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    Grandeur nature

    Fous de Bassan de l’île Bonaventure: une colonie fragilisée

    Les fous de Bassan de Bonaventure doivent parcourir de très grandes distances pour se nourrir et nourrir leurs petits.
    Photo: Alexandre Shields Les fous de Bassan de Bonaventure doivent parcourir de très grandes distances pour se nourrir et nourrir leurs petits.

    Le Devoir vous transporte cet été sur le terrain en compagnie de chercheurs qui profitent de la belle saison pour recueillir observations et données. Dans une série épisodique, Grandeur Nature s’immisce dans la sphère de ceux qui font la science au jour le jour. Rencontre avec la plus grosse colonie de fous de Bassan au monde.


    On peut entendre leurs cris incessants bien avant de les apercevoir, au bout du sentier qui traverse la forêt de l’île Bonaventure. Il faut dire qu’ils sont plus de 100 000 fous de Bassan, la plus grosse colonie du monde, à nicher sur cette île située au large de Percé, tantôt en terrain plat, tantôt à flanc de falaises. Un spectacle naturel unique au monde, puisqu’il est possible d’y observer le plus gros oiseau marin d’Amérique du Nord parfois à seulement un mètre de distance.

     

    C’est ici que l’équipe coordonnée par Magella Guillemette, spécialiste des oiseaux côtiers depuis plus de 30 ans, mène ses recherches estivales sur cette colonie sous constante surveillance scientifique. Un lieu idéal pour étudier l’espèce, selon le professeur au Département de biologie de l’Université du Québec à Rimouski. On peut en effet y observer tous les comportements sociaux des oiseaux, dont ceux du couple, uni pour la vie, ou encore l’élevage des jeunes, qui doivent prendre leur premier envol à la fin de l’été. Sans oublier leur caractère extrêmement territorial, au milieu de cette colonie pourtant en apparence passablement entassée.

     

    M. Guillemette, qui a étudié plusieurs espèces au fil des ans, aime d’ailleurs travailler avec les fous de Bassan. « Le fou de Bassan est un oiseau de grande taille. Il peut peser plus de trois kilos. Il est vraiment résistant. On ne voit pas d’effets palpables de nos manipulations sur le succès de reproduction. » Un avantage pour les chercheurs, qui ne souhaitent évidemment pas nuire à la colonie qu’ils étudient pour plusieurs années.

     

    « On les capture, mais lorsqu’on les relâche, ils ne s’envolent pas. Ils conservent leur lien avec leur oeuf. C’est très particulier. Si on fait cela avec d’autres espèces, dans la plupart des cas, les oiseaux vont se sauver. On peut donc manipuler les fous de Bassan, mais aussi travailler avec eux sans risquer de les blesser et en ayant un minimum d’impact sur leur comportement. »

     

    Grands voyageurs

     

    Le professeur souligne tout de même que ces animaux sont « dangereux à capturer », notamment en raison de leur taille et de leur caractère très territorial. Bon an, mal an, l’équipe de recherche en capture pourtant entre 300 et 400. Dans certains cas, on pose une bague à la patte de l’oiseau afin de l’identifier. Dans d’autres cas, des GPS permettent d’en apprendre davantage sur leurs déplacements dans le golfe du Saint-Laurent. Les recherches servent également à vérifier où ces oiseaux marins passent la période hivernale, puisqu’ils nichent sur l’île uniquement de mai à septembre.

     

    Les travaux de recherche ont d’ailleurs permis de découvrir que, depuis quelques années, les fous de Bassan de Bonaventure doivent parcourir de très grandes distances pour se nourrir et nourrir leurs petits. « Nous avons constaté que les oiseaux vont désormais un peu partout dans le golfe et ils fréquentent beaucoup la région de l’archipel de Mingan, précise M. Guillemette. Ils vont très loin de leur colonie. On parle de plusieurs centaines de kilomètres parcourus chaque jour. Ils quittent parfois leur nid pendant deux jours. »

     

    S’ils sont forcés de voyager autant, c’est que l’abondance de leur proie principale, le maquereau, a grandement diminué dans les eaux du golfe, possiblement en raison du réchauffement des eaux. Un phénomène dont les effets à long terme sont difficiles à prévoir, selon Magella Guillemette, mais qui a déjà des impacts majeurs sur le succès de reproduction de la colonie de fous de Bassan de l’île.

     

    « Les oiseaux sont moins souvent au nid, ils travaillent plus fort et ils rapportent moins de nourriture au poussin. Résultat : les adultes perdent beaucoup de poids. On constate aussi que le nombre de poussins à l’envol est beaucoup plus faible que ce qu’il devrait être. Et leur poids est médiocre, ce qui nuit à leurs chances de survie. En clair, on produit des poussins de mauvaise qualité. »

     

    Avenir incertain

     

    Jusqu’en 2005, le succès de reproduction avoisinait les 70 %, ce qui constitue un taux suffisant pour assurer le renouvellement de la population. Mais depuis 2008, ce taux avoisine en moyenne les 30 %, soit nettement insuffisant pour permettre à la colonie de se maintenir. En 2012, on parlait même d’une « année catastrophe », avec un taux d’à peine 8 %.

     

    Les questions sont par ailleurs nombreuses pour les chercheurs. Que se passe-t-il avec le maquereau ? Est-ce que toute la chaîne alimentaire du golfe est perturbée par les bouleversements climatiques ? Est-ce que les fous de Bassan vont se tourner vers d’autres proies pour survivre ? Pour le moment, le constat du professeur Guillemette est toutefois on ne peut plus clair : « la population de fous de Bassan devrait diminuer », laisse-t-il tomber. Elle avoisine actuellement les 106 000 oiseaux, soit 58 000 couples nicheurs.

     

    Autre source d’inquiétude : la marée noire provoquée par la pétrolière BP dans le golfe du Mexique en 2010. Il faut savoir qu’environ 25 % des fous de Bassan de Bonaventure passent l’hiver dans cette région, notamment les juvéniles. Les jeunes nés cette année-là se sont ainsi posés dans les eaux du golfe à peine cinq mois après l’explosion et le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon.

     

    Quelles ont été les conséquences de cette gigantesque marée noire ? Magella Guillemette refuse de s’avancer sur une conclusion claire à ce sujet. « La reproduction de ces oiseaux est très mauvaise, mais il faudrait avoir davantage de données avant de conclure », souligne simplement le chercheur.

    Les fous de Bassan de Bonaventure doivent parcourir de très grandes distances pour se nourrir et nourrir leurs petits. Les jeunes fous de Bassan doivent prendre leur premier envol à la fin de l’été. Les couples de fous de Bassan sont unis pour la vie. Ils se câlinent du bec afin de se reconnaître. Plus de 100 000 fous de Bassan nichent, tantôt en terrain plat, tantôt à flanc de falaises, sur l'île Bonaventure, au large de Percé. Les poussins (à droite) doivent rapidement prendre du poids afin de pouvoir prendre leur envol à la fin de l’été. Le fou de Bassan est le plus gros oiseau marin d’Amérique du Nord. La colonie de l'île Bonaventure est sous constante surveillance scientifique.












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