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    Le transfert de caribous dans un zoo suscite des inquiétudes

    Le sort réservé à la harde de caribous de Val-d'Or soulève des questions sur l'avenir d'autres populations menacées, dont celle de la Gaspésie.
    Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le sort réservé à la harde de caribous de Val-d'Or soulève des questions sur l'avenir d'autres populations menacées, dont celle de la Gaspésie.

    Le gouvernement Couillard estime que la capture et le transfert en captivité des derniers caribous de la région de Val-d’Or est la seule solution pour « assurer la survie » de cette harde. Il s’agit au contraire d’un dangereux précédent et d’un choix politique qui n’a aucune valeur pour la protection de cette espèce menacée, répliquent des organismes de conservation.

     

    Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, a confirmé vendredi les informations dévoilées par Le Devoir : le gouvernement entend bel et bien capturer et déplacer la quinzaine de caribous forestiers de Val-d’Or, en Abitibi, vers le Zoo de Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean.

     

    « La décision que nous prenons aujourd’hui est responsable et permettra d’assurer la survie de la harde de caribous forestiers de Val-d’Or, et c’est ce que nous visons d’abord et avant tout, a-t-il expliqué. L’élément clé du Plan d’action pour l’aménagement de l’habitat du caribou forestier est de protéger l’espèce, et c’est ce qui nous porte à agir ainsi. »

     

    Le déménagement des animaux vers la captivité, prévu pour l’hiver prochain, sera toutefois définitif. Il n’est pas non plus lié à un programme de reproduction ou de réintroduction en milieu naturel. « La garde en captivité de ces animaux au Zoo sauvage de Saint-Félicien permettra de sensibiliser et d’éduquer le public en plus de favoriser l’acquisition de nouvelles connaissances sur le caribou forestier », a simplement indiqué le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) par voie de communiqué.

     

    Mesure exceptionnelle

     

    Le ministre a aussi reconnu que les efforts de protection de cette population isolée ont été un échec, ajoutant qu’« aucun scénario ne permet de garantir son rétablissement ». Mais, a-t-il souligné en entrevue au Devoir, il s'agit d'une mesure « exceptionnelle » que le gouvernement ne compte pas répéter pour les deux autres hardes isolées, soit celle de Charlevoix et celle de la Gaspésie.

     

    Selon ce qu’a souligné le porte-parole de la direction générale des mandats stratégiques au MFFP, Francis Fortier, le ministère a pris cette décision après avoir analysé différents « scénarios ». Ceux-ci incluaient notamment une meilleure protection de l’habitat forestier, ou encore un contrôle accru des prédateurs des cervidés. Ces scénarios ont aussi été analysés à la lumière des impacts économiques des différentes mesures envisagées.

     

    Il faut dire que le territoire où subsistent ces caribous est très convoité par l’industrie forestière, qui s’est fait imposer des restrictions au cours des dernières années, au nom de la protection de cette espèce menacée. Et règle générale, la protection de vastes territoires pour le caribou forestier peut imposer des contraintes pour la coupe de bois.

     

    Le Conseil de l’industrie forestière plaide d’ailleurs depuis quelques années pour que « les mesures de protection du caribou forestier puissent se mettre en place en minimisant les impacts sur l’approvisionnement en bois des usines de transformation ». Quelque 18 lobbyistes inscrits au registre québécois ont un mandat en ce sens.

     

    Décision politique

     

    Pour Henri Jacob, président de l’Action boréale, il ne fait d’ailleurs aucun doute que ce déplacement forcé est une « décision politique » qui permettra d’« ouvrir le territoire forestier » aux entreprises. « Concrètement, on ne veut pas changer les pratiques forestières pour mieux protéger les caribous, qui souffrent des impacts de la perturbation du territoire. Et la situation de Val-d’Or risque de se reproduire ailleurs, en raison de la pression de l’industrie. »

     

    Le responsable de la commission Forêt de Nature Québec, Louis Bélanger, juge aussi que le gouvernement Couillard « vient de créer un dangereux précédent ». Selon lui, ce type de « gestion » d’une espèce en péril risque de se répéter, malgré le discours tenu par le ministre Blanchette.

     

    « Le gouvernement pourrait très bien agir de la même façon, par exemple, avec des rainettes faux-grillon, pour favoriser un promoteur. Est-ce que désormais on va laisser les espèces décliner suffisamment pour ensuite les envoyer dans des jardins zoologiques ? »

     

    Mortalité et captivité

     

    Dans l’immédiat, les grands perdants, ce sont les animaux eux-mêmes, selon Henri Jacob. « On va les capturer, pour ensuite les envoyer mourir dans des enclos », a-t-il déploré vendredi.

     

    Biologiste et spécialiste reconnu du caribou, Martin-Hugues St-Laurent a dit craindre que les opérations de capture et de transport des animaux provoquent une mortalité. Certains cervidés, stressés ou blessés lors de leur capture, pourraient selon lui ne pas survivre jusqu’au Zoo de Saint-Félicien. Dans le cas d’une harde de moins de 20 bêtes, cette mortalité pourrait s’avérer particulièrement coûteuse.

     

    La directrice générale du Zoo, Lauraine Gagnon, a toutefois promis que les captures seront réalisées « dans le plus grand respect ». Concrètement, il est prévu que l’hiver prochain les animaux seront rabattus par hélicoptère vers une zone dégagée, par exemple un lac gelé. Ils seront ensuite capturés grâce à des fusils qui permettent de tirer des filets du haut des airs. Ceux-ci seront alors immobilisés, puis mis dans des camions en vue de leur transport.

     

    Pour le Zoo « sauvage » de Saint-Félicien, la décision du gouvernement est une bonne nouvelle. Cette opération lui permettra d’obtenir de nouveaux caribous. En 2015, 19 des 21 caribous du Zoo sont en effet décédés subitement, en raison d’un parasite. Mme Gagnon estime toutefois que cela ne risque pas de se reproduire, puisque les animaux seraient traités pour éviter un tel scénario.













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