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    Au tour de Madrid d’être étouffée par la pollution

    La ville doit lutter contre la pollution atmosphérique, phénomène urbain ancien

    29 décembre 2016 | Jean-François Nadeau - Avec l'Agence France-Presse | Actualités sur l'environnement
    Avec 3,2 millions d’habitants et 1,8 million de voitures, Madrid est considérée comme l’une des capitales les plus polluées d’Europe.
    Photo: Francisco Seco Associated Press Avec 3,2 millions d’habitants et 1,8 million de voitures, Madrid est considérée comme l’une des capitales les plus polluées d’Europe.

    La mairie de Madrid a annoncé mercredi l’instauration de la circulation alternée jeudi dans le centre-ville pour lutter contre un épisode de pollution. C’est une première en Espagne.

     

    À partir de jeudi 29 décembre, entre 6 h 30 et 21 h, « les jours pairs circuleront les immatriculations paires […] et les jours impairs circuleront les immatriculations impaires », a annoncé lors d’une conférence de presse Marta Higueras, adjointe de la maire, Manuela Carmena.

     

    Plusieurs villes d’Europe ont déjà recours à cette mesure pour éviter de faire gonfler davantage des pics de pollution de l’air. Les dispositions pour réguler la pollution causée par les transports sont de nature permanente ou exceptionnelle.

     

    Cette mesure entre en vigueur d’office si les taux de dioxyde d’azote dépassent un certain seuil en vertu d’un protocole municipal antipollution. Ce plan d’action est réévalué quotidiennement en fonction des niveaux de pollution, a précisé la mairie de Madrid. Avec 3,2 millions d’habitants et 1,8 million de voitures, la capitale est considérée comme l’une des plus polluées d’Europe.

     

    Phénomène ancien

     

    La pollution de l’air dans les grandes villes ne date pas d’hier. Mais les mesures pour la contrer ont longtemps tardé.

     

    À Londres en 1952, du 5 au 9 décembre, la ville sera cachée par une immense bulle de pollution atmosphérique, considérée comme le pire épisode du genre dans l’histoire de la ville. On estime que ce pic de pollution aurait affecté la santé de 100 000 citoyens et causé la mort précipitée d’environ 10 000 personnes pour cause de troubles respiratoires.

     

    La météo médiocre des jours précédant cet épisode de smog avait encouragé une plus grande consommation de charbon dans les maisons afin de lutter contre le froid. De nombreuses centrales électriques utilisaient alors le charbon pour alimenter leurs turbines. La fumée de toutes les cheminées se précipita de surcroît sous l’effet de conditions climatiques particulières.

     

    Les étranges effets d’une intense pollution sont déjà bien perceptibles dans la littérature du XIXe siècle. Le roman britannique de l’époque rend compte malgré lui des terribles effets de l’industrialisation anarchique de la ville. Les scènes de brouillard dans lesquelles se déroulent par exemple les aventures de Sherlock Holmes, le célèbre détective créé par Sir Arthur Conan Doyle, ne sont possibles que dans un univers où l’industrie carbure au charbon. La révolution industrielle sur laquelle s’édifie l’Empire britannique grâce à l’apport de ses colonies engendre une formidable poussée de la pollution de l’air.

     

    En 1852, en Écosse, un chimiste démontre pour la première fois le lien entre les pluies acides et le niveau de pollution dans la ville industrielle de Manchester.

     

    Au XVIIIe siècle, le médecin Le Begne de Presles note que Paris, à la différence des campagnes qui l’entourent, est recouvert d’un dôme de particules en tout temps. « Les brouillards que l’on éprouve si souvent à Paris pendant l’automne et l’hiver, qui ont si mauvaise odeur, qui font mal aux yeux, à la gorge, excitent la toux, causent des fluxions », il les attribue en somme à un manque d’encadrement des entreprises.

     

    Restrictions

     

    Madrid emboîte aujourd’hui le pas à d’autres métropoles européennes qui comptent déjà sur des mesures de restriction de la circulation pour contrer la pollution.

     

    La ville de Bruxelles propose des mesures incitatives pour diminuer la circulation routière de véhicules à moteur depuis 2009. Ces mesures sont à trois paliers. Premièrement, une simple incitation à ne pas utiliser son véhicule dans certains moments où la pollution menace. Dans un second temps, en cas de nécessité, l’obligation de ne pas utiliser son véhicule en fonction des derniers chiffres de la plaque d’immatriculation, chiffres pairs et impairs en alternance. Enfin, en cas de besoin, la circulation de véhicules, à l’exception du transport en commun et de certains véhicules.

     

    En France, à l’occasion d’épisodes de pollution, des mesures de restriction de la circulation sont mises en avant depuis 1997 afin de lutter contre l’accumulation de dioxyde d’azote. La mesure est employée essentiellement à Paris et plutôt rarement. La ville de Lyon a aussi mis sur pied un système de circulation alternée afin de lutter contre des épisodes de pollution plus intenses.

     

    Les véhicules de services publics, les véhicules électriques ou ceux qui participent au transport de plus de trois passagers sont exemptés. En France aussi, c’est un système lié au numéro de la plaque automobile qui détermine ceux qui sont touchés.

     

    En Grèce, un programme semblable a été mis sur pied, mais plusieurs contrevenants aux mesures en diminuent l’efficacité. La Suisse compte aussi sur un système du même type dans son canton de Genève.

     

    Ailleurs dans le monde

     

    Le cas de la Chine vient à l’esprit à quiconque pense aujourd’hui à la pollution de l’air. En 2015, le bureau de l’environnement de Pékin a déclenché une alerte rouge. Les standards chinois sont pourtant très accommodants depuis longtemps. Les usines de métallurgie qui carburent au charbon et l’intense circulation en font une zone de pollution décriée depuis des années. À cause des particules en suspension dans l’air, on y vit souvent la nuit en plein jour, avec des taux de pollution qui sont près de 30 fois supérieurs à ceux recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

     

    Ailleurs dans le monde, on pense aux sérieux problèmes atmosphériques générés par la circulation automobile chaotique d’une mégapole comme Mexico. Avec ses 9 millions d’habitants coincés dans une cuvette montagneuse en haute altitude, la ville est régulièrement écrasée par le poids de nuages de pollution. En 1986, on a mis en place un système de surveillance atmosphérique. Les 4 millions d’automobiles qui engorgent le système routier de la capitale et une intense activé industrielle expliquent la détérioration de l’air dans la capitale. À compter de 1989, un programme de circulation alternée a obligé les vieux modèles de voitures à ne pas circuler à raison d’une journée en semaine, puis a été étendu à certaines conditions. À compter de 2008, le programme a été étendu au samedi. La couleur des plaques d’immatriculation et les chiffres pairs et impairs déterminent les rotations. Des gens plus fortunés détournent l’esprit de la loi en comptant sur plusieurs véhicules différents qu’ils utilisent en alternance, selon les possibilités offertes par leurs plaques respectives.

     

    Depuis 1997, on trouve aussi au Brésil, à São Paulo, des mesures de restriction pour les automobiles aux heures de pointe, du moins pour le périmètre central de la cité. La restriction s’applique à raison d’une journée par semaine, selon les particularités de la plaque d’immatriculation.













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