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    Océan Arctique

    Pas de nouveaux permis d’exploration pour au moins cinq ans

    Le gouvernement Trudeau impose un moratoire dans une déclaration commune du Canada et des États-Unis

    Une plateforme pétrolière de Shell photographiée dans l’océan Pacifique en avril 2015, alors qu’elle se dirigeait vers l’Arctique.
    Photo: Daniella Beccaria Associated Press Une plateforme pétrolière de Shell photographiée dans l’océan Pacifique en avril 2015, alors qu’elle se dirigeait vers l’Arctique.

    Le gouvernement Trudeau a annoncé mardi qu’il impose un moratoire d’au moins cinq ans pour l’octroi de nouveaux permis d’exploration pétrolière et gazière dans les eaux de l’Arctique canadien. Une décision qui ne change rien pour les entreprises qui détiennent déjà plus de 27 000 km2 de permis en milieu marin nordique.

     

    Par la voie d’une « déclaration commune » du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et du président américain sortant, Barack Obama, les deux pays ont annoncé mardi des mesures censées assurer une meilleure protection de l’Arctique, une région qui subit de plus en plus les impacts des changements climatiques.

     

    Ottawa s’est ainsi engagé à désigner « toutes les eaux arctiques canadiennes comme étant interdites d’accès, indéfiniment, aux futures concessions pétrolières et gazières extracôtières ». Ce moratoire sur les nouveaux permis d’exploration en milieu marin sera toutefois révisé tous les cinq ans, et ce, « au moyen d’une évaluation scientifique du cycle de vie liée au climat et à la vie marine ».

     

    Permis en vigueur

     

    En clair, le gouvernement Trudeau s’engage à ne pas accorder de nouveaux permis d’exploration pétrolière et gazière en milieu marin nordique au moins au cours des cinq prochaines années.

     

    Il faut dire que cette région est de plus en plus convoitée par l’industrie des énergies fossiles, en raison de son fort potentiel. Plusieurs entreprises détiennent d’ailleurs déjà des permis d’exploration dans les eaux du Nord canadien. Dans la mer de Beaufort, au nord-ouest du pays, pas moins de 15 permis sont présentement en vigueur. Ils couvrent plus de 27 000 km2 du territoire marin, selon les données officielles du gouvernement fédéral.

     

    Ces permis sont détenus par six entreprises du secteur, dont Imperial Oil, ConocoPhillips et la pétrolière BP, responsable de la pire marée noire de l’histoire américaine, en 2010, dans le golfe du Mexique. Cette dernière détient des permis d’exploration couvrant près de 7500 km2 de la mer de Beaufort.

     

    Le président Obama a annoncé lui aussi mardi de nouvelles restrictions sur l’exploration pétrolière en Arctique. À un mois de céder la présidence au climatosceptique Donald Trump, il a ainsi interdit, de manière permanente, tout nouveau forage sur un peu plus de 500 000 km2 qui comprennent toutes les eaux américaines de la mer des Tchouktches et une large partie des eaux américaines de Beaufort.

     

    La décision prise mardi s’appuie sur « une base légale solide » et ne peut être remise en cause par un autre président, a assuré un haut responsable de la Maison-Blanche. Le président s’est en fait appuyé sur une loi de 1953 qui donne aux présidents le pouvoir de protéger les eaux fédérales de toute exploitation d’hydrocarbures. Elle a déjà été utilisée par plusieurs de ses prédécesseurs, dont Dwight Eisenhower et Bill Clinton.

     

    Dans le communiqué de cette déclaration politique commune, on fait valoir que les eaux arctiques « sont irremplaçables », qu’elles sont « essentielles » pour les communautés autochtones du Nord, que les écosystèmes nordiques sont très vulnérables aux déversements pétroliers et que toute intervention en cas d’accident serait très complexe.

     

    Un rapport interne du gouvernement fédéral l’a justement averti dès 2014 qu’il n’est pas préparé adéquatement à faire face à un déversement accidentel de pétrole dans l’Arctique ou provenant des gisements en eaux profondes.

     

    En plus de ces mesures, le gouvernement Trudeau et le président Obama ont annoncé « leur engagement à conclure un accord juridiquement contraignant » afin de prévenir les pêches commerciales non réglementées dans les hautes mers de l’Arctique, et ce, jusqu’à ce qu’une organisation régionale de gestion des pêches « soit en place pour assurer une gestion efficace ».

     

    Annonce bien accueillie

     

    Critiquée par le lobby pétrolier mardi, l’annonce commune a été saluée par les écologistes. « La science est claire : si le Canada souhaite respecter ses engagements climatiques et maintenir le réchauffement planétaire en deçà de 2 degrés, et le plus près possible de 1,5 degré, le pétrole extrême, comme celui de l’Arctique, doit rester dans le sol », a affirmé Greenpeace par voie de communiqué.

     

    Le groupe a toutefois déploré la porte ouverte aux projets d’exploration déjà en développement. Des levés sismiques sont notamment prévus dès l’été prochain dans la baie de Baffin. La cause a d’ailleurs été portée devant la Cour suprême par les Premières Nations, qui s’opposent aux travaux d’exploration à venir.

    Une plateforme pétrolière de Shell photographiée dans l’océan Pacifique en avril 2015, alors qu’elle se dirigeait vers l’Arctique. Le navire scientifique CCGS Amundsen près de l'île Devon, dans l'Arctique canadien, en septembre 2015












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