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    L’Islande pas si verte, malgré son électricité 100% renouvelable

    4 mai 2017 | Actualités sur l'environnement
    Gaël Branchereau - Agence France-Presse à Reykjavik
    Jérémie Richard - Agence France-Presse
    La centrale géothermique de Reykjanes, à l'extrémité sud-ouest de l'Islande.
    Photo: Halldor Kolbeins Agence France-Presse La centrale géothermique de Reykjanes, à l'extrémité sud-ouest de l'Islande.

    Il porte le nom d’un Dieu nordique et ses racines percent le coeur d’un volcan : « Thor » symbolise l’excellence de l’Islande dans la géothermie. Ce puits expérimental parmi les plus profonds et les plus chauds de la planète masque pourtant les performances mitigées de l’île en matière d’environnement.

     

    Non loin du « Lagon bleu » dont les eaux bleues fumantes ont attiré 1,1 million de touristes l’an dernier, la tête du puits domine les cratères formés par la dernière éruption qui a recouvert cette partie de la péninsule de Reykjanes d’une mer de lave il y a 700 ans. Le paysage est lunaire. Les astronautes de la NASA sont déjà venus s’y entraîner.

     

    Lancé le 11 août 2016, le forage s’est achevé le 25 janvier dernier. Les ingénieurs ont éteint les machines lorsque le fond du puits a atteint la profondeur verticale de 4500 mètres, là où la roche atteint des températures si extrêmes que les fluides se rencontrent dans un état dit « supercritique » : à 427°C et 340 bars de pression, ni eau ni gaz, leur énergie est énorme.

     

    Les scientifiques et les entreprises associés se sont donnés deux ans pour évaluer la faisabilité technique et économique de ce puits.

     

    « Nous pourrions obtenir cinq à dix fois plus d’énergie qu’avec un puits conventionnel », explique, casque de sécurité vissé sur le chef, Albert Albertsson pour l’électricien islandais HS Orka et le consortium Iceland Deep Drilling Project, qui regroupe trois producteurs d’énergie et l’Autorité nationale de l’énergie.

    Photo: Halldor Kolbeins Agence France-Presse Albert Albertsson, un ingénieur de la société islandaise d'énergie HS Orkaphot, à la géothermie de Reykjanes

    Pour fournir en électricité et eau chaude une ville comme Reykjavik (212 000 habitants), « nous aurions besoin de 30 à 35 puits [conventionnels] contre seulement de trois à cinq puits supercritiques », assure-t-il. Le coût serait évidemment bien moindre.

     

    Émissions de CO2 en hausse

     

    Terre boréale riche en geysers, sources chaudes et fumerolles, l’Islande est l’un des pays les plus actifs de la planète du point de vue géologique et jusqu’à présent le seul au monde doté d’une électricité 100 % renouvelable : 25 % provient de la géothermie, et le reste, des barrages hydroélectriques.

     

    La décision de recourir massivement à la géothermie remonte aux années 70 et aux chocs pétroliers. Auparavant, la moitié de la population de l’île se chauffait grâce au pétrole.

     

    Alors, avec 100 % d’électricité renouvelable, l’Islande est-elle un modèle en matière d’énergie propre ?

     

    Pas si simple, avance Martin Norman, spécialiste de financement durable chez Greenpeace. La géothermie est toujours « préférable au gaz, au charbon et au pétrole », reconnaît le Norvégien. « Mais ce n’est pas une énergie complètement verte. Dès que vous forez, vous avez de la pollution au souffre et des émissions de CO2 ».

     

    C’est vrai, admet Albert Albertsson, mais « si vous comparez les émissions par mégawatt de la géothermie, elles ne représentent qu’une petite part de celles générées par le pétrole et le gaz », fait-il remarquer. Et les méthodes de recyclage progressent à grand pas, selon lui.

     

    Martin Norman relève que l’Islande se targue d’être à la pointe des énergies renouvelables alors « qu’elle est loin de remplir les objectifs » internationaux en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

     

    Un rapport publié en février par l’Institut des études économiques de l’Université d’Islande indique que le pays ne sera pas en mesure de respecter les accords de la COP21 signés à Paris.

    Photo: Halldor Kolbeins Agence France-Presse La plate-forme du Projet islandais de forage profond pénètre dans l'une des fosses les plus profondes et les plus chaudes du monde.
     

    Selon ce rapport, les émissions de gaz à effet de serre augmentent dans tous les secteurs de l’économie, sauf la pêche et l’agriculture. Si rien n’est fait, elles devraient grimper de 53 % à 99 % en 2030 par rapport à 1990, au lieu de diminuer de 40 %.

     

    « Costa Del Reykjavik »

     

    La faute aux industries lourdes énergivores (aluminium, silicium) et au tourisme, nouvelle poule aux oeufs d’or de l’Islande, qui s’attend à accueillir plus de deux millions de visiteurs étrangers cette année pour une population de 338 000 habitants.

     

    Les charters atterrissent à la chaîne, les autocars éructants sillonnent les plateaux de l’intérieur, les quads et puissants 4x4 retournent impunément les étendues de basalte et de lave noire, les hôtels poussent comme des verrues dans la capitale…

     

    Martin Norman craint « une Costa Del Reykjavik » où, aux seules fins de l’appât financier, les Islandais auront coulé leur nature unique dans le béton.

     

    Dans un entretien à l’AFP, la ministre de l’Environnement Björt Olafsdottir nuance l’état des lieux. « Si nous ne faisons rien, si nous ne prenons pas des mesures énergiques, nous n’atteindrons pas les objectifs de Paris, mais [l’inaction] n’est pas notre ambition », affirme-t-elle.

     

    Les taxes sur les émissions de CO2 ont été doublées par l’actuel gouvernement, et les incitations financières au bénéfice des industries polluantes ont été supprimées, fait-elle valoir.

     

    À terme, l’Islande ambitionne par ailleurs de réduire sa dépendance aux hydrocarbures en faisant le pari d’un parc automobile à 100 % électrique.













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