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    Trudeau recule sur le méthane… et sur le climat

    En plus de donner un coup de pouce à l’industrie pétrolière et gazière, la décision du gouvernement concernant le méthane devrait entraîner des émissions supplémentaires d’au moins 55 millions de tonnes de méthane.
    Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne En plus de donner un coup de pouce à l’industrie pétrolière et gazière, la décision du gouvernement concernant le méthane devrait entraîner des émissions supplémentaires d’au moins 55 millions de tonnes de méthane.

    Dans la foulée de la décision du président Donald Trump de renier l’engagement de son prédécesseur en faveur de la réduction des émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier, le gouvernement Trudeau a choisi de reporter la mise en place de la réglementation prévue ici pour ce très puissant gaz à effet de serre. Un recul environnemental majeur qui laisse par ailleurs entrevoir l’échec climatique canadien.


    C’était au temps de Barack Obama. En mars 2016, l’ancien président américain et le premier ministre canadien Justin Trudeau avaient signé une entente qui prévoyait, dès 2020, l’entrée en vigueur d’une réglementation sévère sur les émissions de méthane, un gaz à effet de serre (GES) au moins 25 fois plus puissant que le CO2.

     

    Selon les règles convenues alors par Washington et Ottawa, il était acquis que les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier devaient être réduites de 40 % à 45 % d’ici 2025 par rapport au niveau de 2012. Côté canadien, une telle réduction signifiait le retrait, chaque année, de 18 à 20 millions de tonnes de GES, soit l’équivalent de 3,8 à 4,2 millions de voitures de moins sur les routes.

     

    Bref, « une mesure très significative », insiste Hugo Séguin, spécialiste des négociations climatiques et professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Une mesure d’autant plus nécessaire, selon lui, qu’il est fort possible que les émissions de méthane issues des opérations de fracturation hydraulique, une méthode de plus en plus utilisée, soient deux fois plus importantes que les estimations officielles. C’est du moins ce que conclut une nouvelle étude publiée cette semaine par la Fondation David Suzuki.

     

    Le hic, c’est que le nouveau président américain, Donald Trump, qui ne cesse de s’attaquer aux règles environnementales depuis son accession à la Maison-Blanche, a tout simplement annulé le projet de réglementation de son prédécesseur en mars dernier. Et la semaine dernière, le gouvernement Trudeau a fait savoir qu’il repousserait pour sa part la mise en oeuvre des règles sur le méthane à 2023. En clair, ces règles pourraient entrer en vigueur dans deux scrutins, une éternité en politique.

     

    Écouter l’industrie

     

    Mais pourquoi un gouvernement qui se présente comme un champion de la lutte contre les changements climatiques a-t-il décidé de repousser ainsi une mesure réglementaire pourtant déjà annoncée ? Pourquoi a-t-il décidé de remettre à plus tard l’application de règles plus strictes pour limiter ce qu’il définit lui-même comme « l’une des principales sources de gaz à effet de serre dans le monde » ?

     

    « Nous devons être à l’écoute de l’industrie », a répondu la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna. Selon ce qu’a précisé la ministre libérale, le gouvernement Trudeau est toujours déterminé à mettre en place la réglementation prévue. Mais, a-t-elle ajouté, Ottawa souhaite réduire les émissions de GES en tenant compte du point de vue de l’industrie des énergies fossiles et de la science.

     

    Dans ce cas-ci, le point de vue de l’industrie était clair : avec le recul de la réglementation environnementale du côté américain, les entreprises pétrolières et gazières qui exploitent les ressources canadiennes doivent plus que jamais composer avec des enjeux de « compétitivité ». C’est du moins ce qu’a fait valoir l’Association canadienne des producteurs pétroliers.

     

    Observateur bien au fait des politiques climatiques canadiennes, Hugo Séguin estime que cette décision du gouvernement Trudeau témoigne de l’influence toujours très grande du lobby des énergies fossiles à Ottawa. « Avec le temps qui passe depuis son élection, on constate que le gouvernement canadien est plus perméable au lobby de l’industrie pétrolière et gazière qu’on le soupçonnait au départ. Dans ce contexte, la décision du gouvernement Trump de rejeter la réglementation sur les émissions de méthane a donné des munitions supplémentaires à ce lobby pour faire valoir son point de vue. »

     

    Oui aux pipelines

     

    Qui plus est, ce n’est pas la première décision des libéraux favorable au secteur pétrolier et gazier depuis leur retour au pouvoir, en 2015. Le gouvernement a ainsi approuvé deux projets de pipelines importants au cours des derniers mois. À eux seuls, ils permettront d’exporter chaque année plus de 600 millions de barils de pétrole des sables bitumineux.

     

    Ottawa a également donné son aval au projet gazier Pacific Northwest, qui vise l’exportation de gaz de schiste vers le marché asiatique. Sans oublier l’approbation américaine du pipeline Keystone XL, une décision saluée par le premier ministre. Jamais, en 10 ans au pouvoir, les conservateurs n’avaient approuvé autant de projets majeurs.

     

    En plus de donner un coup de pouce à l’industrie, la décision du gouvernement Trudeau concernant le méthane devrait entraîner des émissions supplémentaires d’au moins 55 millions de tonnes de méthane, selon les calculs effectués par les groupes environnementaux. « Le fait de repousser ces réglementations, ce n’est pas une bonne nouvelle pour le climat, mais ce n’est pas non plus une bonne nouvelle pour la capacité des gouvernements d’atteindre leurs cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement fédéral est en train de retirer un élément important de son coffre à outils. Ça ne l’aide pas du tout », souligne Hugo Séguin.

     

    Selon lui, mais aussi selon plusieurs groupes environnementaux, les libéraux sont en passe de décevoir ceux qui voyaient en eux un changement majeur par rapport à la décennie de règne conservateur. « Je crois qu’il s’agit d’un gouvernement qui n’est pas à la hauteur des espoirs qu’il avait suscités quand il a pris le pouvoir, mais aussi en campagne électorale », résume M. Séguin.

     

    Échec climatique

     

    Pire, il lui apparaît de plus en plus clair que la cible — la même que celle du gouvernement Harper — de réduction de 30 % des émissions de GES d’ici 2030, par rapport à 2005, est tout simplement hors d’atteinte. « Je ne crois pas que le Canada va atteindre ses objectifs », laisse tomber Hugo Séguin. Selon lui, cet objectif demeurera inaccessible tant que le fédéral ne s’attaquera pas aux « noeuds du problème », dont les émissions croissantes du secteur pétrolier et gazier, mais aussi celles du secteur des transports.

     

    Les données officielles du gouvernement, déposées aux Nations unies à la veille du congé de Pâques, démontrent d’ailleurs l’ampleur du fossé qui sépare le Canada de ses objectifs. Entre 2005 et 2015, les émissions du pays ont été réduites d’à peine 2,2 %, alors qu’elles devraient être en baisse de 17 % d’ici 2020 pour espérer atteindre la cible du 30 % en 2030.

     

    Les émissions de GES du secteur pétrolier représentent aujourd’hui pas moins de 25 % du total canadien. Celles-ci dépassent même légèrement le secteur des transports, à 23 %. Dans les deux cas, les GES sont toujours en hausse constante. Et la situation ne risque pas de s’améliorer puisque le gouvernement fédéral prévoit une croissance continue de l’exploitation des sables bitumineux d’ici 2030.

     

    La production devrait alors atteindre 4,3 millions de barils par jour, soit près du double de la production actuelle. Et au lieu de freiner cette croissance, les décisions des libéraux concernant le méthane et les projets de pipelines favorisent jusqu’à présent l’atteinte des objectifs des pétrolières.

     

    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.












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