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    La pollution plastique dans nos assiettes

    Camouflés par les algues et les bactéries, les déchets avalés par les poissons risquent de remonter au sommet de la chaîne alimentaire

    Les fleuves déversent chaque année dans les océans entre 1,15 et 2,41 millions de tonnes de plastique, selon une étude publiée dans la revue «Nature Communications».
    Photo: Mario Aguilera Scripps Institution of Oceanography Associated Press Les fleuves déversent chaque année dans les océans entre 1,15 et 2,41 millions de tonnes de plastique, selon une étude publiée dans la revue «Nature Communications».

    Non seulement les poissons ingèrent de plus en plus de plastique dans les océans du monde, mais tout indique que certaines espèces le font de façon volontaire, conclut une nouvelle étude américaine. Un problème qui risque d’avoir des conséquences néfastes sur les écosystèmes marins, mais aussi au bout du compte sur la santé humaine.

     

    Selon ce qu’ont découvert des chercheurs de l’Université de Californie et de l’Aquarium de la baie de San Francisco, des poissons ne parviennent tout simplement pas à faire la différence entre leur nourriture et les petites particules de plastique qui s’accumulent dans les milieux marins et sont colonisées par des bactéries et des algues.

     

    Les scientifiques ont étudié les réactions d’un banc d’anchois de Californie devant une solution contenant des morceaux de plastique propres et une autre contenant des débris couverts d’algues. Les poissons se sont aussi retrouvés en présence de la simple odeur de nourriture et de nourriture.

     

    Signal trompeur

     

    « Les bancs d’anchois ont réagi à l’odeur des débris de plastique en s’agrégeant davantage », ont constaté les chercheurs, dans le cadre de leur étude parue mercredi dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B.

     

    Les résultats sont « similaires » à ceux qui sont obtenus lorsqu’ils sont en présence de nourriture ou soumis à l’odeur de la nourriture, précisent-ils.

     

    Selon les chercheurs, ces résultats constituent « la première preuve expérimentale que les anchois adultes utilisent les odeurs pour rechercher de la nourriture ». Ils démontrent aussi que « la signature chimique » acquise par les débris de plastique en mer peut conduire les poissons à les rechercher comme nourriture.

     

    Ces résultats confortent d’ailleurs l’idée que les animaux marins pourraient avaler du plastique à cause d’« un mécanisme chimiosensoriel » qui les induit en erreur.

     

    Substances nocives

     

    Les constats des chercheurs américains pourraient en outre être les mêmes si une telle étude était menée pour le Saint-Laurent, souligne Geneviève D’Avignon, étudiante au doctorat au Département de biologie de l’Université McGill.

     

    Or, ces substances sont nocives pour les poissons. Ces particules peuvent nuire à leur alimentation, rappelle celle qui étudie justement les impacts des microparticules sur les poissons du Saint-Laurent.

     

    « Dans certains cas, des malformations et des troubles de reproduction ont été observés chez des poissons et des invertébrés », ajoute Mme D’Avignon.

     

    Qui plus est, ces substances toxiques peuvent s’accumuler tout au long de la chaîne alimentaire, au fur et à mesure que les plus petits poissons sont la proie des plus gros. Et finalement, ces poissons peuvent être consommés par des êtres humains.

     

    Les chercheurs américains insistent d’ailleurs sur les risques que cette pollution par le plastique peut représenter pour « la santé humaine ». Plus d’un milliard de personnes dépendent directement des ressources de la mer pour leur alimentation quotidienne.

     

    La menace est d’autant plus grande que la pollution provoquée par la consommation grandissante de plastique dans le monde prend de l’ampleur, souligne la directrice du Fonds mondial pour la nature au Québec, Sophie Paradis. Elle n’affecte pas que la surface des océans, mais aussi les fonds marins.

     

    Problème croissant

     

    Selon les données du Programme des Nations unies pour l’environnement, cette matière constituerait plus de 80 % des débris qu’on retrouve dans les océans. Chaque année, les fleuves y déversent entre 1,15 et 2,41 millions de tonnes de plastique, selon une étude publiée plus tôt cette année dans Nature Communications.

     

    Une partie importante du problème provient de l’utilisation de microbilles de plastique dans les produits cosmétiques. Le Canada a d’ailleurs décidé d’interdire ces microbilles. Mais cette interdiction entrera en vigueur seulement en 2018, précise Mme Paradis.

     

    De toute façon, la présence du plastique dans nos cours est déjà une réalité. Des chercheurs ont ainsi découvert que certaines portions du Saint-Laurent sont lourdement contaminées, notamment par ces microbilles.

     

    Dans les Grands Lacs, une étude américaine a déjà démontré que plus de 10 000 tonnes de plastique sont déversées chaque année.

     

    Selon Geneviève D’Avignon, le problème de la pollution par le plastique est à prendre au sérieux au Québec. « À ce jour, les résultats que nous avons sont inquiétants, puisque peu importe les cours d’eau, il semble qu’il y a présence de microparticules de plastique. Et on sait que ces particules peuvent persister longtemps dans l’écosystème. Mais il nous reste encore beaucoup de questions avant d’avoir un portrait global. »













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