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    Plan Nord

    La protection du territoire nordique tarde à se concrétiser

    Québec n’a atteint que la moitié de l’objectif qu’il s’est fixé pour 2020

    À peine 11 % du territoire visé par le Plan Nord est désigné comme aire protégée, soit environ 132 000 km2.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À peine 11 % du territoire visé par le Plan Nord est désigné comme aire protégée, soit environ 132 000 km2.

    Même s’il a promis de protéger 20 % du territoire du Plan Nord d’ici 2020, le gouvernement Couillard est encore loin du compte. Les données consultées par Le Devoir indiquent qu’à peine plus de la moitié de l’objectif a été atteint jusqu’à présent. Le gouvernement a toutefois bon espoir de ne pas rater sa cible. Il devrait d’ailleurs le réaffirmer dans le cadre du sommet Arctic Circle sur le développement nordique qui s’ouvre ce lundi à Québec.

     

    En relançant officiellement le Plan Nord en avril 2015, avec des investissements publics prévus de 1,3 milliard d’ici 2020, le gouvernement a aussi promis d’en faire « une référence en matière de développement nordique responsable et durable ».

     

    Parmi les « interventions prioritaires » inscrites dans le plan libéral en matière de « protection de l’environnement », Québec s’est alors engagé à établir des aires protégées sur un total de 20 % du territoire du Plan Nord, soit toute la portion du Québec située au nord du 49e parallèle.

     

    En tenant compte de la superficie totale de ce territoire, soit 1,2 million de kilomètres, cette cible de 20 % représente environ 240 000 km2. Or, à l’heure actuelle, les données officielles indiquent qu’à peine 11 % du territoire visé par le Plan Nord est désigné comme aire protégée, soit environ 132 000 km2. Cette superficie comprend cependant des zones mises « en réserve », donc en attente d’un statut permanent de protection.

     

    Trop lent

     

    Pour Nature Québec et la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), il est clair que le gouvernement de Philippe Couillard n’en fait pas assez pour protéger la biodiversité nordique du Québec, malgré les promesses inscrites dans le Plan Nord.

     

    « Les progrès sont beaucoup trop lents », déplore Sophie Gallais, chargée de projet à Nature Québec, à la lumière des données sur les superficies protégées. Elle rappelle d’ailleurs que la promesse d’établir des aires protégées sur 20 % du territoire du Plan Nord remonte à 2011, au moment de la première annonce sous le gouvernement libéral de Jean Charest. Cela signifie, selon les chiffres compilés par Mme Gallais, que la superficie d’aires protégées au nord du 49e parallèle a progressé de seulement 1,2 % en cinq ans.

     

    « Si on parle d’un Plan Nord exemplaire pour ce qui est du développement durable, il faut absolument s’assurer de préserver ce qui doit l’être, dont les sites écologiques importants pour des questions culturelles ou naturelles », estime pourtant Mme Galais.

    Pressions minières

     

    Pour les groupes environnementaux, l’urgence d’agir est d’autant plus grande que certaines zones nordiques importantes d’un point de vue écologique sont déjà convoitées par l’industrie minière, en raison de leur fort potentiel pour différents minerais.

     

    C’est le cas de la Fosse du Labrador, cette vaste zone qui s’étend sur une distance de plus de 1000 kilomètres selon une orientation nord-sud, et dont le potentiel en fer et autres minerais est jugé considérable. De nombreux titres miniers y sont actifs et au moins une dizaine de projets miniers importants sont actuellement en développement dans cette région, selon les données du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

     

    Qui plus est, le gouvernement Couillard a déboursé près de 20 millions de dollars pour la réalisation d’une étude de faisabilité pour une nouvelle voie ferrée dont la construction faciliterait l’exploitation minière dans cette région.

     

    Un mandat de lobbying inscrit par l’Association de l’exploration minière du Québec a aussi pour objectif que « des orientations soient prises dans le but de favoriser l’accès au territoire et la connaissance géoscientifique du territoire pour des activités d’exploration minière sur le territoire du Québec ».

     

    Dans ce contexte de « pressions industrielles croissantes », la porte-parole de la SNAP Québec, Alice de Swarte, estime que le gouvernement devrait à tout le moins « prendre des mesures de conservation intérimaires », notamment en imposant une protection temporaire des territoires « déjà identifiés pour leur valeur écologique et culturelle ».

     

    Une telle mesure semble d’autant plus importante, selon Mme Galais, que le gouvernement s’est également engagé à réserver 30 % du territoire du Plan Nord « à des fins autres qu’industrielles » d’ici 2050. « Une telle planification territoriale prend du temps, explique-t-elle. Mais pendant ce temps, le développement industriel ne va pas s’arrêter, ni faire une pause. Il faut donc établir une protection temporaire pour les secteurs d’intérêt écologique, le temps qu’on analyse la situation et qu’on détermine ce qu’on veut préserver. »

     

    Québec déterminé

     

    Interpellé par Le Devoir, le cabinet du ministre de l’Environnement, David Heurtel, a réaffirmé les objectifs fixés par les libéraux en 2011, puis en 2015. « Le gouvernement est clairement déterminé à atteindre ses objectifs », a répondu son attachée de presse, Émilie Simard.

     

    Selon Québec, l’objectif de 20 % d’ici 2020 pourra être atteint « en misant sur les démarches régionales de planification des aires protégées menées dans les régions de la Côte-Nord, du Saguenay–Lac-Saint-Jean et du Nord-du-Québec en collaboration avec les acteurs gouvernementaux, locaux et régionaux ».

     

    « Le gouvernement du Québec poursuit ses actions, a aussi précisé Mme Simard. Nous avons d’ailleurs annoncé la création de nouvelles aires protégées, soit la réserve aquatique projetée de la Rivière-Kovik ainsi que les réserves de biodiversité et aquatiques dans le secteur de la rivière Broadback. »

     

    Retard au Sud

     

    Si la protection du territoire nordique tarde à se concrétiser, la situation est la même à l’échelle de la province. À l’heure actuelle, le Québec compte moins de 10 % d’aires protégées en milieu terrestre, selon les calculs de la SNAP Québec. Or, le gouvernement avait pris l’engagement d’atteindre un taux de 12 % avant la fin de l’année 2015.

     

    Le Québec a aussi beaucoup à faire pour atteindre son objectif de protection de 10 % de son milieu marin d’ici 2020. À ce jour, à peine 1,3 % de ce territoire est protégé. Or, selon les calculs du biologiste Sylvain Archambault, de la Coalition Saint-Laurent, les projets actuellement connus permettraient même de dépasser l’objectif de 10 %.

    Forum international Le gouvernement de Philippe Couillard est l’hôte cette semaine, à Québec, du sommet Arctic Circle, sur le thème « Le développement durable des régions nordiques : une approche intégrée et partenariale ». Ce forum international, qui se réunit chaque année, regroupe des représentants de différents États et de communautés autochtones du Nord, mais aussi des gens d’affaires et des chercheurs. Lors du sommet qui se tient lundi et mardi, la ministre de l’Environnement du Canada, Catherine McKenna, doit notamment aborder la question des changements climatiques dans les régions nordiques. Parmi les invités, on compte notamment le prince Albert II de Monaco et la sénatrice de l’État de l’Alaska, Lesil McGuire. « Il s’agit d’une excellente occasion pour le gouvernement du Québec de partager la démarche de planification intégrée et partenariale du Plan Nord », a aussi précisé au Devoir le porte-parole de la Société du Plan Nord, Guillaume Lavoie.













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