaz de l’ancien dépotoir du quartier Saint-Michel pour le transformer en énergie et alimenter en chaleur des établissements proches tels que le Cirque du Soleil et la Tohu.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Une centrale a recommencé, le 16 octobre dernier, à produire de l’énergie à partir du biogaz capté sur le site autrefois occupé par le dépotoir du quartier Saint-Michel et par la carrière Miron. Après la cessation des activités de la centrale Gazmont en 2014, la Ville de Montréal était forcée de le brûler pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Aucune valorisation de cette ressource, générée par la décomposition de ce qui a été enseveli dans l’ancienne décharge, n’avait été réalisée durant presque trois ans.

     

    Aujourd’hui, 1900 foyers, ou leur équivalent, peuvent être alimentés en électricité grâce à la nouvelle centrale Biomont, fruit d’un partenariat réalisé entre les entreprises Éolectric et Groupe Valeco ainsi que le fonds de travailleur Fondaction. Elle utilise le biogaz pour faire fonctionner trois moteurs de 1,6 mégawatt chacun, dont l’électricité produite est vendue à Hydro-Québec. Un système de récupération de la chaleur est branché à ces derniers afin d’alimenter le chauffage de ses voisins, soit le Cirque du Soleil et la Tohu.

     

    Cette centrale de cogénération, c’est-à-dire qui produit à la fois de l’électricité et du chauffage, se distingue de la centrale Gazmont, qui appartenait à Biothermica. Cette dernière se servait d’une chaudière pour transformer en vapeur le biogaz, récupéré des 375 puits de captage du Complexe environnemental Saint-Michel, pour faire fonctionner une turbine de près de 25 mégawatts.

     

    « L’un des principaux défis a été de reprendre une ancienne centrale, qui a été faite dans les années 1990, avec un ensemble d’éléments et d’équipements qui étaient assez anciens », raconte Matthieu Monnier, directeur Développement international au Groupe Valeco, une entreprise d’origine française spécialisée dans les énergies renouvelables. « Il a fallu au cas par cas enlever les anciens équipements qui n’étaient plus en adéquation avec le fonctionnement de notre nouvelle centrale. »

     

    Biomont énergie, la société en commandite créée par les trois partenaires, s’est donné plus de marge de manoeuvre et des ambitions plus modestes en production d’énergie : elle s’est plutôt dotée de trois moteurs de la grosseur d’une camionnette de livraison totalisant ensemble 4,8 mégawatts.

     

    « Il faut comprendre qu’il n’y a plus d’enfouissements de déchets, donc il y a de moins en moins de gaz », rappelle Marc-Antoine Renaud, vice-président développement stratégique chez Éolectric. Au début des activités de Gazmont, en 1996, le site d’enfouissement du quartier Saint-Michel recevait toujours des déchets. Il a arrêté d’accueillir les rebuts putrescibles en 2000, avant de faire de même pour les matériaux secs issus du secteur de la construction en 2009.

     

    Aujourd’hui, le site ne dégage plus de biogaz provoqué par une décomposition « rapide », comme celui généré par la matière organique, ni d’une décomposition « moyenne », associée à l’enfouissement de matière comme le papier et le carton. Le biogaz capté relève plutôt de la décomposition « lente », comme celle du bois.

     

    « Avec trois moteurs, cela nous donne une plus grande flexibilité. On peut fonctionner à un, deux ou trois moteurs, parce que le biogaz fluctue, souligne M. Renaud. La décomposition, ce sont des bactéries. Selon la température, l’humidité, s’il pleut ou non, cela va avoir une influence ». De plus, les partenaires demeurent conscients de l’incontournable décroissance à venir. Même si les projections estiment qu’une production d’énergie sur le site est encore possible pendant 25 ans, « dans les dernières années du projet, on prévoit qu’il n’y aura pas assez de biogaz pour que les trois moteurs fonctionnent à temps plein et on se contentera plutôt de deux moteurs ».

     

    La taille de la centrale et l’envergure du projet faisaient en revanche tomber les dossiers entre deux chaises au moment de trouver des sous. « Les investisseurs qui financent des infrastructures dans les énergies renouvelables, ce sont des gens qui font des chèques de 500 millions et qui vont se lancer dans de grands parcs. Donc pour eux, un projet d’une vingtaine de millions, c’était trop petit pour avoir de l’intérêt, soulève Geneviève Morin, chef de l’investissement à Fondaction. Par ailleurs, les investisseurs traditionnels, comme les banques, ne comprennent pas trop ou ne savent pas trop comment analyser ce type de projet et ils trouvent ça trop gros pour le risque qu’ils sont capables de prendre. »

     

    La concrétisation du montage financier de 20 millions s’est donc avérée complexe. « Il a fallu faire preuve de persévérance », assure Mme Morin. Ce montage a pu être bouclé le 27 septembre 2016, lorsque le groupe Integrated Asset Management (IAM) a annoncé un investissement de 15 millions dans le projet. Fondaction, de son côté, a investi 2 millions en quasi-équité, soit en une dette avec des conditions de remboursement plus flexibles, et 1 million en actionsdans la société.

     

    Il s’agit de la première expérience dans le secteur du biogaz pour les trois partenaires derrière la société en commandite. Le Groupe Valeco a déjà exploité des centrales de cogénération en France, mais celles-ci utilisaient du gaz naturel. Éolectric, dont le siège social se trouve à Brossard, a plutôt fait ses marques dans le secteur de l’énergie éolienne. L’entreprise s’est lancée dans ce projet dans la foulée d’une diversification de ses activités en matière d’énergies renouvelables. Cette stratégie s’est accélérée après la publication de la Politique énergétique du gouvernement du Québec en avril 2016. « Il y a, dans cette politique une importance accordée aux biocarburants, alors qu’il y est très peu mention de l’éolien, signale M. Renaud. On voyait là une occasion d’entrer dans un marché appelé à être plus porteur dans les dix ou quinze prochaines années. » Quant à Fondaction, il s’agit aussi de sa première incursion dans le secteur du biogaz. « Mais ce ne sera pas notre dernière », affirme Geneviève Morin. Le 3 octobre dernier, le fonds de travailleur a annoncé avec Éolectric la création de la coentreprise Éolectric Capital (Éocap), dont la mission sera d’acquérir et de développer des projets dans le secteur des énergies renouvelables. Le fonds de travailleur met 8 millions dans cette nouvelle société d’investissement. « À travers Biomont, on a vu la complémentarité de nos expertises et de nos intérêts, ainsi que la capacité d’Éolectric de faire davantage », explique Mme Morin.













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