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    Les Jardins des Patriotes de Saint-Michel

    Souder l’école et le quartier grâce à l’agriculture urbaine

    22 avril 2017 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Actualités sur l'environnement
    L’enseignante Karine Lévesque a eu l’idée de transformer la pelouse inutilisée de son école en potager pour la communauté.
    Photo: Jimmy Chicaiza L’enseignante Karine Lévesque a eu l’idée de transformer la pelouse inutilisée de son école en potager pour la communauté.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Karine Lévesque est une enseignante supermotivée — et supermotivante — qui a décidé de faire d’une pierre vingt coups grâce à l’agriculture urbaine.

     

    Il y a quelques années, raconte-t-elle, la table de concertation du quartier Saint-Michel s’est mise à réfléchir dans le but de trouver des solutions pour contrer le désert alimentaire du quartier et, finalement, son projet d’action a été retenu. « Mon idée, c’était d’utiliser l’immense terrain gazonné entourant l’école Louis-Joseph-Papineau pour produire des fruits et des légumes qui seraient ensuite remis aux gens du quartier », résume-t-elle.

     

    Il s’agissait pour elle de tirer profit des pelouses que personne n’utilisait pour à la fois former ses élèves aux réalités du monde du travail tout en remettant une belle récolte à la communauté environnante. En collaboration avec l’école et ses élèves ainsi qu’avec une foule d’organismes communautaires, Mme Lévesque a créé Les Jardins des Patriotes.

     

    La réalité du terrain

     

    Passionnée par l’enseignement depuis 15 ans, Karine Lévesque se dévoue corps et âme aux enfants atteints de troubles d’apprentissage. Plus particulièrement, à l’école Louis-Joseph-Papineau, elle s’occupe de 11 adolescents dysphasiques. La dysphasie, explique-t-elle, est un trouble de la communication, réceptive ou expressive. « Pour certains, lorsqu’ils reçoivent un message, il y a des distorsions. Ils éprouvent de la difficulté au chapitre de la compréhension du vocabulaire ou de la sémantique, dit-elle. D’autres vont bien recevoir le message mais éprouvent des difficultés à s’exprimer ; dans l’ordre de la phrase, la syntaxe, il va manquer des mots ou les mots ne seront pas bien choisis. » Ces personnes manquent par conséquent d’habiletés sociales, notamment dans leur interaction avec les autres, dans la façon de se présenter ou d’adapter leur langage au milieu du travail, etc.

     

    À l’école Louis-Joseph-Papineau, les élèves dysphasiques suivent une formation préparatoire au travail (FPT) qui s’étend sur trois ans et qui vise à développer chez eux les compétences de base pour intégrer le marché du travail. « Auparavant, ces jeunes auraient été condamnés au bien-être social, indique Karine Lévesque, alors que nous, nous parvenons à les faire entrer sur le marché du travail. »

     

    C’est en s’inscrivant à une école d’été sur l’agriculture urbaine, en 2015, que l’enseignante a eu l’idée de transformer la pelouse inutilisée de son école en potager pour la communauté. « Cette école d’été a été pour moi comme une véritable piqûre », lance-t-elle toute souriante.

     

    Son but principal était d’initier ses élèves au monde du travail en les plongeant dans une foule de tâches et de problèmes concrets. « J’essaie d’innover en utilisant la pédagogie interdisciplinaire, c’est-à-dire que toutes mes matières sont liées à un projet, explique Mme Lévesque. C’est ce que les chercheurs universitaires avec qui je travaille prônent; j’applique donc ce qu’ont démontré les recherches. »

     

    Par exemple, dans un cours de mathématiques, ses élèves devaient un jour concevoir un plan à l’échelle, en convertissant des mètres en centimètres. « Mais mes jeunes ne comprenaient même pas ce que sont les mètres et les centimètres », a-t-elle constaté.

     

    Dans le cadre de son projet de jardin, il lui fallait dresser le plan du terrain à cultiver. « On a donc pris des rubans à mesurer et on est sortis dehors, raconte-t-elle. Mes élèves devaient alors développer leurs compétences à travailler en équipe et la résolution de problèmes puisque, à un moment donné, le ruban à mesurer n’était pas assez long : il restait encore trente mètres à couvrir. Que faire ? (Eh non, je ne leur ai pas dit quoi faire, lance-t-elle en riant.) Ils ont donc dû réfléchir et discuter entre eux — ce qui n’est pas facile pour eux — afin d’élaborer une stratégie… »

     

    Plus tard, les élèves ont eu à préparer les plantes — en réalisant 1200 semis — puis à les mettre en terre — autres tâches qui demandent de la communication et de l’organisation.

     

    Résultat : un premier potager a vu le jour au printemps 2016. Si l’expérience a été concluante sur le plan pédagogique, le jardin a toutefois peu produit, puisque durant l’été il n’a pas bénéficié des soins appropriés.

     

    Qu’à cela ne tienne. Pour cette année, Karine Lévesque a trouvé les ressources nécessaires pour engager un chargé de projets (un agriculteur) ainsi que des élèves de l’école pour mener à bien l’entretien et la récolte. « On engage donc dans notre projet des jeunes du quartier qui vont s’occuper du jardin tout l’été », dit-elle avec satisfaction.

     

    Unir tout Saint-Michel

     

    La récolte sera éventuellement distribuée aux résidants du quartier Saint-Michel par l’entremise de divers organismes communautaires. « Il y a un marché solidaire au métro Saint-Michel, précise Mme Lévesque, supervisé par l’écoquartier Saint-Michel. Nos produits iront aussi dans ma boîte à provisions, une ressource du quartier populaire. Enfin, nos invendus serviront en transformation alimentaire pour un service de traiteur qui engage des déficients intellectuels. On tient aussi un minimarché devant l’école les jeudis… »

     

    L’enseignante espère en outre établir des liens entre ses élèves et des entreprises liées à l’alimentation, des fermes urbaines ou le marché alimentaire, afin de leur permettre d’intégrer plus facilement le marché du travail.

     

    C’est dire que le projet des Jardins des Patriotes vise tout autant à unir la communauté de Saint-Michel qu’à créer des ponts entre l’école et la communauté. « Voilà qui se fait rarement, note l’enseignante. C’est même parfois assez difficile à réaliser, mais on y arrive ! Eh oui, nous sommes en train de créer une superbe synergie entre l’école et la communauté », conclut-elle avec ravissement.













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