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    Les phytotechnologies, une solution pour assainir les eaux usées

    Grâce à l’utilisation du jonc piquant, appelé «Juncus acutus», le chercheur Nicolas Kalogerakis a réussi à retirer 92% du bisphénol A présent dans les eaux usées d’une petite municipalité de Crète.
    Photo: Wikicommons Grâce à l’utilisation du jonc piquant, appelé «Juncus acutus», le chercheur Nicolas Kalogerakis a réussi à retirer 92% du bisphénol A présent dans les eaux usées d’une petite municipalité de Crète.

    Les usines d’épuration des eaux usées font aujourd’hui face à un problème de taille qu’elles n’arrivent pas encore à surmonter : celui d’éliminer le bisphénol A, les antibiotiques et autres médicaments que les eaux usées contiennent. La solution se trouve probablement dans les phytotechnologies, qui font appel à l’utilisation de plantes, affirme un chercheur de l’Université technique de Crète qui présentait les résultats de ses travaux à la 14e conférence internationale sur les phytotechnologies (IPC 2017), qui a lieu cette semaine à Montréal.

     

    Le bisphénol A est utilisé pour la fabrication de matières plastiques. On le retrouve dans le revêtement intérieur des boîtes de conserve, dans divers contenants pour l’eau et la nourriture. Depuis 2008, sa présence est bannie dans les biberons, car il s’agit d’un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il mime les effets de nos hormones et peut par le fait même entraîner des anomalies physiologiques et reproductrices.

     

    Nicolas Kalogerakis, chercheur au Département de génie environnemental à l’Université technique de Crète, en Grèce, a réussi à retirer 92 % du bisphénol A présent dans les eaux usées d’une petite municipalité de Crète en construisant un marais dans lequel il a fait pousser du jonc piquant, appelé Juncus acutus. « Il s’agit d’une plante halophyte, c’est-à-dire qui est bien adaptée aux milieux salés, et qui supporte bien le stress. C’est une plante indigène qui prospère dans différentes régions du monde. On en trouve même deux variétés en Allemagne », précise M. Kalogerakis.

     

    Comme la flore intestinale

     

    La technique consiste à introduire les eaux usées dans le marais, où en passant à travers les racines du jonc piquant elles s’assainissent. « Ce n’est pas que la plante qui dégrade le bisphénol A, mais aussi les micro-organismes qui sont dans la plante et autour de ses racines », souligne le chercheur, qui compare les bactéries vivant à l’intérieur de la plante à la flore intestinale chez les humains. L’équipe de M. Kalogerakis a isolé plusieurs souches bactériennes capables de dégrader le bisphénol A, dont l’une le fait en l’espace d’une journée.

     

    « Nous pouvons récolter ces populations bactériennes et les introduire dans un nouvel emplacement où l’on désire épurer les eaux. Une fois que les plantes ont incorporé les bactéries, elles dégradent plus efficacement les composés. Cette démarche s’avère particulièrement favorable dans les situations les plus difficiles où les eaux sont également contaminées par des métaux lourds, car certains microbes accumulent les métaux lourds et les entreposent dans les vacuoles de la plante, ce qui permet d’évacuer ces contaminants de l’environnement et en même temps de dégrader les composés organiques », explique le scientifique.

     

    La technique n’est toutefois pas aussi efficace pour extraire deux antibiotiques qu’on retrouve typiquement dans les eaux usées sortant des usines de traitement en Europe et en Amérique : la ciprofloxacine et le sulfaméthoxazole. Les chercheurs sont parvenus à extraire 85 % du ciprofloxacine, mais seulement 18 % du sulfaméthoxazole. Ils ont toutefois remarqué que si l’eau contaminée demeurait plus longtemps dans le marais, les composés avaient alors plus de temps pour réagir, et leur dégradation en était accrue. « Malheureusement, dans ce cas, la technique ne devient plus rentable économiquement, car il faudrait des marais de trop grandes dimensions pour pouvoir traiter toutes les eaux usées qui sont générées », fait remarquer M. Kalogerakis.

     

    « La présence des antibiotiques dans les eaux usées demeure toujours un gros problème en raison de leur utilisation excessive. Par contre, les hormones et autres perturbateurs endocriniens sont habituellement présents à des concentrations bien moindres, et de plus, ils se dégradent plus facilement. On peut aussi les extraire à l’aide d’un matériau, comme une résine, à laquelle ils se colleront. Puis, on retire de l’eau la résine qui contient les molécules », affirme M. Kalogerakis.

     

    Le problème des médicaments

     

    Autre problème de taille : les autres médicaments, dont les psychotropes, que les gens jettent dans les toilettes lorsqu’ils n’en ont plus besoin, et que la plupart des usines de traitement ne sont pas en mesure d’éliminer. Encore une fois, les plantes représentent probablement la meilleure stratégie pour débarrasser les eaux usées de ces divers composés chimiques.

     

    « On doit procéder à un dépistage des plantes indigènes de la région [où l’on veut procéder à l’épuration] et ensuite les tester à petite échelle pour déterminer lesquelles peuvent extraire efficacement et rapidement les composés pharmaceutiques que l’on désire éliminer. Je suis certain qu’on trouvera des plantes capables de le faire, mais on aura probablement besoin d’une combinaison de différentes espèces pour y parvenir », affirme M. Kalogerakis qui avance un autre avantage de la phytotechnologie. « En plus, c’est beaucoup plus beau de voir des plantes et des arbres qu’un équipement industriel ! » lance-t-il.













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