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    Mexique

    Le figuier de Barbarie, à la fois emblème et source d'énergie

    18 août 2017 | Yemeli Ortega - Agence France-Presse à Mexico | Actualités sur l'environnement
    <p>Un paysan travaille dans des rangées de figuier de Barbari plantées sur les flancs du volcan éteint Teuhtli, au Mexique.</p>
    Photo: Yuri Cortez Agence France-Presse

    Un paysan travaille dans des rangées de figuier de Barbari plantées sur les flancs du volcan éteint Teuhtli, au Mexique.

    Le figuier de Barbarie, emblème du Mexique, figure en bonne place sur le drapeau vert, blanc et rouge du pays. Ce cactus en forme de raquette a désormais trouvé une seconde vie : ses résidus sont utilisés pour produire de l’électricité.

     

    Le projet-pilote a été lancé en mai sur un vaste marché à Milpa Alta, au sud de Mexico, spécialisé dans le commerce de ce cactus considéré comme sacré dans la mythologie aztèque et qui sert à concocter des mets et des médicaments.

     

    Dans cette zone boisée, véritable poumon pour la capitale asphyxiée par la pollution, 2800 hectares sont consacrés au figuier.

     

    Dès l’aube, des paysans portant des chapeaux de paille travaillent dans les interminables rangées de cactus plantées sur les flancs du volcan éteint Teuhtli, alors que le Mexique est l’un des premiers producteurs au monde de figuier de Barbarie, avec 812 000 tonnes par an.

     

    Non loin de là, sur le même site, un grand cylindre argenté, entouré de conteneurs connectés via un réseau de tuyaux, reçoit les restes du figuier : ils sont broyés, puis mélangés avec plusieurs bactéries qui les aident à fermenter et à se dégrader, avant d’être « digérés » à une température de 55 degrés.

     

    Car avant d’être consommé, le figuier doit être d’abord privé de son écorce et de ses épines. Ce sont ces résidus qui sont recyclés pour produire de l’électricité.

     

    L’installation d’un générateur qui transforme les résidus de cette culture en énergie propre « est un projet important », assure à l’AFP Horacio Chavira, responsable du développement rural à Milpa Alta.

     

    Ce générateur capable de traiter tout résidu d’origine biologique est unique au Mexique, car installé directement là où se trouvent les déchets, explique Nelly Mejía, directrice du département expérimentation de Suema, une entreprise qui s’occupe d’énergie durable et d’environnement, chargée du projet.

     

    Les résidus une fois broyés, fermentés et chauffés à 55 degrés, « forment une boue que nous pouvons utiliser comme engrais » ainsi qu’un biogaz, issu du processus de fermentation et qui permettra de produire de l’électricité, explique Jesus Zumaya, qui travaille sur ce générateur.

     

    Soupes, médicaments, shampoings

     

    Quand le générateur atteindra son rythme de croisière, vers novembre, il devrait être en mesure de traiter trois à cinq tonnes de résidus par jour, afin de produire un peu plus d’une tonne d’engrais et 170 mètres cubes de biogaz. Avec au bout du compte une puissance électrique espérée de 175 kilowatts par heure, capables d’allumer 9600 ampoules de basse consommation.

     

    Le biogaz est encore balbutiant au Mexique, un pays en développement salué pour ses ambitions élevées en matières d’énergies renouvelables : il s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25 % d’ici 2030 et de 50 % d’ici 2050. En 2016, il a tiré 15,4 % de son énergie de sources renouvelables, mais seulement 0,11 % grâce au biogaz, selon les chiffres officiels.

     

    Le figuier de Barbarie, lui, est partout dans le pays : « Depuis l’époque pré-hispanique, le figuier est dans les assiettes. Par tradition et par culture, nous en mangeons », raconte Israel Vazquez, sur la parcelle où il a planté ce cactus depuis 20 ans.

     

    D’un vert éclatant, cette plante sert à de nombreux plats de la gastronomie mexicaine : soupes, salades, confitures, mais aussi jus diététiques, farines et bonbons. On la trouve aussi dans des médicaments contre l’hypertension et les problèmes intestinaux, des shampoings contre la chute de cheveux, des gels pour la peau…

     

    L’activité frénétique du marché de Milpa Alta, où dès l’aube des centaines de personnes nettoient, coupent et emballent le cactus, engendre chaque jour jusqu’à 10 tonnes de résidus.

     

    Légende aztèque

     

    Le générateur est une « bonne idée car les résidus serviront à quelque chose », se réjouit Evangelina Lara, commerçante de 45 ans qui vend du figuier sur ce marché, équipée d’un tablier rouge, de gants et d’un couteau.

     

    Sur les près de 200 espèces de figuiers de Barbarie recensées, 101 vivent au Mexique et plus de 60 sont endémiques.

     

    Selon la mythologie aztèque, le dieu Huitzilopochtli s’était vengé du prince Copilli, qui l’avait trahi, en lui arrachant le coeur et en le jetant dans le lac sur lequel a ensuite été édifiée la ville antique de Tenochtitlan, puis l’actuelle Mexico. C’est à cet endroit qu’est apparu, d’après la légende, le premier figuier de Barbarie, dont les fruits — une baie jaune et rouge — symbolisent le coeur de Copilli.

     

    Les Aztèques ont fondé Tenochtitlan à l’endroit exact de la prophétie de Huitzilopochtli : sur une petite île du lac, où se trouvait un figuier et au-dessus de lui, un aigle dévorant un serpent. Ce sont ces images qui apparaissent encore aujourd’hui sur le drapeau mexicain.

     

    « Le figuier de Barbarie est tellement mexicain… C’est un symbole d’identité », souligne Horacio Chavira, se félicitant que la municipalité de Mexico ait financé la quasi-totalité des 15 millions de pesos (840 000 dollars) qu’a coûté le projet de générateur.

     

    « L’idée, à l’avenir, est que ce genre de projet soit répliqué » dans les plus de 300 marchés de la capitale pour les rendre autosuffisants en énergie, explique un responsable de la municipalité de Mexico, Bernardino Rosas.













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