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    L’Antarctique perd un morceau de 5800 km carrés

    Larsen C était fissurée depuis des années par une gigantesque crevasse. Début juillet, le futur iceberg n’était plus relié au continent antarctique que sur 5 km.
    Photo: NASA Larsen C était fissurée depuis des années par une gigantesque crevasse. Début juillet, le futur iceberg n’était plus relié au continent antarctique que sur 5 km.

    Phénomène rarissime, mais qui n’en soulève pas moins de nombreuses questions : un gigantesque iceberg de plus de 5800 km2 vient de se détacher du continent antarctique. Une situation naturelle, selon les scientifiques, mais qui est probablement liée aux bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine.

     

    Cet iceberg « A68 », dont la séparation était attendue depuis déjà plusieurs mois, a une superficie qui équivaut à plus de 11 fois l’île de Montréal, pour une épaisseur qui dépasse les 350 mètres. Comme il flottait déjà sur l’océan, le fait qu’il se soit finalement détaché ne changera rien au niveau des océans de la planète.
     

     

    Le hic, c’est que ce nouvel épisode s’ajoute à une série de désintégrations des barrières de glace nommées « Larsen » et survenues au cours des 20 dernières années dans la partie ouest de l’Antarctique. La première, Larsen A, s’est effondrée en 1995, suivie en 2002 par Larsen B. Cette dernière, pourtant vieille de plus de 10 000 ans, s’est littéralement disloquée en à peine un mois, quelques années après le détachement d’un iceberg.

     

    Ce scénario rappelle celui qu’on observe aujourd’hui, avec le détachement d’un gigantesque iceberg de mille milliards de tonnes qui faisait partie d’une barrière de glace nommée « Larsen C ». Or, celle-ci retient des glaciers qui, s’ils glissent vers la mer, pourraient faire augmenter de plus de 10 centimètres le niveau des océans. Maintenant privée de cet énorme iceberg, Larsen C risque de devenir plus instable et de subir le même sort que Larsen B, qui s’est désintégrée en 2002.


    Source: Université d’Edinbergh, N. Gourmelen
     

    Professeur au Département de géomatique de l’Université de Sherbrooke, Handy Granberg souligne que la séparation d’icebergs, aussi imposants soient-ils, est un « phénomène naturel » en Antarctique. Un point de vue que partage Bruno Tremblay, du Département de sciences atmosphériques et océaniques à l’Université McGill, qui souligne que cela fait partie du « cycle de vie » des glaciers.

     

    Est-ce que le phénomène s’accélère en raison en raison du réchauffement climatique ? « Cette région du monde, avec l’Arctique, est une de celles qui se réchauffent le plus, rappelle M. Tremblay. Mais on ne détient pas assez de données pour le lier directement au réchauffement, même si ça semble cohérent. »

     

    Selon une étude publiée en 2015 dans la revue Science, les grandes plateformes de glace en Antarctique auraient perdu 18 % de leur volume au cours des 20 dernières années. Et après que Larsen A et B ont commencé à s’effondrer, la NASA a noté une accélération de 300 % de la fonte des glaciers situés derrière elles. Globalement, l’effondrement des barrières de glace aurait provoqué une augmentation de 59 % de l’écoulement de glace dans la mer.

     

    La séparation de tels icebergs peut en effet contribuer à accélérer le glissement de la glace dite « de terre » vers la mer, où elle peut avoir un impact concret sur le niveau des océans. Pour la seule région de l’ouest de l’Antarctique, la hausse que provoquerait une fonte des glaces pourrait dépasser les trois mètres, de quoi noyer plusieurs régions du globe.

     

    Signal d’alarme

     

    Pour le biologiste Jean Lemire, qui a réalisé le documentaire Mission Antarctique, il ne fait d’ailleurs aucun doute que les bouleversements climatiques affectent directement ce continent de 14 millions de kilomètres carrés. « La séparation de cet iceberg est un signal d’alarme pour les années à venir, et il faudra suivre la situation de près, insiste-t-il. L’accélération de ce phénomène est inquiétante, d’autant plus que l’Antarctique est au coeur de la machine climatique mondiale. »
     

     

    M. Lemire, qui a lui-même passé plusieurs mois en Antarctique, souligne que le réchauffement ne se fait pas sentir de la même façon dans toutes les régions du continent. Mais, ajoute-t-il, certaines zones, dont l’ouest du continent, subissent un réchauffement particulièrement important.

     

    Cette fonte accélérée de la glace signifie en outre qu’une plus grande superficie de l’océan absorbera davantage de rayons du soleil, « ce qui réchauffera l’eau encore plus rapidement et accéléra les changements climatiques », prévient le biologiste Philippe Archambault, de l’Université Laval.

     

    Une situation qui a un impact sur la faune marine de la région, explique Jean Lemire. « On constate déjà des changements, notamment pour l’abondance du krill, qui est à la base de la chaîne alimentaire. Et les changements sont beaucoup trop rapides pour espérer une adaptation de la vie marine. »

     

    Ce réchauffement, Jean Lemire l’a aussi constaté dans l’Arctique, une autre région « critique » qui encaisse un réchauffement survenu avec une rapidité que les scientifiques n’avaient pas prévue, rappelle le professeur Bruno Tremblay. Le thermomètre pourrait y grimper de plus de 5 °C d’ici 50 ans. On évalue même que la hausse atteindra 7 °C à 11 °C d’ici la fin du siècle.

     













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