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    La réduction des GES nous mènera-t-elle vers la Grande Noirceur?

    9 décembre 2016 | Alexandre Joly - Chargé de projets et responsable de la recherche scientifique à la Fondation Rivières | Actualités sur l'environnement
    «C’est d’une Révolution tranquille qu’on a besoin, et un nouveau paradigme est nécessaire dans l’évaluation des besoins de production électrique», écrit l'auteur.
    Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne «C’est d’une Révolution tranquille qu’on a besoin, et un nouveau paradigme est nécessaire dans l’évaluation des besoins de production électrique», écrit l'auteur.

    Le document de référence de la Stratégie canadienne de développement à faible émission de gaz à effet de serre (GES) dévoilé en novembre fait non seulement fausse route, mais se base sur de mauvaises prémisses. Bien qu’il soit nécessaire de miser sur une production énergétique et l’expansion du réseau d’électricité canadien faible en émissions de GES, il faudrait tout d’abord retirer l’hydroélectricité des priorités de ce plan notamment destiné à contrecarrer les émissions des sables bitumineux.

     

    Depuis plusieurs années, il est connu que l’érection de barrages hydroélectriques majeurs inondant des dizaines, voire des centaines de kilomètres carrés de territoire, produit de vastes quantités de GES. En effet, lors de l’inondation des territoires pour la mise en service de grands ouvrages hydroélectriques, la matière putrescible présente sur le territoire, à savoir principalement le matériel végétal non récolté, se retrouve sous l’eau.

     

    Or, dans de telles conditions, la décomposition de toute cette matière végétale s’effectue de façon anaérobie. C’est-à-dire qu’elle se décompose en absence d’oxygène. Ainsi, plutôt que d’émettre du CO2, résidu de la décomposition aérobie (présence d’oxygène), ce mode de putréfaction produit du méthane, un gaz qui a un potentiel de réchauffement 20 fois plus important que le CO2. Conséquemment, il est faux d’affirmer que « le Canada a déjà l’un des réseaux d’électricité les plus propres du monde, avec plus de 80 % de l’électricité générée de sources qui ne produisent pas de gaz à effet de serre comme les technologies hydroélectrique, éolienne, solaire et nucléaire ». L’absence de production de GES ne signifie en aucun cas qu’une source d’énergie est non polluante.

     

    Scénario du pire

     

    En basant sa Stratégie sur le développement hydroélectrique, le fédéral mise sur des techniques désuètes qui, effectivement, émettent des GES. Qui plus est, les centrales hydroélectriques ont d’importants impacts biologiques et sociaux dont on ne traite aucunement dans le document.

     

    Au Québec, la décarbonisation a largement été étudiée par messieurs Lanoue et Mousseau et aurait pu servir de base hautement crédible à la Stratégie du fédéral. Or, les conclusions de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, présentées dans Maîtriser notre avenir énergétique en 2014 n’ont pas simplement été ignorées, le document n’a même pas été consulté.

     

    Par ailleurs, le prix de référence utilisé pour de nouveaux ouvrages hydroélectriques (67,80 $/MWh pour 2022) nous apparaît nettement sous-estimé. Il semblerait que les coûteuses lignes de transport aient été omises des évaluations. À titre d’exemple, au Québec, Hydro-Québec devra payer 101 $/MWh en 2022 pour les projets de petites centrales imposés par le gouvernement, et le coût de production attendu du chantier de la Romaine est, lui aussi, largement supérieur à ce montant en incluant les lignes de transport.

     

    De plus, dans l’évaluation des besoins de production électrique, tant pour la consommation locale que pour l’exportation, le réseau doit pouvoir subvenir en pointe de demande. Ainsi, les besoins décrits lors de l’évaluation de ceux-ci suivent toujours le scénario du pire. Encore une approche digne de la Grande Noirceur.

     

    Or, c’est d’une Révolution tranquille qu’on a besoin, et un nouveau paradigme est nécessaire dans l’évaluation des besoins de production électrique. Les gains en efficacité énergétique se doivent d’être considérés (et chiffrés), alors que le document n’y consacre qu’une page. Aussi, il faut inclure les capacités de stockage et de production locale par le citoyen (panneaux solaires, géothermie, gestion de la demande). Il s’agit là de la notion de réseaux électriques intelligents.

     

    Solutions

     

    Ces technologies existent et sont disponibles. Le compteur intelligent, installé par Hydro-Québec, qu’il soit honni ou non, a parfaitement la capacité de gérer une production résidentielle retournée au réseau, accompagné d’une batterie domestique qui atténue la pointe de demande.

     

    Autre mesure phare de la Stratégie, l’électrification des transports, permet non seulement de lutter contre les GES, mais peut aussi servir à gérer les pointes de demande. La voiture électrique, étant dotée d’une batterie, peut contribuer à atténuer les pointes lorsqu’elle se trouve connectée au réseau.

     

    Selon Thierry Vandal, ancien p.-d.g. d’Hydro-Québec, l’électrification d’un million d’automobiles nécessiterait l’équivalent d’une seule centrale d’environ 500 MW. Cet équivalent de production peut être atteint par de simples mesures d’efficacité énergétique. Encore une fois, ces technologies existent, mais sont considérées comme une science-fiction. Nous estimons que le fédéral, plutôt que de miser sur des stratégies énergétiques dignes d’un Québec des années 1970, doit plutôt miser sur la réduction de la consommation, l’efficacité énergétique et des modes de production réellement propres. Il ne doit surtout pas faire abstraction du fait que le coût d’exportation de l’électricité demeure en deçà de 0,05 $/kWh et qu’il n’y a pas de trésor caché dans ce marché.

     

    Enfin, toutes ces mesures ne sauront compenser la hausse considérable des GES qui serait occasionnée par l’augmentation de la production de sables bitumineux annoncée récemment.













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