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    ArcelorMittal a besoin d'une poubelle de 825 millions de tonnes

    Québec n’a pas décidé si le BAPE étudiera le projet de la minière, mais on sait déjà que sa réalisation se traduira par la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux

    ArcelorMittal exploite une mine dont les différentes fosses devraient à terme atteindre une superficie totale de 11,3 kilomètres carrés.
    Photo: Géraldine Woessner Agence France-Presse ArcelorMittal exploite une mine dont les différentes fosses devraient à terme atteindre une superficie totale de 11,3 kilomètres carrés.

    ArcelorMittal compte étendre l’imposant parc de résidus de sa mine de fer du Mont-Wright, près de Fermont. Un projet qui permettra de poursuivre l’exploitation de la plus grosse mine à ciel ouvert du Québec jusqu’en 2045, mais aussi de stocker plus de 825 millions de tonnes de résidus. Le gouvernement n’a toutefois pas encore décidé s’il mandatera le BAPE pour étudier le projet, qui nécessitera la destruction de milieux naturels.

     

    L’entreprise exploite une mine dont les différentes fosses devraient à terme atteindre une superficie totale de 11,3 kilomètres carrés, selon les données du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN). C’est trois fois plus que la superficie qu’aura la mine d’or de Malartic, à la fin de l’expansion de cette dernière. ArcelorMittal prévoit aussi de produire 1318 millions de tonnes de résidus miniers sur une période de 30 ans, sois six fois plus que la mine de Malartic.

     

    Pour poursuivre son expansion et éviter la « fermeture définitive de la mine », ArcelorMittal doit toutefois agrandir les sites où sont entreposés les résidus de l’exploitation, selon ce que précise l’entreprise dans une volumineuse étude d’impact de 534 pages. Un document qui a mené à la rédaction d’un autre document de 939 pages de réponses aux questions du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC).

     

    Le « futur scénario d’entreposage des résidus » permettra de stocker 825 millions de tonnes de 2026 à 2045, pour un total de 1318 millions de tonnes entre 2014 et 2045. Pour mener à bien ce projet, l’entreprise souhaite construire par la même occasion deux nouveaux bassins pour « optimiser la gestion de l’eau », dont un bassin d’« eau de procédé » de 3,6 km2 et un « bassin de sédimentation » 420 000 m2.

     

    Selon ce qu’indique le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) dans sa description du projet, « le promoteur prévoit de commencer les travaux de construction à l’été 2018 », afin que les infrastructures soient prêtes en 2025. Il s’agit d’un projet majeur, puisque le coût des infrastructures et de la gestion de l’eau jusqu’en 2045 est évalué à 458 millions de dollars.

     

    Destruction de lacs

     

    Dans son étude d’impact, ArcelorMittal reconnaît aussi que la croissance des quantités de résidus miniers à gérer « causera un empiétement dans certains lacs, les étangs et cours d’eau ». Le BAPE précise que ce projet entraînera « la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux ». À cela s’ajoute une perte d’habitat de 11,2 km2 pour la faune terrestre.

     

    « Toutefois, écrit la minière, les milieux touchés sont situés à proximité des surfaces actuellement utilisées pour l’entreposage des résidus de la mine de Mont-Wright ainsi qu’à proximité du site minier du lac Bloom, ce qui en réduit leur qualité. » Qui plus est, un programme de « restauration » est prévu pour compenser la perte de milieux naturels.

     

    Dans les questions soumises à ArcelorMittal, le MDDELCC demande par ailleurs des précisions sur les risques de rupture d’une digue de retenue des eaux, en raison de la présence de la route 389, seul lien de Fermont avec le reste du Québec.

     

    « Si un bris de digue devait arriver, les principales conséquences possibles sont le lavement ou la fermeture de la route et de la voie ferrée, la perte de la fibre optique, des risques d’isolation du personnel, de noyade de personnel à proximité et des inondations », répond la minière, en précisant qu’elle possède déjà un « plan d’urgence ». Sa couverture d’assurance est de 25 millions de dollars, ajoute l’entreprise.

     

    Dans des précisions transmises au Devoir mercredi, elle souligne qu’elle applique les « meilleures pratiques » pour la sécurité de son site, mais aussi qu’elle respecte les « normes » pour ce type de construction. Il n’a pas été possible de discuter avec un porte-parole d’ArcelorMittal.

     

    Le porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine, Ugo Lapointe, estime néanmoins que ce projet d’expansion du parc de résidus nécessiterait la tenue d’audiences publiques du BAPE. Selon lui, il faut s’assurer que le site sera « sécuritaire », mais aussi que les garanties financières sont suffisantes pour la restauration du site.

     

    Au cabinet de la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, on ne sait toujours pas si le projet sera soumis au processus d’évaluation du BAPE. La période d’information, au cours de laquelle on peut demander la tenue d’audiences, se termine le 10 novembre. « Le ministère analysera les demandes d’audiences reçues, le cas échéant, et fera une recommandation sur la pertinence de donner un mandat d’enquête et d’audience au BAPE sur le projet », a fait valoir son attachée de presse, Geneviève Benoit.













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