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    2016, une année noire pour le béluga du Saint-Laurent

    Les femelles et les jeunes constituent la majorité des individus retrouvés morts depuis 2010

    Une femelle béluga et son nouveau-né. Chaque année, les femelles et les jeunes représentent la majorité des animaux retrouvés morts sur les rives du Saint-Laurent.
    Photo: GREMM Une femelle béluga et son nouveau-né. Chaque année, les femelles et les jeunes représentent la majorité des animaux retrouvés morts sur les rives du Saint-Laurent.

    La mortalité élevée chez les bélugas du Saint-Laurent inquiète de plus en plus les scientifiques, qui peinent toujours à en déterminer précisément les causes. Un total de 14 individus ont été retrouvés morts cette année, dont une majorité de femelles et de jeunes.

     

    Selon le bilan publié jeudi par le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, sept des huit carcasses de bélugas adultes étaient des femelles, « dont une jeune femelle lactante qui avait donné naissance l’an dernier et une autre qui avait mi bas deux à trois semaines plus tôt, à en juger par la condition de son utérus ».

     

    Les travaux de suivi des animaux retrouvés morts ont aussi permis de déterminer que six des bélugas étaient des jeunes, dont quatre nouveau-nés et deux très jeunes « dont la taille suggère qu’il s’agit de nouveau-nés ou de veaux d’au plus un an ».

     

    «Série noire»

     

    Si le nombre d’animaux peut sembler peu élevé, le fait qu’il s’agisse surtout de femelles et de jeunes inquiète néanmoins les scientifiques. Il faut dire que ce phénomène constitue une véritable « série noire », selon ce qu’ils observent depuis 2010. Chaque année, les femelles et les jeunes représentent la majorité des animaux retrouvés morts sur les rives du Saint-Laurent.

     

    Le pathologiste Stéphane Lair, de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, a d’ailleurs constaté que plusieurs des morts sont liées à des complications qui surviennent autour de la naissance. Soit la femelle est trop faible pour mettre au monde son jeune ou pour prodiguer les soins, soit le baleineau est trop faible pour s’expulser ou pour survivre dans les jours suivants sa naissance.

     

    Selon le Dr Lair, le dérangement constant auquel sont exposés les bélugas du Saint-Laurent pourrait expliquer en partie la situation. Il faut savoir que ces cétacés donnent naissance au cours de l’été, dans l’estuaire, une région où la navigation est particulièrement intense.

     

    Les scientifiques estiment aussi que certains polluants pourraient nuire aux animaux, notamment en perturbant la mise bas. Les femelles subiraient également les impacts de la réduction du couvert de glace, qui les expose davantage aux intempéries durant la période hivernale, soit dans les mois qui précèdent la mise bas.

     

    Déclin constant

     

    Les chercheurs peinent toutefois à identifier clairement les raisons de cette mortalité élevée. Chose certaine, le dernier relevé de population fait état de moins de 900 bélugas, alors qu’ils étaient plus de 10 000 au début du 20e siècle. Qui plus est, cette population résidente du Saint-Laurent diminue en moyenne de 1 % par année.

     

    Le gouvernement fédéral a d’ailleurs reconnu officiellement en septembre le statut de plus en plus précaire de cette population en classant le béluga « en voie de disparition » en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

     

    Ottawa a aussi promis en mai dernier qu’il protégerait finalement l’habitat essentiel de ces mammifères. L’habitat essentiel du béluga s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres carrés de l’estuaire du Saint-Laurent. Le parc marin du Saguenay—Saint-Laurent, qui couvre à lui seul plus de 1245 km2, a justement été établi d’abord pour protéger les eaux fréquentées par cette population.

     

    Stratégie maritime

     

    Lorsque cet habitat jugé « indispensable au maintien des fonctions biologiques » de l’espèce sera officiellement désigné, le gouvernement aura l’obligation de le protéger, et donc d’évaluer les projets susceptibles de nuire aux bélugas.

     

    Un tel statut légal pourrait donc entrer en conflit avec des projets économiques majeurs. C’est le cas d’Énergie Saguenay, un projet de liquéfaction et d’exportation maritime de gaz naturel évalué à 7,5 milliards de dollars qui serait construit à La Baie, près de Chicoutimi. Les imposants navires méthaniers passeraient en effet par le seul parc marin du Québec.

     

    Qui plus est, selon les plans de la Stratégie maritime des libéraux, des secteurs cruciaux pour les bélugas seront soumis à un trafic maritime accru au cours des prochaines années. Québec compte en effet développer une zone industrialo-portuaire à Saguenay et une autre à Cacouna, une région maritime considérée comme la pouponnière des bélugas.

    Consultez la carte de l'habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent













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