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    Environnement

    La carpe asiatique a atteint le Québec

    L’espèce envahissante va provoquer des ravages dans le fleuve et les rivières

    La carpe de roseau peut peser jusqu’à 50 kg et mesurer 1,25 mètre de longueur.
    Photo: Wild life animal La carpe de roseau peut peser jusqu’à 50 kg et mesurer 1,25 mètre de longueur.

    La crainte s’est transformée en menace très concrète. La carpe asiatique est désormais présente dans le fleuve Saint-Laurent, ce qui signifie que les principaux cours d’eau du sud du Québec risquent d’être envahis par une espèce qui a provoqué des ravages aux États-Unis et qui serait pour ainsi dire impossible à éradiquer.

     

    Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a confirmé mardi que les tests menés au cours des derniers mois ont permis de détecter la présence de la carpe de roseau, l’une des quatre espèces de carpes asiatiques, à 16 endroits le long du fleuve Saint-Laurent.

     

    Les données du ministère indiquent que cette espèce serait déjà présente dans le secteur de Montréal, mais aussi à différents endroits situés en aval, soit de Repentigny jusqu’à la tête du lac Saint-Pierre. La carpe a même été détectée dans la rivière Richelieu et la rivière Saint-François. Selon ce qu’a fait valoir le Dr Louis Bernatchez, de l’Université Laval, la superficie du territoire où les scientifiques ont détecté la présence de la carpe asiatique est donc déjà importante.

      

    Même si le ministère ne peut confirmer avec certitude qu’il s’agit bel et bien d’une population de carpes de roseau en train de s’établir dans le Saint-Laurent, tout indique que le phénomène prend une ampleur qu’on ne soupçonnait pas il y a à peine quelques mois. Et plus rapidement que prévu.

     

    Au printemps 2016, une première carpe de roseau de près de 60 livres a en effet été capturée dans le secteur de Contrecoeur. Mais à ce moment, tout portait à croire qu’il pouvait s’agir d’un spécimen isolé, a expliqué mardi Véronik de la Chenelière, de la direction de l’expertise sur la faune aquatique du MFFP. Aujourd’hui, le doute n’est plus possible. « La carpe de roseau est physiquement présente dans nos cours d’eau, dans le fleuve Saint-Laurent, mais aussi dans deux rivières. »

     

    Milieu propice

     

    Le problème, c’est que les eaux de la portion fluviale du Saint-Laurent sont très accueillantes pour la carpe de roseau. « C’est un habitat tout à fait semblable à son habitat d’origine, c’est-à-dire les grands fleuves d’Asie. On ne se pose même pas la question, c’est certain que c’est un habitat propice », a souligné Véronik de la Chenelière.

     

    Une fois installée, a-t-elle expliqué, tout indique que la carpe de roseau provoquera des ravages dans l’écosystème du fleuve, mais aussi des rivières et des lacs qu’elle pourra coloniser. « Ces carpes ont un appétit très vorace, une grande fécondité et un taux de croissance qu’on ne connaît pas chez nos espèces indigènes. Elles atteignent donc rapidement une taille à partir de laquelle elles ne sont plus du tout vulnérables à la prédation. Ce sont des poissons qui ont des caractéristiques exceptionnelles, qui peuvent complètement modifier l’habitat et remplacer les espèces indigènes. »

     

    La carpe de roseau, qui peut atteindre 1,25 mètre de longueur et peser plus de 50 kg, se nourrit de végétation aquatique. Elle mange jusqu’à l’équivalent de 40 % de son poids chaque jour, en plus de tolérer une grande gamme de températures et de faibles concentrations d’oxygène.

     

    L’exemple américain

     

    Pour comprendre l’ampleur des dégâts que peut provoquer la carpe asiatique, il suffit de regarder du côté des États-Unis, où les quatre espèces ont été introduites dans les années 1970 pour contrôler la végétation dans les exploitations piscicoles du sud du pays.

     

    Ces poissons, qui se sont retrouvés accidentellement dans le bassin du Mississippi à la suite d’inondations, ont réussi à remonter le mythique fleuve et à envahir les cours d’eau rattachés à celui-ci sur une distance de plus de 1500 kilomètres. Dans la rivière Illinois, à quelques dizaines de kilomètres des Grands Lacs, les carpes représentent à certains endroits plus de 90 % de la biomasse animale du cours d’eau.

     

    Malgré les mesures prises par le Canada et les États-Unis pour tenter de freiner la propagation, Pêches et Océans Canada a confirmé en janvier que la carpe asiatique est bel et bien « arrivée » dans les Grands Lacs. Le ministère a aussi admis que « les conséquences écologiques de la présence de la carpe de roseau dans la plupart des zones du bassin des Grands Lacs pourraient être extrêmement graves dans les 50 prochaines années ».

     

    Inquiétudes

     

    Au Québec, les données publiées mardi par le MFFP suscitent déjà de vives inquiétudes au sein des organismes qui oeuvrent pour la protection du Saint-Laurent et des cours d’eau qui y sont liés.

     

    Pour Louise Corriveau, directrice générale de la Table de concertation du lac Saint-Pierre, l’arrivée de la carpe de roseau est une très mauvaise nouvelle. Selon elle, cette espèce représente clairement une menace pour tout l’écosystème du cours d’eau, et notamment pour ses herbiers, habitat essentiel pour 40 espèces de poissons. « On travaille à la restauration des herbiers, mais maintenant, on voit cette espèce qui s’attaque précisément aux herbiers. C’est un peu décourageant », a-t-elle dit.

     

    Même son de cloche du côté de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs. Sa porte-parole, Stéphanie Vadnais, a dit craindre « des effets complètement dévastateurs pour plusieurs espèces indigènes ». Et selon elle, l’expérience américaine démontre qu’il ne semble pas exister de moyens d’éradiquer les carpes asiatiques une fois qu’elles se sont installées dans un cours d’eau.

     

    Les constats du MFFP forcent d’ailleurs le ministère à redoubler d’efforts, a admis mardi Véronik de la Chenelière. « La confirmation de l’arrivée de la carpe de roseau nous oblige à passer à une vitesse supérieure plus rapidement. Il faut déjà mettre en place des actions concrètes pour limiter autant que possible la propagation. » Pour le moment, un budget de 1,7 million de dollars est prévu sur trois ans pour faire face au phénomène.













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